Joseph Pistone: la mafia attirée par les millions

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Bruno Bisson
La Presse

Les cinq grandes familles de la mafia sicilienne de New York ont formé un «club», dans les années 70 et 80, pour prendre le contrôle du monde de la construction dans la mégalopole américaine, «parce qu'il y avait des millions et des millions de dollars à faire».

> Qui est Donnie Brasco?

Hier, à la reprise des audiences de la commission Charbonneau sur l'industrie de la construction au Québec, l'ancien agent du FBI Joseph Pistone a décrit des manoeuvres de chantage, d'extorsion, de manipulation des appels d'offres et de corruption des syndicats, révélées au public américain lors du procès de la «commission de la Mafia» de New York, de 1985 à 1987.

L'ancien agent, mieux connu sous le pseudonyme de Donnie Brasco, utilisé pour infiltrer la famille Bonanno durant six ans, a agi à titre de témoin expert lors de ce superprocès, qui a frappé simultanément les chefs des cinq grandes familles de la mafia sicilienne de New York.

La procureure de la Commission, Sonia Lebel, a demandé au témoin pourquoi cette industrie en particulier avait incité ces cinq familles à unir leurs puissantes ramifications, alors que de telles organisations ont l'habitude de fonctionner indépendamment, chacune dans son propre territoire.

«C'est parce qu'il y a beaucoup d'argent à faire, a-t-il dit. Des millions et des millions de dollars. Supposons que vous construisiez un immeuble d'une valeur de 10 millions. Sur cette somme, ils vont encaisser entre 5% et 10%. Et à New York, il y a toujours des dizaines de chantiers de construction qui sont en cours, simultanément.»

Pour extorquer leur portion de ces contrats de construction, qu'ils soient aux mains d'entreprises légitimes ou affiliées à la mafia, les organisations criminelles avaient recours à toutes sortes de subterfuges:

> des entrepreneurs étaient forcés, par la menace, de révéler le montant de leurs soumissions pour des contrats en appel d'offres;

> des entreprises ayant des clauses de pénalité à leurs contrats, en cas de retard, se voyaient privées de la main-d'oeuvre nécessaire, à moins de payer une surprime;

> les entreprises payaient au tarif syndical des ouvriers qui n'appartenaient pas au syndicat, et qui touchaient un salaire moindre. Le syndicat empochait la somme additionnelle.

«Ils reviennent toujours»

Le procès de la Commission a mis fin à la mainmise des cinq familles mafieuses de New York, dans les années 80, mais le crime organisé est toujours bien infiltré dans cette industrie. «J'ai un bon ami qui possède une entreprise de construction, et il doit composer avec eux tous les jours», a affirmé M. Pistone lors de son témoignage, hier.

Selon lui, il faut oublier l'image «romantique» des films comme Le parrain, où une certaine forme d'honneur caractérise les agissements criminels des protagonistes. «C'est une société sans honneur», dit-il, très habile à débusquer toutes les occasions de profits illicites, à recruter les acteurs légitimes vulnérables à la corruption et à pomper toujours plus d'argent de ces victimes.

«Quand une entreprise légitime est jointe par la mafia, elle doit le rapporter aux autorités, insiste-t-il. Parce que si vous payez une fois, ça n'arrêtera pas. Ce n'est jamais une seule fois. Ils reviennent toujours, pour n'importe quoi.»

Les coûts secrets de cette corruption n'apparaissent pas dans les factures ou les déclarations d'impôts, mais il finit par être partagé par tous.

«Quand la mafia contrôlait l'industrie du vêtement, à New York, les fabricants haussaient un peu le prix de chaque pièce de vêtement» pour absorber la «taxe mafieuse».

«Le gouvernement et les contribuables, a-t-il conclu, paient toujours plus lorsque la mafia est impliquée dans une industrie en particulier.»



Commission Charbonneau en direct




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