Terry Riley: tout sauf... minimaliste

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Terry Riley et son fils, Gyan, avec lequel il se produira au FIMAV, samedi.

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De Terry Riley, claviériste, compositeur et improvisateur américain invité samedi au Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV), on pense d'abord à In C. Conçue à une époque de grande liberté, la structure très simple de cette oeuvre emblématique de la contre-culture ouvrait la voie à toutes les interprétations, tous les possibles.

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Terry Riley (à droite) et son fils, Gyan.

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Encore récemment, Damon Albarn, Brian Eno et leurs collègues réunis sous la bannière Afrika Express en ont imaginé une version tonique. Tant de musiciens et d'orchestres s'y sont attaqués, dont feu L'Infonie, jadis sous la gouverne du compositeur et maestro québécois Walter Boudreau.

Or, In C fut conçue en 1964 ; son concepteur posait alors les premières pierres de son édifice, comme il le fit en 1969 avec l'album In Rainbow in Curved Air, autre classique de la discographie hippie. Un demi-siècle plus tard, l'oeuvre de l'octogénaire (82 ans le mois prochain) est plus que considérable.

Lorsqu'il en est l'interprète, ses musiques intègrent généralement l'improvisation, traversées par le jazz contemporain ou la musique classique indienne hindoustani. À ce titre, il cumule les collaborations avec des maîtres jazzmen et indiens de réputation internationale - on pense entre autres à George Brooks, Talvin Singh ou Ayaan Ali Khan.

À ce corpus, l'oeuvre de Terry Riley compte de nombreuses pièces écrites pour petits ensembles classiques, solistes de renom tel le violoniste Tracy Silverman, orchestres de chambre ou orchestres symphoniques - dont plus de deux douzaines de compositions pour le fameux Kronos Quartet.

Et l'on n'oublie pas les expériences vécues du côté électronique ainsi que les bandes originales pour le cinéma. La prochaine, d'ailleurs, accompagne le nouveau film de François Girard, Hochelaga, terre des âmes, qui se veut une fresque historique de Montréal échelonnée sur plus de sept siècles, bien au-delà de la colonisation.

Manifestement, il est impossible, voire ridicule, de résumer le travail de Terry Riley par ces musiques aléatoires au temps des babas cool, fondées sur des structures ouvertes et des cycles harmoniques relativement simples.

« Qualifier mon approche de minimaliste est étroit et réducteur. En ce qui me concerne, ce terme est galvaudé. Pour mon travail, cela ne veut pas dire grand-chose. Sauf le grand La Monte Young, qui était vraiment minimaliste parmi les compositeurs américains associés au genre ? », tranche Terry Riley d'une voix douce, lorsque joint à son studio californien.

DE RETOUR AU FIMAV AVEC SON FILS

Sa vie durant, notre interviewé fut associé aux mouvements d'avant-garde, aux courants de la marge, tant du côté des musiques contemporaines écrites que des musiques improvisées, traversées par plusieurs traditions valorisant cette pratique. Il fut d'ailleurs invité en 1988 au FIMAV, le revoilà trois décennies plus tard. Avec son fils Gyan, guitariste et compositeur de renom avec qui il se produira ce week-end, il nourrit une relation artistique depuis l'adolescence de fiston.

« Gyan n'avait que 18 ans lorsque nous avons commencé à présenter ces duos. Il en a aujourd'hui 39, notre langage commun s'est évidemment précisé. »

- Terry Riley, à propos de son fils Gyan, avec qui il se produira au FIMAV

« Généralement, il s'agit d'un échange fondé sur nos compositions respectives, autour desquelles nous improvisons. Il nous arrive de créer ici et maintenant, mais, la plupart du temps, nous travaillons autour de pièces écrites que nous utilisons pour lancer les impros. Il s'agit donc d'une conversation entre nos univers respectifs. »

Terry Riley voit cette relation musicale père-fils, claviers-guitares, comme « un processus en mouvement » qui se conclura lorsqu'il passera dans une autre dimension. Ce qui n'est pas demain la veille, rassurez-vous : il affiche une forme excellente !

« À chaque rencontre, renchérit-il, nous découvrons de nouvelles aires de jeu qui construisent ce langage commun. La soirée de Victoriaville sera le prochain chapitre d'une longue histoire. Cette histoire ne se limite pas aux duos, d'ailleurs ; nous avons collaboré avec d'autres musiciens. Depuis une dizaine d'années, toutefois, cette expérience en duo a pris une plus grande importance dans nos carrières. »

DES INTÉRÊTS COMMUNS AVEC FRANÇOIS GIRARD

Quant à la bande originale du film réalisé par François Girard, elle a été créée de concert avec son fils Gyan et implique des musiciens de renom : Tracy Silverman et le Kronos Quartet.

« Par l'entremise d'un ami commun, raconte-t-il, François Girard s'était présenté à moi lors d'un concert donné à New York à l'occasion de mon 80anniversaire. Il m'a dit alors qu'il travaillait sur ce film dont j'ai vraiment aimé le scénario. De plus, j'ai réalisé que François avait une grande sensibilité musicale ; plusieurs de ses films portent sur la musique, n'est-ce pas ? J'ai aussi constaté qu'il ne tenait pas son oeuvre pour acquise, qu'il pensait constamment à de nouvelles variations de ses créations en chantier. J'ai senti que nous partagions des intérêts communs. »

Ainsi, Terry Riley a travaillé de concert avec son fils Gyan pour mener à bien la création de cette bande originale. « Nous avons fonctionné de différentes façons. Par exemple, je me suis inspiré de certaines oeuvres composées pour le Kronos, pour en faire autre chose. Mon fils, lui, a créé des parties spécifiques, fidèle à son approche. Ou encore avons-nous utilisé ma propre voix. Je fais même de la narration ; j'y transmets le message d'un sage amérindien ! »

Musiques chamaniques au programme ? Méfions-nous des étiquettes...

Au Colisée des Bois-Francs, à Victoriaville, samedi à 22 h.




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