Une semaine dans un cinq-étoiles au Mexique pour moins de 1000 $ ? Un aller-retour Montréal-Miami pour 200 $ ? Voilà des offres très alléchantes qui, à mesure que le froid s’installe, pourraient devenir irrésistibles pour beaucoup de Québécois. Or, un séjour au soleil ne s’organise pas en criant « sangria » en période de pandémie.

Simon Chabot Simon Chabot
La Presse

L’industrie du voyage est à l’arrêt presque complet depuis le premier confinement du printemps. Des avions continuent pourtant de partir chaque jour vers les destinations soleil. Certains pays, dont l’économie dépend du tourisme international, déploient aussi de grands efforts pour attirer les visiteurs chez eux. La République dominicaine offre même de payer les frais médicaux et de subsistance aux touristes qui attraperaient la COVID-19 dans le pays. Les vacanciers devraient-ils se laisser tenter ?

« D’entrée de jeu, il faut rappeler aux voyageurs que le gouvernement du Canada demande d’éviter tout voyage non essentiel à l’étranger depuis le mois de mars, lance Pierre-Olivier Fortin, porte-parole de CAA-Québec, un organisme qui conseille ses membres et qui possède sa propre agence de voyages. Il faut prendre ça au sérieux. »

Pour les croisières, Ottawa va même plus loin : « Évitez tout voyage […] à l’extérieur du Canada jusqu’à nouvel ordre », dit l’avertissement officiel du gouvernement.

Bien que certains pays rouvrent leurs frontières, précise cet avertissement, ils « pourraient imposer sans préavis des restrictions strictes en matière de voyage s’ils connaissent une augmentation du nombre de cas de COVID-19. Les options de transport international pourraient être grandement réduites, ce qui pourrait rendre difficile votre retour au Canada. » Et ajoute : « Nous ne prévoyons pas offrir d’autres vols de rapatriement au pays. »

Preuve que la situation reste changeante, l’Union européenne a retiré mercredi le Canada de la liste des pays dont les voyageurs sont autorisés à entrer sur son territoire. Chaque pays de l’Union garde le contrôle de ses frontières, et la France, par exemple, admet toujours les Canadiens, mais pour les détenteurs de billets d’avion vers l’Europe, la décision n’a rien de rassurant.

Bien se préparer

Reste qu’il est possible de voyager. Mais ceux qui ont hâte de boucler leurs valises pour le Mexique, Cuba ou la Floride devraient aussi rester attentifs à l’évolution de la pandémie. Et bien planifier leur voyage, notamment en vérifiant leur couverture d’assurance. « La plupart des polices, dont celles que nous vendons chez CAA-Québec, ne couvrent pas les risques visés par l’avertissement du gouvernement », explique M. Fortin.

Si vous vous cassez une jambe, vos soins de santé ou votre rapatriement sont couverts, mais si vous attrapez la COVID-19 à l’étranger, il faudra vous débrouiller. Une semaine aux soins intensifs aux États-Unis, c’est très cher.

Pierre-Olivier Fortin, porte-parole de CAA-Québec

Bien sûr, il existe des polices d’assurance spécifiques pour la COVID-19, que certains fournisseurs de voyages proposent même d’emblée. Comme les couvertures, les allocations et les conditions varient énormément d’une police à l’autre, les voyageurs doivent cependant bien se renseigner.

Tout prévoir avant le départ, c’est aussi planifier son retour. Les voyageurs canadiens doivent en effet s’isoler pendant 14 jours en rentrant au pays. Rien ne les empêche de faire du télétravail, mais il leur est interdit de sortir de chez eux, même pour aller à l’épicerie. S’il y a des enfants à la maison, pas question non plus de les renvoyer à l’école avant la fin de la quatorzaine.

« Notre rôle, ce n’est pas d’encourager ou de décourager les voyageurs, mais de les informer, précise Manon Langelier, directrice régionale vacances chez Voyages Laurier du Vallon. Ceux qui achètent un voyage chez nous le font en toute connaissance de cause. J’aimerais ça vous dire qu’on peut les rassurer, mais ce n’est pas le cas. On ne connaît pas l’avenir. »

Devant tant d’incertitude, nombre de clients qui contactent Voyages Laurier du Vallon renoncent à leurs projets de voyage. Quand on lui demande si elle-même voyagerait ces jours-ci, Manon Langelier répond : « J’ai hâte de recommencer à voyager, comme j’ai hâte de recevoir mes enfants et mes amis autour d’une bonne bouteille… »

Rêver, c’est toujours permis

Rien, toutefois, ne devrait empêcher les voyageurs de rêver, et même de profiter des offres des voyagistes et des transporteurs, qui proposent parfois sans frais des garanties de remboursement pour des annulations jusqu’à 24 heures avant le départ. Les vacanciers peuvent ainsi organiser leur séjour où et quand ils le souhaitent, quitte à y renoncer à la dernière minute si le coronavirus continue de jouer les trouble-fête. Encore là, si la souplesse est plus grande que jamais, les conditions ne sont pas les mêmes d’une entreprise à l’autre. Il faut vérifier.

Bien qu’elle continue à vendre des voyages vers le Sud, l’agence en ligne Expedia invite pour sa part ses clients à renoncer tout simplement aux destinations soleil pour les prochains mois. « Nous encourageons les Québécois à suivre les directives de santé publique émises par le gouvernement », fait savoir Mary Zajac, responsable des relations publiques d’Expedia, dans une déclaration écrite. Passer l’hiver plus près de la maison permettra « aux voyageurs d’explorer leur région et de profiter des activités de plein air comme le ski », ajoute-t-elle.

Les amateurs de soleil peuvent donc acheter tout de suite leur crème solaire. Reste à savoir s’ils l’utiliseront sur une plage de sable fin ou sur une pente enneigée.