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L'étiquette selon Sophie Cadieux

À l'approche de la quarantaine, la comédienne Sophie Cadieux... (PHOTO FRANCOIS ROY, LA PRESSE)

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À l'approche de la quarantaine, la comédienne Sophie Cadieux s'interroge sur la manière de perdurer dans le métier.

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Après trois ans d'une résidence d'artiste à Espace GO, où elle a touché pour la première fois à la mise en scène, Sophie Cadieux se trouve à la croisée des chemins, entre ses désirs de création et d'interprétation. La comédienne termine le tournage de la deuxième saison de la série BD QC, qu'elle anime à ARTV, en attendant son prochain projet: devenir mère, d'ici quelques semaines.

Tu te posais plusieurs questions avant d'entamer ta résidence à Espace GO. Qu'est-ce qui a changé depuis?Ce qui a changé, c'est que plus je me suis mise à créer, plus les gens m'ont perçue comme une artiste qui propulse ses propres projets. Je suis dans une drôle de place dans ma vie où je suis encore interprète, mais où j'initie mes projets.

Est-ce que ça peut te nuire comme interprète? Est-ce que l'on pense moins à t'offrir des rôles parce que tu mènes tes propres projets?

Je me pose la question. J'ai l'impression d'être à l'heure des bilans. En terminant ma résidence de trois ans à Espace GO, je suis vraiment passée d'actrice à artiste qui réfléchit à d'autres possibilités. Je prends parfois position, je lis beaucoup, on me propose des chroniques, de l'animation. La zone est plus floue...

Ça te fait peur? Plusieurs comédiens finissent par verser davantage dans l'animation et la chronique que dans le jeu. Et certains regrettent d'avoir délaissé leur carrière d'acteur, même s'ils gagnent mieux leur vie autrement.

Ce n'est pas comparable. Les contrats que je fais ne sont pas si payants! Est-ce que l'un des mandats de l'acteur est de conserver son aura, pour se préserver dans le regard du public? Les gens me voient comme joyeuse ou lumineuse. C'est leur perception de ma personnalité. Je pars toujours avec un léger désavantage quand j'ai à jouer un rôle plus dramatique. À cause de certains préjugés.

As-tu eu à te défaire aussi de l'étiquette «jeunesse», parce que tu as été révélée dans des émissions comme Watatatow?

Ça ne m'a pas empêchée d'avoir des rôles, mais on m'a beaucoup posé la question en entrevue. Des questions sur ma voix aiguë. On s'est demandé si j'allais perdurer, si mon énergie juvénile et les stigmates de l'enfance que j'ai conservés allaient me permettre de passer le cap de la trentaine comme actrice. J'ai trouvé une bascule vers des rôles de jeunes femmes. La série Les Lavigueur m'a permis de faire un grand pas de l'autre côté. C'est toujours très délicat de se positionner dans une carrière.

C'est difficile d'éviter les étiquettes et de se réinventer. D'exister dans le regard et le désir de l'autre. Surtout qu'on est constamment à la recherche de «l'acteur du moment». Ce fut le cas de Pascale Bussières dans les années 90, par exemple. Elle a beaucoup été mise en lumière à ce moment-là, et moins par la suite. Elle en est consciente.

On est conscients comme acteurs qu'il y a des périodes où on est plus présents, surtout en raison de l'écho médiatique. Un film ou une émission à laquelle tu participes devient le prétexte pour te demander ce que tu manges, ce que tu penses de la politique, pour t'inviter à faire un sport extrême. On doit donner beaucoup de nous.

Tu le trouves comment, ce jeu médiatique? Est-ce qu'il te pèse?

Non. Je m'y prête bien. Parce que je trouve que c'est une tribune où je peux émettre certaines opinions, parler d'objets culturels que j'aime, de livres en particulier, comme je le fais à Bazzo.TV. Je préserve assez bien ma vie intime là-dedans. Je sens que je peux parler beaucoup de moi sans parler de moi. Il y a des terrains comme la politique qui sont plus glissants...

