Après un an et demi sur la terre ferme, vous êtes nombreux à ressentir l’appel du large, et certains ont commencé (tranquillement) à magasiner leur prochaine croisière. Or, il peut être difficile de s’imaginer la vie à bord, tant elle nous semble venir d’un monde ancien ! Preuve vaccinale, gestes barrières, politiques de flexibilité : voici comment les croisiéristes se sont adaptés aux nouvelles exigences sanitaires pour lever l’ancre en toute sécurité.

Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

Tirer des leçons du passé

PHOTO PHILIP FONG, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Diamond Princess, en février 2020

Nous avons tous vu les images du Diamond Princess et de ses 3700 passagers immobilisés dans un port du Japon pendant 14 jours. Une dizaine de morts, plusieurs centaines d’infections… Mais c’était en février 2020, alors qu’on en savait encore très peu sur le virus et sa transmission. L’industrie des croisières a appris, depuis. Beaucoup. « L’évènement a ouvert les yeux sur les situations potentielles qui pouvaient arriver à bord, et ça a fait en sorte que les compagnies ont tout mis en place pour être prêtes. Personne ne veut revivre ce que le Diamond Princess a vécu », affirme Isabelle Côté, coordonnatrice des croisières et des circuits Europe chez Tours Chanteclerc.

Et les vaccins sont arrivés. Car les croisiéristes, qui remettent prudemment leurs navires à l’eau, misent surtout sur la vaccination pour reprendre leurs activités. Aux États-Unis, les grands acteurs de l’industrie comme Norwegian Cruise Line, Royal Caribbean International, Celebrity Cruises et Disney Cruise Line, régis par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, l’agence de santé publique américaine, exigent tous une preuve vaccinale pour monter à bord de leurs navires, exception faite des enfants de moins de 12 ans. Idem pour le personnel. De plus, il faut présenter un test antigène ou PCR négatif au maximum 48 heures avant l’embarquement.

En Europe, les compagnies bénéficient d’un peu plus de flexibilité. Le croisiériste de luxe Ponant, par exemple, n’oblige la preuve vaccinale que pour ses expéditions dans les zones dites « rouges » ou « orange », c’est-à-dire les pays où la situation épidémique n’est pas maîtrisée. Soulignons toutefois que ces protocoles sont sujets à changement, comme la situation sanitaire évolue rapidement. Les protocoles en vigueur de Norwegian Cruise Line et de Celebrity Cruises, par exemple, le sont jusqu’au 31 décembre. Nous vous recommandons donc de consulter leurs sites web régulièrement pour obtenir les dernières informations.

Des protocoles sanitaires renforcés

PHOTO FRÉDÉRIC MATTE, ARCHIVES LE SOLEIL

Dans les bateaux, on recommande des tests fréquents, la désinfection régulière des surfaces et la ventilation accrue.

L’extrême proximité sur les navires de croisière appelle naturellement à des protocoles stricts en matière de prévention et de contrôle des infections. Mais il a fallu les renforcer. La Cruise Lines International Association, qui regroupe les plus grands noms de l’industrie, a émis 75 recommandations à cet égard à ses membres. Cela comprend le port du masque obligatoire lors des déplacements à l’intérieur du bateau ou lorsque la distanciation physique ne peut être respectée, et réduire la capacité sur les bateaux afin d’assurer un plus grand espace par voyageur. C’est pareil pour les restaurants et les salles de spectacles à bord. On recommande aussi des tests fréquents, la désinfection régulière des surfaces et la ventilation accrue.

Sur la terre ferme

PHOTO VIOLAINE BALLIVY, ARCHIVES LA PRESSE

Vue du port de Marseille

En ce qui concerne les escales, qui font partie intégrante des croisières, le protocole varie selon les autorités portuaires et le croisiériste. Dans certains cas, les voyageurs pourront descendre du bateau librement et visiter le lieu d’eux-mêmes, comme c’est présentement le cas dans le Grand Port maritime de Martinique. Ailleurs, comme au port de Marseille, les passagers seront regroupés par 25 avec un guide dans ce que l’on appelle une « bulle sanitaire », afin d’éviter les risques de contagion pendant l’excursion. Il est aussi possible que l’on requière un test négatif ou une preuve vaccinale pour visiter les lieux.

Réserver en toute quiétude

PHOTO FOURNIE PAR NORWEGIAN CRUISE LINE

Le Norwegian Breakaway, de la compagnie Norwegian Cruise Line

Présentement, le gouvernement canadien recommande d’éviter les croisières. Selon Chantal Lapointe, directrice, stratégie de croissance et relations partenaires voyages, chez CAA-Québec, il serait plus prudent d’attendre le printemps prochain pour voguer de nouveau et, si possible, 2023. D’ici là, à quoi ressemblera la situation épidémiologique ? « Ce qu’on dit à nos membres qui réservent un voyage pour 2022 et 2023, c’est de s’assurer que les termes et conditions sont flexibles. C’est le premier critère à regarder », insiste Mme Lapointe.

La plupart des croisiéristes se sont dotés de politiques souples en matière d’achat et de réservation. Voyages Traditours, par exemple, remboursera un dépôt en totalité jusqu’à 151 jours avant la date de départ, si elle précède le 30 juin 2023, et ce, sans conditions. Nous le précisons, car dans d’autres cas, comme Norwegian Cruise Line, le passager aura droit à un remboursement ou un crédit s’il reçoit un test positif à la COVID-19 dans les deux semaines avant l’embarquement.

« Quelqu’un qui réserve aujourd’hui pour plus tard ne prend aucun risque », rassure Sebastien Forest, président de Voyages Traditours. À la vitesse où s’envolent les places, il conseille de ne pas attendre pour réserver sa croisière : « La perception de beaucoup de voyageurs, c’est que mai, juin, juillet seraient un bon moment pour recommencer à voyager. Ça va partir vite. »

Et s’il y avait une éclosion à bord ?

PHOTO TIM BOYLE, ARCHIVES BLOOMBERG

Deux passagers profitent de leur séjour dans un navire de la compagnie Celebrity Cruises.

Parce qu’il faut aussi se préparer au pire, qu’adviendrait-il si un cas positif se déclarait à bord ? Les protocoles diffèrent légèrement selon le croisiériste, mais se ressemblent dans leurs grandes lignes. Un passager qui présente des symptômes de la COVID-19 sera pris en charge par l’équipe médicale du navire et placé en isolement. Si le test est positif, l’équipage procèdera à la recherche des contacts de la personne malade, que l’on tentera d’évacuer le plus rapidement possible.

Si la plupart des croisiéristes couvrent les frais liés au traitement médical sur le bateau, certains, comme Celebrity Cruises, remboursent aussi le prix de la croisière au prorata des nuitées manquées. Dans l’éventualité d’une éclosion, les compagnies donnent très peu de détails sur la marche à suivre. Ponant, par exemple, assure qu’« une analyse des risques à bord » déciderait du déroulement du reste de la croisière.