Trois: deux sans trois

Avec Trois et ses 43 acteurs sur scène,... (Photo: fournie par le FTA)

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Avec Trois et ses 43 acteurs sur scène, on devine l'intention de l'auteur et metteur en scène Mani Soleymanlou de se fondre dans la masse et de montrer l'universalité de sa quête identitaire.

Photo: fournie par le FTA

Avec Trois, l'auteur et comédien Mani Soleymanlou nous entraîne avec délice dans sa réflexion sur l'identité. D'abord la sienne, puis en s'intéressant aux origines de son ami Emmanuel Schwartz. Enfin, il remet le témoin (ou la «patate chaude»!) à 43 acteurs de divers horizons.

Un sujet à la mode, vous dites? Vous lui direz.

Le spectacle en trois parties (d'une durée de quatre heures!) commence par Un, que Mani Soleymanlou a créé en novembre 2012. Un monologue très personnel où le comédien nous fait le récit de ses migrations. De sa naissance à Téhéran, en Iran, jusqu'à son arrivée à Montréal, en passant par Paris, Toronto et Ottawa.

Seul sur scène, le comédien s'adresse à nous directement. En français, en anglais, en farsi. Ses identités sont multiples - autant que les chaises vides qui l'entourent. Son regard est vif, intelligent, doux, taquin, colérique, angoissé. Il cherche une terre pour y planter ses racines.

Son aventure commence (véritablement) par sa participation aux «Lundis découvertes» du Quat'Sous, soirées thématiques visant à faire découvrir «un artiste québécois issu d'un milieu culturel». C'est en préparant ce texte que le comédien a ouvert (sans le savoir) la boîte à Pandore à l'origine de cette trilogie.

«Comment parler d'un pays qui m'est si étranger?», demande-t-il d'entrée de jeu. Un pays qu'il a quitté enfant, avec ses parents. La révolution verte de 2009 ravive son identité iranienne, mais soulève en lui des paradoxes. Quelle est la part d'Iranien qui subsiste en lui? Peut-il vraiment prétendre être Iranien?

Monologue introspectif, entrecoupé de scènes très touchantes - comme lorsqu'il parle des perséides, Mani foule la scène avec un charisme foudroyant. Sa conclusion: «J'aime bien ce vide qui me pousse à me questionner. Ce flottement...»

Intéressant Deux

Créée l'an dernier, Deux est sans conteste le volet le plus intéressant de cette trilogie.

La pièce met en scène Emmanuel Schwartz dans le rôle de Mani, qui le dirige devant nous. En l'écoutant, il fait des mises au point, rajoute des segments. C'est une déconstruction de la pièce Un. Par moments, il perd patience. Quand son ami parle de ce vide, qu'il disait aimer, il s'écrie: «Bullshit! Il faut que je le remplisse, ce vide!»

À un moment donné, Mani le questionne sur ses origines juives. Mais son ami natif de NDG refuse d'entrer dans la danse. Ils en viennent même à se demander pourquoi il est sur scène, donnant l'impression d'une représentation improvisée qui fait chou blanc.

Il faut bien le dire, les deux acteurs ont une complicité extraordinaire sur scène. Ensemble, ils multiplient habilement les saynètes. Notamment en évoquant les multiples réactions suscitées par la présentation de la pièce Un, jouée plus de 130 fois. Leurs échanges sont les plus fructueux de la trilogie.

Jusque-là, Un et Deux s'emboîtent parfaitement, tout en étant interdépendants.

Décevant Trois

Avec Trois et ses 43 acteurs sur scène, on devine l'intention de l'auteur et metteur en scène de se fondre dans la masse et de montrer l'universalité de sa quête. Au fond, il n'est qu'un parmi tant d'autres. Trois, ce sont ces autres qui ont chacun leur histoire, leurs questionnements identitaires aussi.

Malheureusement l'exercice n'est pas très concluant. Dans sa forme actuelle, Trois ne peut exister sans Un et Deux.

Il y a bien quelques trouvailles, mais ce chapitre-là, malgré son imposante distribution, n'a pas la force de frappe des deux premiers volets. Outre l'interprétation en lipsynch de la chanson We Are The World (assez rigolote) - suivie d'une dispute qui vire en bain de sang -, on s'ennuie du duo formé de Mani et Manu.

En multipliant les témoignages des différents acteurs - québécois, belges, français, arabe, etc. - Mani et Emmanuel s'effacent, en nous laissant seuls avec ce groupe disparate qui nous mène ailleurs. Au lieu d'entrer dans les spécificités de chacun, on aurait aimé que le groupe joue un rôle de coryphée et de choeur.

On retient que cette belle diversité a aussi besoin d'une base commune. Un débat qui n'est pas près d'être résolu.

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Au Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'à demain. Puis en ouverture de saison du 30 septembre au 17 octobre.




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