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Une mosquée fichée par le FBI est un organisme de bienfaisance ici

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La mosquée figure dans plusieurs documents judiciaires canadiens, américains et français. Son nom est aussi cité dans les avis de recherche de deux djihadistes montréalais publiés par le département d'État américain.

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Fabrice de Pierrebourg
La Presse

Une mosquée montréalaise fichée notamment par le FBI comme un endroit ayant été fréquenté par des extrémismes islamistes, où l'on considère que les femmes doivent demeurer cloîtrées chez elles, est considérée néanmoins par Revenu Canada comme un organisme de bienfaisance.

La mosquée Assuna est de façon récurrente, depuis la fin des années 90, un «lieu d'intérêt» pour les policiers et services de renseignement. Plusieurs individus accusés ou soupçonnés de terrorisme y ont eu leurs attaches, en particulier les membres de la «cellule islamiste de Montréal».

En 2011, on a appris, grâce à des câbles diplomatiques rendus publics par WikiLeaks, qu'Assuna figurait sur une liste du Pentagone répertoriant neuf mosquées dans le monde où «des membres d'Al-Qaïda ont été recrutés, aidés ou formés».

La mosquée figure dans plusieurs documents judiciaires canadiens, américains et français. Son nom est aussi cité dans les avis de recherche de deux djihadistes montréalais publiés par le département d'État américain.

Enregistrée depuis 1999

Or, selon les renseignements affichés sur le site internet de Revenu Canada, la mosquée Assuna a obtenu son statut d'organisme de bienfaisance en 1999.

C'est à la même époque que cet organisme a commencé à intéresser les policiers et les services de renseignement.

Ces informations ont-elles été transmises à Revenu Canada? Questionnée par La Presse, l'Agence réplique qu'il y a des «vérifications et des enquêtes qui sont faites pour s'assurer que les 85 000 organismes enregistrés suivent la Loi sur l'impôt» qui les régit.

«Obtenir ce statut n'est pas automatique, il y a des critères à respecter», ajoute le porte-parole Philippe Brideau.

Toutefois, c'est aussi en vertu de cette même loi qu'il n'a pas voulu «commenter davantage» ce cas.

Les comptes d'Assuna qui apparaissent sur le site de Revenu Canada montrent que 81% des 200 784$ de dons récoltés au cours du dernier exercice ont été dépensés à des fins autres que la bienfaisance, -en particulier des salaires.

«La règle est que la majorité des dépenses doivent aller aux activités de bienfaisance», fait remarquer Philippe Brideau. Il ajoute que des vérifications plus poussées peuvent avoir lieu si un «drapeau rouge se lève».

Ce drapeau rouge peut être, dit-il, une information «partagée» par une agence partenaire, que ce soit le Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE, organisme chargé de surveiller les flux financiers), le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) ou un corps de police.

C'est à la suite d'une enquête de ce type que le statut d'organisme de bienfaisance a été retiré à IRFAN-Canada à cause de son soutien financier au Hamas.

Une procédure rarissime, constatent deux ex-membres du SCRS, Michel Juneau-Katsuya et Ray Boisvert, notamment en raison d'impératifs juridiques. «Déjà à mon époque, même quand nous arrivions à démontrer les liens avec le terrorisme, Revenu Canada tardait à agir», se souvient Michel Juneau-Katsuya.

«On se retrouve dans la même situation qu'avec les certificats de sécurité ou la liste des passagers interdits de vols, ajoute Ray Boisvert. Les infos que l'on reçoit sont du renseignement de sécurité. Il faut ensuite les transformer en preuve devant une cour. [...] De plus, il est extrêmement difficile de suivre la trace des dons jusqu'à leur utilisation réelle. La réalité canadienne est que l'on fait confiance aux gens.»

L'imam Salam Elmenyawi

L'imam Salam Elmenyawi, président et administrateur de la mosquée Assuna, n'a pas commenté la situation. En 2011, il avait dénoncé les conclusions du FBI ciblant sa mosquée. «Tout ça est basé sur une analyse de renseignements que nous jugeons fallacieuse. À ce jour, aucun administrateur de la mosquée n'a été jugé coupable de quelque crime que ce soit», avait-il dit à La Presse.

M. Elmenyawi est aujourd'hui l'une des figures les plus actives de la contestation contre le projet de loi sur la Charte.

Il a fait parler de lui en 2004 en faisant pression sur le gouvernement Charest pour implanter la charia au Québec. Sur le site internet de sa mosquée, fermé au cours des derniers jours, un texte rappelait notamment qu'il «incombe à la femme musulmane de rester dans son foyer et de n'en sortir qu'en cas de besoin pressant».

M. Elmenyawi a déjà aussi publiquement appelé les musulmans du Canada à ne pas parler aux agents du SCRS «à moins qu'ils n'aient un mandat». Il prenait ainsi le contrepied de plusieurs imams favorables au fait de dénoncer aux autorités des membres de la communauté au comportement suspect.

Quelques «clients» de la mosquée Assuna de Montréal

Faker Boussora

Citoyen canadien. Le département d'État américain offre 5 millions pour la capture de celui qui est connu aussi sous le pseudonyme de Abu Yusif al-Tunisi.

Raouf Hannachi

Citoyen canadien. Appelait les fidèles à la prière à la mosquée. Aurait recruté Ressam et organisé son séjour dans un camp d'Al-Qaïda en Afghanistan. A quitté le Québec alors qu'il était dans la ligne de mire du SCRS.

Abderraouf Jdey

Citoyen canadien. Considéré comme «étroitement lié à Al-Qaïda» par le département d'État américain qui offre 5 millions pour sa capture.

Mohamed Ould Slahi

Beau-frère d'un des lieutenants d'Oussama ben Laden. A officié comme imam à Assuna. Il est détenu à Guantánamo depuis 2002. Interrogé sous la torture, il aurait mis la CIA sur la piste du refuge de ben Laden au Pakistan.

Abdellah Ouzghar

Condamné en avril 2009 à quatre ans de prison à Paris pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et de complicité de détention de faux documents administratifs (passeports)».

Ahmed Ressam

Condamné à 37 ans de prison à Seattle en octobre 2012. Projetait un attentat à l'aéroport de Los Angeles lors du passage à l'an 2000.

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