Isaac Brock: l'âme torturée de Modest Mouse

Isaac Brock, de Modest Mouse, au festival Osheaga... (Photo: Catherine Lefebvre, collaboration spéciale La Presse)

Agrandir

Isaac Brock, de Modest Mouse, au festival Osheaga l'an dernier.

Photo: Catherine Lefebvre, collaboration spéciale La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Voilà un album attendu depuis longtemps. Le sixième de Modest Mouse et son premier en huit ans. Entrevue avec le coeur et l'âme du groupe, Isaac Brock, à l'occasion de la sortie de Strangers to Ourselves.

On l'a vu en forme sur scène à New York au festival Governors Ball en 2012, mais on l'a aussi vu bouder la foule un an plus tard à Coachella. Nous faisons partie des rares journalistes qui ont eu la chance d'obtenir une entrevue avec l'instable Isaac Brock, en vue de la sortie de Strangers to Ourselves.

Pour notre entretien téléphonique, qui devait durer 15 minutes, il fallait se plier à quelques conditions préalables. Embargo sur le texte. Aucune question sur la succession de collaborateurs pendant l'enregistrement. Et surtout, rien sur la longue période qui nous sépare de l'album We Were Dead Before the Ship Even Sank, sorti en 2007.

Au final, nous avons eu Isaac Brock au bout du fil 2 heures plus tard que prévu, mais nous avons discuté avec lui pendant 45 minutes. Certains passages de notre entrevue étaient incompréhensibles et irrécupérables puisque la communication avec Brock était mauvaise, mais la discussion fut hautement divertissante.

Malgré l'interdit à ce sujet, Brock a parlé tout de go des huit ans de silence discographique qu'a connus Modest Mouse. «Nous avons beaucoup tourné et pris des pauses, a-t-il raconté. Nous faisons de la musique pour des raisons créatives. Je ne voulais pas recréer d'autres versions de chansons que j'ai déjà faites.»

«D'une semaine à l'autre, nous nous retrouvions chez moi à Portland pour jouer de la musique sans savoir que nous allions faire un album. Nous avons joué beaucoup de musique.»

Changements de personnel

En 2012, Brock a acheté et transformé une ancienne imprimerie en un studio baptisé Ice Cream Party. Résultat: aucune limite de temps en studio, de nombreuses prises de tête et de nombreuses nuits blanches. «Nous avions beaucoup de chansons. C'était un cauchemar.»

Brock a fait de nombreux essais et erreurs avec ses collaborateurs. Il a travaillé avec Big Boi d'Outkast, mais il n'a pas retenu le fruit de leur travail. Il a également échangé des idées avec les réalisateurs Tucker Martine (Spoon), Andrew Weiss (Butthole Surfers), Clay Jones et Brian Deck.

Le membre fondateur et bassiste du groupe Eric Judy a annoncé son départ brutal et toujours inexpliqué. Brock a ensuite appelé en renfort Krist Novoselic, ancien bassiste de Nirvana, mais son apport n'a pas été probant aux oreilles du leader de Modest Mouse.

D'autres visites en studio ont été plus fructueuses, dont celles de James Mercer (The Shins, Broken Bells), Russell Higbee (Man Man) et Dann Gallucci (Cold War Kids). Sinon, Jeremiah Green (batterie), Jim Fairchild (guitare), Tom Peloso (basse) et Lisa Molinaro (clavier) étaient au poste.

Peu importe les changements de personnel, Isaac Brock demeure le coeur et l'âme de Modest Mouse. «Je n'arrive pas à être satisfait, nous dira-t-il en entrevue. Je mixe encore les chansons qui sont sur l'album.»

Au-delà de Float On

Le succès de Modest Mouse va bien au-delà de son tube Float On, paru sur l'album Good News For People Who Love Bad News, il y a 11 ans déjà. Rappelons que We Were Dead Before the Ship Even Sank, sorti en 2007, s'est retrouvé au sommet du palmarès d'albums de Billboard.

Le succès de masse implique des compromis qui semblent déplaire à Isaac Brock. On l'a vu donner une prestation confuse à Coachella sans offrir à la jeune foule ce qu'elle voulait: le tube Float On.

Les entrevues contrarient et amusent à la fois le musicien de 39 ans. Pendant notre entretien, il est passé du coq à l'âne et il se laissait facilement distraire. Entre deux malaises, il balançait une réponse d'une sincérité déconcertante. «J'éprouve beaucoup de haine...», a-t-il lancé à un moment donné. Sa réputation? «Je ne suis pas qui j'étais, je suis qui je suis», dit-il.

Quand nous lui avons posé une question sur la fougue de son interprétation, il a répondu: «Tu veux vraiment savoir cela?»

À l'ère des réseaux sociaux, Brock ne joue pas de personnage. Il incarne véritablement l'artiste troublé. En entrevue avec le magazine Rolling Stone, il a même parlé «d'autosabotage».

Brock vit de nombreux combats intérieurs, et cela se traduit dans ses textes et ses musiques tempétueux. «La musique n'est pas séparée de moi et de ce qui se passe dans ma tête», a-t-il lancé à La Presse.

Thérapeutique, la musique? «Parfois, c'est libérateur et éclairant. Parfois, c'est très dérangeant», répond notre interviewé.

Brock nous a parlé d'un spectacle à Montréal en 1999 où les vitres du camion de tournée du groupe ont été fracassées à une station d'essence. Quoi qu'il en soit, Isaac Brock aime Montréal. C'est lui qui nous l'a dit.

________________________________________________________________________________

INDIE-ROCK. Modest Mouse. Strangers to Ourselves. Epic/Sony.

Partager

lapresse.ca vous suggère

  • Modest Mouse: retrouver son chemin ****

    critiques CD

    Modest Mouse: retrouver son chemin ****

    Le moteur créatif et émotif du groupe est aussi instable et désagréable que brillant et perfectionniste: Isaac Brock change d'idées, peine à être... »

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer