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Hélène David: l'élégance de la bûcheuse

Réfléchie, rationnelle, responsable travaillante, bûcheuse : autant de... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Photo: Alain Roberge, La Presse

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Réfléchie, rationnelle, responsable travaillante, bûcheuse: autant de qualificatifs qui sont sortis spontanément de la bouche des gens à qui j'ai demandé de me décrire Hélène David, la nouvelle ministre de la Culture et des Communications.

«Hélène, c'est un peu le roc de notre famille. C'est elle qu'on va voir pour réparer les dégâts et les problèmes», m'a lancé son frère, le producteur de cinéma Pierre David, l'aîné des six enfants du Dr Paul David et de la romancière Nellie Maillard. «Hélène, c'était la plus dégourdie des filles, ajoute sa soeur Anne-Marie, travailleuse sociale. Elle connaissait toujours plus de monde, était au courant de plus d'affaires.»

Pour ceux qui l'ignorent encore, Hélène David est issue d'une grande famille d'Outremont, de ces familles aisées mais animées par une grande conscience sociale, qui ne faisaient jamais étalage de leur argent, traitaient leurs domestiques comme des membres de la famille et valorisaient par-dessus tout la culture, l'éducation, selon un credo avant tout humaniste.

La famille David vivait rue McCulloch, mais juste au pied de Côte-Sainte-Catherine plutôt que dans les hauteurs, comme la famille Trudeau. Dans la vaste maison, tapissée de boiseries, Hélène était l'avant-dernière de la marmaille et la dernière des filles. C'est dire que la robe étrennée par Françoise, passée à Thérèse puis usée par Anne-Marie finissait sa vie sur Hélène, qui s'est bien vengée à l'âge adulte en devenant une carte de mode et la fille la plus élégante de la famille.

Le matin de notre rencontre dans son bureau de circonscription de Côte-des-Neiges, Hélène David portait un veston à rayures noires et blanches qui ne passait pas inaperçu, des bagues en argent aux doigts, une montre Stamps au poignet, des talons vernis qui lui faisaient frôler les six pieds et un sourire rayonnant au visage. Nous avons parlé de la musique qu'elle écoute dans son iPod: Pierre Lapointe, Émile Proulx Cloutier, Louis-Jean Cormier. Des films québécois qui l'ont marquée: les films de Bernard Emond, à qui elle voue un culte, mais aussi Inch Allah d'Anaïs Barbeau-Lavalette, Incendies de Denis Villeneuve, J'ai tué ma mère de Xavier Dolan, un film qui l'a d'autant plus bouleversée que la maternité est un sujet qu'elle a étudié à fond dans tous ses aspects, y compris celui des mères qui tuent leurs enfants.

Mais c'est une question anodine sur la mode qui l'a fait sursauter. Elle venait de glisser dans la conversation les noms de Christian Chenail et de Marie Saint Pierre pour les vêtements ainsi que d'Anne-Marie Chagnon et d'Agate et Caillou, un artisan de Percé pour les bijoux, histoire de me montrer qu'elle connaissait ses classiques québécois. Sachant son faible pour les marques chics, je lui ai demandé si elle portait à l'occasion du Chanel. Elle a écarquillé les yeux, l'air presque insulté.

«M'acheter des tailleurs à 3000$, jamais de la vie», a-t-elle tranché, faisant subitement surgir le fantôme de Nellie, sa mère, une femme qui a tout fait pour inculquer le sens du partage et de l'humilité à ses enfants. Malgré cela, Hélène David est, de l'avis de plusieurs, davantage la fille de Paul que de Nellie, qui est morte alors qu'elle n'avait que 15 ans.

La voie du père

Ainsi, au lieu de vouloir devenir romancière comme sa mère, Hélène David a plutôt choisi la voie de son illustre père, le fondateur de l'Institut de cardiologie de Montréal.

«Après des études en sciences pures à Brébeuf, je suis passée à un poil d'être médecin, sauf que je n'ai pas été acceptée en médecine mais plutôt en psycho, ce qui en fin de compte correspondait plus à ma sensibilité. Je ne l'ai pas regretté une seconde.»

Avant d'être une femme de culture, ce qu'elle est sans contredit, et la mère de deux fils dans la vingtaine qu'elle a eus avec le journaliste Jean Pelletier, Hélène David est une universitaire. Elle est arrivée à l'Université de Montréal en 1980 comme chargée de cours en psycho avant d'en gravir tous les échelons: d'abord professeure titulaire, puis vice-rectrice adjointe aux études et finalement vice-rectrice aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels. Selon le recteur Guy Breton, qui l'a nommée, Hélène David a accompli un formidable travail de développement et de réseautage à l'international. Elle a été tellement performante que depuis son départ, quatre personnes se relaient à temps partiel pour exécuter ses tâches. Le recteur avoue qu'il est à la recherche d'une perle rare à son image. Pourtant, la perle rare admet pour sa part qu'elle a longtemps été habitée par le syndrome de l'imposteur. Elle a depuis réglé ses comptes avec l'imposture, mais elle avait toutefois envisagé d'écrire un livre sur le sujet avant de se présenter sous la bannière libérale aux élections.

Le fait qu'elle soit sensible à de telles questions en fait une candidate idéale pour le monde de la culture et des arts. Mais ce qui risque d'être encore un atout plus important pour son ministère, ce sont les deux années (2008-2010) qu'elle a passées comme sous-ministre adjointe à l'Enseignement supérieur, à la demande de Michelle Courchesne.

«Un bel apprentissage»

«Michelle et moi, on a étudié en même temps à Brébeuf. On faisait partie de la même bande de filles. On nous appelait les 4 Girls. Je l'ai retrouvée des années plus tard dans une soirée. Un de ses sous-ministres venait de démissionner. Michelle m'a proposé le poste. Ç'a été pour moi un bel apprentissage. Aujourd'hui, je sais comment la machine marche de l'intérieur, et c'est clair que ça m'aide dans mes nouvelles fonctions.»

Hélène David est peut-être la première ministre de la Culture qui arrive dans la grosse machine gouvernementale avec une précieuse expérience de sous-ministre. Et bien qu'elle ne veuille pas se prononcer sur aucun dossier précis, elle semble avoir une idée très claire de la ministre qu'elle sera: «Une ministre qui va se battre pour les sous et pour tous les créateurs». Elle ajoute: «C'est vrai que l'ensemble de l'appareil gouvernemental est en difficulté, mais ce n'est pas vrai que la culture va prendre le bord. Je veux être au premier rang pour faire en sorte qu'on ne touche pas à la culture. Je veux être une battante de la culture malgré les problèmes de surenchère, malgré le fait que certains déplorent qu'on forme trop de comédiens, trop d'artistes visuels ou de musiciens. J'ai connu ça ailleurs dans d'autres domaines. D'une part, je crois à la sélection naturelle et de l'autre, je crois qu'une formation littéraire, théâtrale ou musicale ne sera jamais perdue même si on finit par travailler dans un autre domaine.»

Abonnée au théâtre comme à la musique classique, elle n'a rien contre le divertissement ni la culture pop. «C'est très bien, Marie-Mai, dit-elle, mais ça prend aussi des Bernard Edmond, des peintres, des écrivains, des sculpteurs, peut-être moins accessibles mais essentiels à notre culture.» Hélène David aurait bien aimé aller à Cannes pour accompagner les films québécois, dont Mommy de Dolan, en compétition officielle. «Mais, dans les circonstances, je pense qu'il faut donner l'exemple de la retenue. Il y a d'autres moyens d'accompagner ces films que par notre présence.»

Avec une mère romancière, un grand-père maternel - Charles Maillard - qui a été peintre et directeur des Beaux-Arts pendant 20 ans et un grand-père paternel - Athanase David - qui a ébauché la première politique culturelle québécoise, avec surtout une sensibilité et un penchant naturel pour les arts, Hélène David aura de la difficulté à ne pas être une bonne, sinon une grande ministre de la Culture. Un seul danger la guette: qu'elle fasse si bien que ses talents soient réquisitionnés ailleurs à la première occasion. Prions le saint patron des arts pour qu'on lui laisse le temps de faire sa marque à la Culture.




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