L'art-thérapie à Montréal

Ancienne danseuse professionnelle, Jacinte Giroux a été victime... (Photo Jérome Guibord,fournie par la maison de production AIDIA)

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Ancienne danseuse professionnelle, Jacinte Giroux a été victime d'un accident vasculaire cérébral à l'âge de 39 ans.

Photo Jérome Guibord,fournie par la maison de production AIDIA

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En 2013, le réalisateur Jean-Sébastien Ouellet avait filmé les ateliers éducatifs du Musée des beaux-arts de Montréal pour montrer à quel point la pratique et l'amour des arts visuels peuvent faire la différence pour des gens aux prises avec des problèmes de santé. En a résulté le documentaire L'art fait du bien. Cette année, il tourne la suite de sa série en abordant l'art-thérapie par le théâtre, la danse et le cirque. Notre journaliste Éric Clément a assisté à plusieurs jours de tournage.

THÉÂTRE

La dramathérapie pour dire les choses

Le printemps dernier, le Théâtre du Nouveau Monde a collaboré avec l'organisme Les Impatients et l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM) pour monter la pièce Marcel poursuivi par les chiens, de Michel Tremblay. La directrice du TNM, Lorraine Pintal, a mis en scène cette pièce le 7 mai à l'Institut, avec la comédienne Rita Lafontaine ainsi que huit patients âgés de 25 à 45 ans. Lorraine Pintal avait déjà passé 10 jours en atelier à l'Institut en 2013 pour créer L'asile de la pureté, de Claude Gauvreau, avec Alexis Martin et des patients atteints de maladies mentales.

«J'avais été très sensible à leur détermination à entrer en contact avec les autres et à se propulser sous les feux de la rampe, dit-elle. Cette année, cela a pris une autre dimension avec le documentaire de Jean-Sébastien [Ouellet]. Ces expériences-là les transforment et nous transforment.»

Lorraine Pintal a ainsi constaté à quel point cela demande de l'effort à une personne souffrant d'hyperactivité de se glisser dans un personnage et de s'appliquer.

«En même temps, on se rend compte à quel point le théâtre, en très peu de temps, parvient à les transformer, dit-elle. Du coup, je me dis que si le théâtre ou toute autre formation artistique était mis au service de leur réintégration sociale de manière constante, cela ferait des miracles.»

Comme Lorraine Pintal, le réalisateur Jean-Sébastien Ouellet a été frappé par la capacité qu'ont ces personnes malades de créer. Il a rencontré notamment une ancienne danseuse professionnelle, Jacinte Giroux, âgée de 54 ans.

À l'âge de 39 ans, elle était tombée dans sa salle de bains, victime d'un accident vasculaire cérébral. Devenue aphasique (quand on lui dit «bonjour», elle répond «merci»), elle fait aujourd'hui fructifier son potentiel créatif avec la troupe du Théâtre Aphasique, qui monte des spectacles au Centre de réadaptation Villa Medica. Toute une renaissance...

Avec les Grands Ballets canadiens et le Musée des beaux-arts de Montréal notamment, Lorraine Pintal veut lancer le message que l'art fait du bien. «Je ne connais personne qui n'ait pas eu parmi ses proches quelqu'un ayant fait une dépression, dit-elle. Le théâtre, c'est la parole. Pour des gens qui sont momentanément en retrait de la société, l'art peut leur permettre de s'assumer de nouveau.»

DANSE

Voir son corps renaître

La danse-thérapie est une discipline en cours de définition au Centre national de danse-thérapie créé par les Grands Ballets canadiens en 2013. Mais la danse récréative à des fins thérapeutiques existe depuis les années 40 aux États-Unis. «L'aboutissement est le même, mais ce n'est pas la même approche», dit Alain Dancyger, directeur des Grands Ballets canadiens.

Luca Patuelli, connu sous le nom de Lazylegz, connaît les bienfaits de la danse récréative à des fins thérapeutiques. Né en 1984 avec de multiples déformations congénitales, il a grandi avec des problèmes d'articulations et de croissance musculaire. Il se déplace avec des béquilles, ne pouvant marcher. Cela ne l'a jamais empêché de devenir un danseur reconnu de breakdancing avec son style unique de danse avec deux béquilles.

Avec son projet RAD (Réservé Aux Danseurs), Lazylegz donne des cours de danse à des jeunes handicapés depuis trois ans. «On a commencé avec un studio à Laval; maintenant, on en a quatre au Québec avec 80 jeunes ayant des handicaps différents.»

«Notre but est de chercher leur force et de l'utiliser au maximum. Le petit mouvement fait la grande différence et le but est aussi que ces jeunes croient en eux-mêmes», explique-t-il.

Atteinte de sclérose en plaques depuis cinq ans, Marie-Pierre Cartier-Émond a commencé à prendre des cours avec le projet RAD en janvier 2014. Quelques mois plus tard, elle devenait professeure aux côtés de Lazylegz!

«Je danse depuis l'âge de 9 ans, dit-elle. Après mon diagnostic de sclérose en plaques à 17 ans, j'ai arrêté de danser pendant un an et demi, mais j'ai vu Lazylegz à la télé et je me suis inscrite à ses cours. La danse m'a redonné confiance. Je m'améliore physiquement.»

CIRQUE

Un tremplin pour la réadaptation

Jongler avec des foulards, faire du trapèze. Quand on est atteint de paralysie cérébrale, ce n'est pas évident. Pourtant, Maude Massicotte y est parvenue. Le cirque a changé sa vie, dit-elle.

Le Cirque du Soleil a créé, il y a 20  ans, Cirque du monde, un programme de cirque social implanté à 80 endroits sur la planète. En partenariat avec des organismes, il permet d'intervenir auprès de jeunes en situation précaire avec des instructeurs formés par le Cirque du Soleil.

Atteinte de paralysie cérébrale et de surdité, Maude Massicotte, 23 ans, a suivi un atelier de cirque social dans le cadre de ses activités de réadaptation, en 2011 et 2012. Elle l'avait suggéré à l'ergothérapeute du Centre Lucie-Bruneau, Frédéric Loiselle, qui, du coup, s'est intéressé à cette expérience assez unique qui rend plus autonomes les personnes ayant une déficience physique.

«Ça m'a fait beaucoup de bien, dit Maude Massicotte, car, quand tu fais de la réadaptation toute ta vie, tu es un peu tannée d'en faire! J'avais envie d'avoir du fun en faisant de la réadaptation.»

À force d'efforts et de détermination, Maude Massicotte, qui se déplaçait en fauteuil roulant, a fini par se mettre debout toute seule, sans appui. «Le cirque a amélioré ma confiance en moi, dit-elle. Et ma confiance dans les autres, car on faisait des pyramides et j'étais la plus petite de la gang, donc j'étais en haut! J'ai appris à affronter mes peurs et à prendre conscience de la réalité des autres.»

À la suite de cet atelier, Maude Massicotte a participé à un spectacle de cirque avec d'autres jeunes handicapés. Depuis, elle a son propre appartement et prend le métro toute seule. Elle participera à Montréal complètement cirque en juillet avec une démonstration sur la place Émilie-Gamelin.

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