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Des publicités illégales pour des salons de jeu Kinzo

Les salons de jeu Kinzo, dont les premières... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE)

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Les salons de jeu Kinzo, dont les premières salles ont été ouvertes en 2011, inquiètent les autorités de santé publique.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Des salons de jeu Kinzo de la région de Québec ont publié ce printemps des publicités illégales. Sur l'internet, ces salles de bingo nouveau genre ont offert à leurs clients d'imprimer un coupon leur permettant d'obtenir gratuitement un cocktail alcoolisé, une pratique pourtant interdite par la Régie des alcools, des courses et des jeux.

« Offre spéciale », peut-on lire sur la publicité sur laquelle le logo de Loto-Québec est placé bien en évidence. « Visitez la salle Kinzo la plus près de chez vous et recevez deux billets et un cocktail de bienvenue GRATUITS », ont diffusé les trois salons de jeux.

Cette promotion, qui a pris fin le 31 mai dernier, contrevient toutefois au Règlement sur la promotion, la publicité et les programmes éducatifs en matière de boissons alcooliques inscrit dans la Loi sur les permis d'alcool. « Le titulaire d'un permis pour consommation sur place ne peut, directement ou indirectement, dans sa publicité, annoncer la consommation gratuite de boissons alcooliques », peut-on lire.

À la société d'État, personne n'avait été mis au courant de cette initiative des gestionnaires des trois salles. À la suite des questions de La Presse, la société a finalement envoyé un mémo à l'ensemble des Kinzo pour leur rappeler l'importance de respecter la loi.

«Ces établissements ne sont pas gérés par nous, donc il peut y avoir des initiatives non souhaitables. Mais normalement, les cocktails que nous offrons gratuitement sont sans alcool.»

François-Patrick Allard
directeur général de la Société des bingos du Québec (SBQ), une filiale de Loto-Québec

« Nous indiquons dans le contrat qui nous unit aux salles qu'elles doivent respecter les règles établies par la Régie. Dans beaucoup de cas, ce ne sont pas des gens habitués à gérer des débits de boisson. Nous avons appelé les gestionnaires en question pour les sommer de ne plus faire [ce genre de publicité] », a ajouté M. Allard, visiblement surpris, qui a promis d'ajouter le terme « non alcoolisé » aux prochaines publicités.

INQUIÉTUDE À LA SANTÉ PUBLIQUE

Les salons de jeu Kinzo, dont les premières salles ont été ouvertes en 2011, inquiètent les autorités de santé publique. Des salons plus « jeunes », un service d'alcool aux tables, un jeu plus rapide et stimulant que le bingo, mais surtout de nouveaux appareils de loteries vidéo situés dans des quartiers parfois défavorisés. Le cocktail est potentiellement explosif.

« Le fait que Kinzo tente d'attirer une clientèle plus jeune m'inquiète. On retrouve dans ce salon une ambiance feutrée, moderne, on sert de l'alcool et de la nourriture de bar, et on y installe des appareils de loterie vidéo. J'espère qu'on ne fera pas une nouvelle génération de personnes qui jouent des sommes importantes sur ces appareils », a expliqué en entrevue à La Presse le coordonnateur à la prévention sur les jeux d'argent et les dépendances à l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, Jean-François Biron.

Afin de mieux comprendre ce qui peut rendre vulnérables les joueurs considérés à risque, La Presse s'est rendue discrètement au Kinzo de l'arrondissement de LaSalle, à Montréal, pour visiter l'établissement et essayer le jeu. Pour cette occasion, M. Biron avait préalablement énuméré une liste d'éléments à observer. Exerce-t-on de la pression pour acheter des cartes de jeu? Des signaux sonores ou des éclairages particuliers soulignent-ils les victoires ou servent-ils à faire monter les enchères?

Sur place, bien installé dans cette salle ultraclimatisée où peuvent jouer près de 60 personnes, le constat a été rapide: plusieurs de ces « facteurs de risque » sont observés dans ces salles de bingo nouveau genre. Un élément appelle toutefois à la nuance: la mise minimale n'est que 2 $.

«Le Kinzo, ça demeure un peu plus dangereux que le bingo traditionnel, mais c'est bien moins pire que le casino. Disons que tu ne peux pas y perdre ton char à la fin d'une longue journée.»

Jean-François Biron
coordonnateur à la prévention sur les jeux d'argent et les dépendances à l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal

Situés près de l'entrée, en plein coeur d'un mini centre commercial, 10 appareils de loterie vidéo sont à la disposition des joueurs. Lorsque La Presse est arrivée, quelques minutes après l'ouverture des portes, ils étaient déjà tous occupés. Ceux qui voulaient aller aux toilettes ou retirer de l'argent au guichet automatique - qui accepte les cartes de crédit - pouvaient placer une pancarte qui indique que leur siège est réservé.

Dans la salle, la moitié des tables du Kinzo étaient occupées. Le jeu est rapide, la musique est stimulante. « Boum boum, boum boum ». Un battement d'un coeur s'est fait entendre, le signal qu'un joueur s'apprête à remporter la mise quelque part sur le réseau, toutes les salles étant connectées entre elles à travers le Québec.

Le gagnant était finalement un joueur de Laval. « Dommage! Il ne me manquait qu'un seul numéro », s'est-on exclamés, emportés par l'énergie du jeu.

« Mais non, tu vois, c'est un biais cognitif. Tu penses que tu as passé proche de l'emporter, mais pas du tout. C'est toute la mise en scène qui est déployée ici pour t'amener à croire ça, et bien sûr te faire acheter un autre coupon », a expliqué M. Biron lorsqu'on lui a exposé les observations notées lors de notre visite.

- Avec la collaboration de Serge Laplante




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