Martin Couture-Rouleau: «il avait le coeur noble et le cerveau déprimé»

Martin «Ahmad» Couture-Rouleau, l'auteur de l'attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu,... (PHOTO LA PRESSE)

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Martin «Ahmad» Couture-Rouleau, l'auteur de l'attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu, voulait se rendre au Pakistan rencontrer son «meilleur ami Facebook», un jeune résidant de Karachi rencontré en juillet 2013 dans un forum de discussion sur l'islam.

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Attentat à St-Jean-sur-Richelieu

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Attentat à St-Jean-sur-Richelieu

Le 20 octobre 2014, Martin Rouleau a heurté deux militaires dans le stationnement d'un centre commercial de Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie. »

Sur la photo, Ahmad Rouleau s'apprête à quitter l'aéroport Montréal-Trudeau pour s'envoler vers le Pakistan. Dans les faits, Martin Couture-Rouleau est sur le point de vivre un échec qui marquera le début de son cheminement vers l'islam radical.

C'était en janvier ou en février. Le jeune converti s'apprêtait à s'envoler pour le Pakistan. Là-bas, il allait enfin vivre l'expérience de la khatna (circoncision) et rencontrer son «meilleur ami Facebook», un jeune résidant de Karachi que La Presse a retracé.

Le jeune homme, qui a requis l'anonymat, a beaucoup hésité avant de transmettre cette photo à l'auteure de ces lignes. «Mon coeur me dit de ne pas vous envoyer de photos. Parce que l'un de mes aînés me dit de ne jamais faire confiance aux femmes», a-t-il écrit, dans un long échange de messages sur Facebook.

En racontant les aventures de son ami Ahmad, le jeune homme a confirmé que le Québécois n'en était pas à son premier projet de voyage lorsqu'il a été intercepté par la police, en juillet. «Mais les autorités l'ont empêché de venir me visiter à Karachi», déplorait le jeune Pakistanais. Des sources bien au fait du dossier ont aussi indiqué que Martin Couture-Rouleau a été incapable de prendre son vol à cette occasion. Elles ont cependant déclaré que ce n'était pas en raison d'une intervention de la police.

«Pouvez-vous croire qu'il a été arrêté?», a demandé son ami. «Il était tellement brave! Ça ne le dérangeait pas d'aller dans un pays où tous les jours, des gens se font tuer, des bombes explosent...» Selon lui, Ahmad Rouleau n'avait aucune intention de mener le djihad à ce moment-là. «Il venait simplement visiter le Pakistan et en apprendre davantage sur l'Islam. L'EI [groupe armé État islamique] n'était rien à ce moment-là», a-t-il dit.

La radicalisation

Les mois ont passé. Martin Couture-Rouleau s'est confié à son ami, qu'il avait rencontré en juillet 2013 dans un forum de discussion sur l'islam et les autres religions. Il a parlé de sa bataille contre son ancien partenaire d'affaires, avec qui il possédait J.M.T.R Lavage à pression. Il a critiqué son père, qui a détourné sa soeur «de la bonne voie», après qu'elle s'est montrée intéressée par sa dawah (sa transmission de la parole d'Allah). Il a tenté de collecter des fonds pour aider le peuple syrien.

Puis, il a entamé un grand combat pour obtenir la garde de son fils. «Toutes ces choses-là l'ont déprimé. Surtout la tension entourant son fils, Jayden. Une fois, il a dit qu'il aimait son fils après Allah. Que le prophète s.a. w.s. [Mahomet] valait plus que tout au monde», a souligné son ami.

À mesure qu'Ahmad Rouleau menait ses batailles, le groupe État islamique popularisait la sienne. Le jeune converti s'est senti interpellé.

«L'EI est devenu connu en août. Ahmad les soutenait parce qu'il était un vrai musulman, et que les musulmans veulent la Sharia et veulent se battre contre toutes les organisations anti-islamiques», a résumé son copain pakistanais. Au départ, Martin Couture-Rouleau disait à son ami qu'il était contre le régime de Bachar al-Assad, mis en cause dans la mort de milliers de musulmans. «Il était contre les États-Unis et leur alliance. Ensuite, quand l'EI est arrivé, il s'en est inspiré», a relaté son ami.

Voyage avorté

En «vrai musulman», selon notre correspondant, il a voulu se joindre aux forces de l'EI en Irak. C'était en juillet dernier. Les autorités canadiennes ont saisi son passeport alors qu'il s'apprêtait à prendre un avion pour la Turquie. C'était la goutte qui allait faire déborder le vase.

«Il était stressé, tendu après avoir attendu un an [pour concrétiser ses projets de voyage]. Il s'est fâché», a affirmé son ami. Il a perdu la trace d'Ahmad trois semaines avant qu'il ne fonce sur deux militaires canadiens à Saint-Jean-sur-Richelieu, lundi. Il a pleuré quand il a appris sa mort. Mais il arrive à comprendre le raisonnement de son ami, qu'il n'aura finalement jamais rencontré.

«C'est simple: si on empêche toujours quelqu'un de faire ce qu'il veut, il se fâche, il explose. Il voulait venir au Pakistan, puis aller en Irak», a-t-il expliqué.

«Il avait le coeur noble et le cerveau déprimé, en raison de toutes ces choses qui lui arrivaient. J'étais triste, vraiment triste quand j'ai appris ce qu'il a fait, a ajouté le jeune homme. Mais ensuite, j'ai pensé: au moins il n'est pas mort dans son sommeil. C'est mieux de mourir en montrant au monde que plus on souffle de l'air dans un ballon, plus il risque d'exploser.»

Ahmad Rouleau rêvait d'une nouvelle vie à l'étranger. Il s'était montré enthousiaste quand son ami lui avait suggéré d'épouser une musulmane. Mais sans passeport, il était coincé.

Le jour où le Canada s'apprêtait à envoyer des avions de chasse pour combattre l'EI, Martin Couture-Rouleau a explosé.

«Les gens qui habitent dans des pays qui combattent l'EI peuvent aussi combattre leur propre pays, a rappelé son ami. Rendez-moi service et trouvez une photo de lui après sa mort. Dites-moi où il a été enterré», a-t-il demandé avant de mettre fin à la conversation.

«Allah Hafiz.» (Au revoir. Et que Dieu veille sur vous.)

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