Avec pas d'casque: ces autres effets spéciaux

«On s'est habillé propre, on n'a pas pris de chance», a poussé jeudi Stéphane... (Photo Jean-François LeBlanc, fournie par Coup de coeur francophone)

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«On s'est habillé propre, on n'a pas pris de chance», a poussé jeudi Stéphane Lafleur devant un auditoire hilare, qui avait probablement souvenance de cette (gênante) vague de réprobation sur les médias sociaux concernant la tenue de Safia Nolin au gala de l'ADISQ.

Aucune allusion directe à l'ouverture du Coup de coeur francophone, cependant; ce gag était elliptique, laissait l'interprétation grande ouverte... et le public était déjà étendu dans les travers de l'auteur-compositeur-interprète par excellence par les temps qui... ne courent pas dans son jardin. Apparemment, du moins.

Le film de la vie semble défiler doucement dans la tête de Stéphane Lafleur, et voilà un de ses plus brillants effets spéciaux, pour reprendre le titre du récent album d'Avec pas d'casque où se trouvent tant de mots singulièrement regroupés: «mettre le feu à la rivière», «voir revenir des idées mortes», «quand l'hiver nous travaille au noir», «je mouille ma tête lentement dans le lac des splendeurs», «j'étais champ de bataille/tu es puits de lumière», «la nuit nous traîne par les cheveux», on en passe.

Les thèmes de l'amour, du désir, de l'amitié heureuse, de la contemplation, de l'autodérision, du doute ou de la souffrance intérieure s'y déploient lentement, dans de grands espaces, parfois bucoliques et laurentiens mais aussi encabanés dans une intimité plus urbaine.

Si doucement? Dans cette caboche, en tout cas, il faut que ça vrille à la vitesse d'un derviche tourneur pour qu'en sortent autant d'anaphores, allégories, litotes, sens inversés et autres métaphores de brillante facture. Les idées lumineuses pullulent dans la constellation poétique de Stéphane Lafleur, elles en constituent aussi les effets spéciaux.

Sans renier son accent local et ses régionalismes les plus signifiants, le chanteur (et aussi cinéaste comme on le sait) réussit à y élever le français d'Amérique, et c'est ce à quoi on s'attend de nos plus doués pour que l'aventure puisse continuer.

Quant à la musique...

En une décennie d'activités, on a observé que la proposition musicale d'Avec pas d'casque était famélique, un tantinet anémique. Que les limites de ses interprètes constituaient un facteur de démobilisation, country folk forcé au minimalisme voire à une certaine platitude sonore.

En février 2013, j'étais à l'église Saint-Jean Baptiste lorsque le groupe avait interprété la matière d'Astronomie, l'album précédent, avec orchestre de chambre. Je ne faisais certes pas partie du consensus et, de peur de jouer les rabat-joie, je m'étais bien gardé de dévoiler publiquement cette impression: il y avait si peu de matière harmonique au programme que l'emballage ne pouvait avoir l'étoffe de ces orchestrations réussies dans un contexte pop.

Jeudi au Club Soda, la perception fut tout autre. Nous avions devant nous un groupe ayant enfin trouvé le son qui lui sied. On l'avait d'ailleurs observé en septembre, soit à la sortie de l'album: musiques sans contredit supérieures aux opus précédents. L'ajout de Mathieu Charbonneau (Timber Timbre) et d'autres collaborateurs externes a certes contribué à en améliorer substantiellement le son d'ensemble.

Ce son, doit-on renchérir, n'a plus rien à envier aux meilleures propositions americanas. La douée Angel Olsen, pour reprendre cet exemple en vogue, s'avère plus conservatrice dans son approche qu'Avec pas d'casque, désormais enclin au drone et à l'improvisation libre. Ces autres effets spéciaux nous mènent ailleurs durant certaines séquences du nouveau spectacle, et modifient les perceptions.

Les guitares sont plus charnues, les angles d'attaque sont plus incisifs, les rythmes mieux soutenus, les instruments plus variés comme on pouvait le constater au Club Soda - baryton, clarinette basse, lap steel, claviers et machines, au-delà de l'incontournable trio guitare-basse-batterie.

Ainsi, cette facture sonore se soude à des textes exquis, exprimés par un parolier et mélodiste très à l'aise sur scène, sûr de ses moyens, de surcroît très drôle et capable de détendre l'atmosphère. À l'évidence, nous avions jeudi devant nous ce que le Québec peut offrir de mieux en matière chansonnière. LE coup de coeur francophone?

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