Dernier hommage à l'abbé Gravel

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Marie-Michèle Sioui
La Presse

Le sacerdoce de l'abbé Raymond Gravel a été éclatant. Et ses funérailles, célébrées vendredi, ont été dignes d'un scénario hollywoodien.

On aurait voulu écrire la scène qu'on n'aurait pu la rendre plus singulière. Au moment où les proches de Raymond Gravel sont sortis de la cathédrale de Joliette, où venaient d'être célébrées les funérailles du prêtre populaire, le ciel a tourné au noir. Des gouttelettes de pluie ont tournoyé dans les airs. Elles se sont déposées sur les joues, déjà humides, des centaines de personnes qui s'étaient déplacées pour dire adieu à leur ami, leur inspiration.

Même l'évêque du diocèse de Joliette, Mgr Gilles Lussier, a eu du mal à retenir ses sanglots en disant au revoir à son ami de longue date. Il a mené la cérémonie sobrement, en se permettant tout de même (l'abbé l'aurait voulu!) de taquiner son bon compagnon disparu.

«Je vois en lui un prophète. Et un prophète, c'est toujours un être dérangeant!», a lancé l'abbé Pierre Gervais Mageau dans son homélie. Les fidèles se sont mis à rire. Dans la grande église, l'auditoire a vécu la cérémonie un peu comme le Québec a suivi l'existence de Raymond Gravel: en ne restant pas indifférent.

À contre-courant

Car l'homme, emporté lundi par un cancer, a été de plusieurs batailles. Il a mené de grands combats pour les exclus, les marginaux et les victimes d'injustice, ont souligné plusieurs des dignitaires présents. L'abbé Gravel remettait les principes de l'Église, son Église, en question. Il semblait parfois nager à contre-courant.

Mais son institution ne lui en a pas tenu rigueur. Et à voir la nef et les tribunes de la cathédrale de Joliette remplies, à constater la masse de gens regroupés devant l'écran qui diffusait la cérémonie à l'extérieur, il semble que ses fidèles ne lui en aient pas voulu non plus. Il apparaissait même qu'ils s'étaient déplacés précisément pour cette raison.

Le vice-président de la Fraternité des policiers de Laval, Francis Voyer, a ainsi parlé de l'abbé Gravel comme d'un «conseiller», un «repère».

«L'abbé ne laisse personne indifférent, et il n'est indifférent à aucune cause», a ajouté l'abbé Mageau, encore rejoint par les rires de son auditoire. Il a rappelé «quelques axes majeurs» des combats de son ami; de ses aspirations à la justice, à l'égalité hommes-femmes et à l'ouverture de l'Église aux homosexuels.

Le passage

Entre les prières et les chants, que l'abbé avait soigneusement choisis avant de mourir, des amis ont pris la parole pour lui souhaiter un bon passage vers la mort. «La saison dans laquelle Raymond est entré en est une de résurrection, de paix et de plénitude», a déclaré une amie.

«La mort n'existe pas...», avait dit l'abbé avant de partir. «Elle est Pâques, c'est-à-dire passage d'une vie à une autre vie. Accompagnez-moi dans ce passage», avait-il demandé.

Vendredi, l'abbé Raymond Gravel a entrepris son grand voyage. Sur le parvis de la cathédrale bondée, pendant que la pluie commençait à tomber, le prêtre de combat a commencé sa cinquième saison, le coeur en paix et empli de convictions.




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