Où les étiquettes collent longtemps...

Je m'interroge sur les étiquettes. On me présente toujours comme «la pétillante», peu importe le contexte. C'est comme «googlé» ensemble: «Sophie-Pétillante-Cadieux». Ça ne me dérange pas, mais je ne suis pas toujours dans cet état d'esprit-là. La vie est tellement faite d'une multitude de micro-choix. Je me demande comment les miens enlignent la grande trame de ma vie. Je vais avoir 38 ans l'été prochain. Je vais bientôt être maman. Depuis Adam et Ève (en 2012), je n'ai pas tourné à la télé.

C'est l'approche de la quarantaine qui te fait réfléchir à tout ça?

Ce doit être le désir de durer. Je vois les gens autour de moi passer. J'ai beaucoup d'amies comédiennes un peu plus jeunes et je constate la différence entre nous. C'est maintenant que ça se passe pour elles. Je comprends qu'il faut que je laisse aller quelque chose qui est lié à la jeunesse, à l'image, à la découverte. On m'appelle moins en audition.

Tu ne fais plus partie des nouveaux visages. Je pense au court métrage de Monia Chokri (Quelqu'un d'extraordinaire) auquel tu as participé, qui met en scène une formidable brochette d'actrices de ta génération. Comment ça se passe entre les actrices quand ça marche mieux pour une que pour l'autre?

C'est ma gang. Il y a vraiment une admiration commune entre nous, je pense. Je ne me sens pas en compétition. Je n'ai jamais vu ça comme ça. C'est sûr que je suis plus indifférente au succès de certaines actrices que je connais moins ou que je comprends moins l'intérêt soudain pour d'autres. Mais je suis toujours heureuse pour les gens que j'admire. On s'en parle entre amies: nous avons toutes notre unicité. On s'en sort mieux quand on ne voit pas ça comme une compétition. Parce que le rejet peut être tellement violent parfois. Il faut voir une audition comme une soumission. J'ai beau être la meilleure pour pleurer, pour faire rire, pour jouer une folle, si ma face ne te revient pas, que ma voix t'irrite, que je suis pas assez pulpeuse, ce n'est pas de ma faute!

Quand on fait un projet qui n'est pas bien reçu, comme Adam et Ève, ça nous affecte de quelle manière?

On se pose beaucoup de questions. Avant que l'on commence à tourner, il y avait déjà une médiatisation intense autour du projet, un imbroglio autour des différents noms liés à la réalisation. On savait qu'on s'embarquait dans un projet controversé. Mais j'ai eu un rapport formidable avec Claude (Meunier) et on a fait ce qu'il voulait comme réalisateur. Pierre-François (Legendre) et moi, on était des interprètes. On ne choisissait pas les perruques! Le varlopage a été d'une puissance inouïe.

Tu n'avais jamais connu ça...

J'avais fait Rumeurs, Les Lavigueur, qui avaient beaucoup plu. Les commentaires étaient surtout dirigés vers Claude. Il a porté quelque chose de très lourd. De mon côté, comme ç'a été suivi d'une période où on m'a offert moins de rôles, je me suis demandée s'il n'y avait pas eu un effet négatif. Est-ce que c'était un mauvais choix? Je ne sais pas.

Tu te consoles comment de tes mauvais choix?

Ce qui m'aide dans mon parcours, c'est que je n'ai jamais été considérée comme la belle, la séductrice, la fille de charme. Je suis épargnée comme femme dans ce regard-là. Je suis reconnue pour autre chose, qui peut plus facilement vieillir. C'est réconfortant. Je vois beaucoup de filles qui, après 33 ans, ont plus de difficulté à jouer «la belle». On en parle souvent avec mes amies actrices. Moi, je joue l'amie, la soeur, la secrétaire ou la collègue! Et j'espère les jouer longtemps...

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