Pour effectuer sa randonnée dans Brome-Missisquoi, notre journaliste a eu envie de tester pour la première fois le vélo à assistance électrique (VAE). L’effort étant moins grand, le VAE lui a permis de suivre sans se faire larguer son compagnon de route, plus aguerri au cyclisme. Bref, elle en est sortie charmée, mais un brin étonnée d’entendre les préjugés qui perdurent à propos de ce moyen transport. Voici cinq mythes qui ont la vie dure, à tort ou à raison.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

1) Le vélo électrique, c’est pour les paresseux

Si cette perception persiste encore, c’est surtout à l’égard des vélos électriques avec accélérateurs, estime Francis Marier, copropriétaire de la boutique E-2 Sport, à Montréal. « Ce sont des vélos d’entrée de gamme où il est possible d’avancer sans rien faire. On dirait des mobylettes ! »

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Francis Marier, copropriétaire de la boutique E2-Sport

Or, les vélos à assistance électrique ne possèdent pas d’accélérateur. Le cycliste doit obligatoirement pédaler pour avancer, mais chacun de ses coups de pédales sera rendu plus efficace par le moteur situé au pédalier. Le cycliste peut déterminer si son effort est augmenté un peu ou beaucoup par le système d’assistance. Il est donc possible de jauger son effort pour améliorer sa force et sa résistance d’une sortie à l’autre.

« Il est possible de faire un bon entraînement sur un VAE et d’avoir mal aux pattes », lance Rémy Leduc, directeur de succursale chez Bicycles Quilicot, où les vélos électriques sont vendus depuis plus d’une douzaine d’années. « Le vélo ne remplace pas le cycliste ! »

« Le moteur électrique permet d’aller plus vite, plus loin, et de monter n’importe quelle côte, ajoute Philippe Desgagnés, de la boutique Mathieu Performance à Québec. Il enlève tous les irritants ! »

2) Le vélo électrique dénature le sport

Au contraire, il le démocratise, répondent tous les intervenants à qui nous avons parlé. « Le VAE permet de mettre tout le monde sur un vélo, même les gens moins habiles, moins habitués ou qui ont eu un accident, dit Francis Marier. En effet, 75 % des acheteurs de vélo à assistance électrique ne feraient probablement pas de vélo du tout sans cette technologie. Là, ils peuvent le faire à leur rythme. Pour certains, le vélo est une façon de se dépasser, pour d’autres, c’est un moyen de voir du paysage et de profiter de nos beaux circuits cyclables. Le dépassement est envers soi-même. On n’est pas au Tour de France ! »

« De plus, le VAE peut avoir une importante dimension sociale. Il permet à des gens de faire du cyclisme en groupe, voire de rester en contact avec des amis, même s’ils n’ont pas le même rythme », explique Rémy Leduc.

3) La clientèle intéressée par le vélo électrique est âgée

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Rémy Leduc, directeur de succursale chez Bicycles Quilicot

Encore une fois, l’usage du VAE se démocratise chez toutes les tranches d’âge, et de plus en plus de jeunes professionnels dans la trentaine vont opter pour cette forme de transport. « Lorsque la boutique a ouvert, il y a quatre ans, notre clientèle allait de 50 à 75 ans. Maintenant, c’est davantage de 35 à 75 ans », dit Francis Marier. « J’ai même des parents qui ont acheté des vélos électriques plutôt que des scooters à leur jeune de 15-16 ans. Le vélo n’a pas besoin d’être immatriculé, il est plus sécuritaire, plus sain et ne nécessite pas d’essence ! »

Avec les grandes entreprises cyclistes qui se lancent dans l’aventure du vélo à assistance électrique — comme Cannondale, Argon ou Specialized, notamment —, les technologies se peaufinent et la clientèle s’élargit… Mais elle restera toujours relativement fortunée, car le VAE a un prix et il peut être élevé pour un vélo de performance.

Un vélo urbain d’entrée de gamme peut de son côté coûter autour de 2000 $, mais il faut faire attention avant d’acheter ce type de produit, dit Philippe Desgagnés : « Les vélos sont toujours brisés et presque impossibles à réparer en raison du manque de soutien des fournisseurs. Ce sont presque des vélos jetables ! »

Règle générale, il faut prévoir entre 2500 $ et 4000 $ de plus pour la version électrifiée d’un vélo de même catégorie, explique Rémy Leduc.

4) Le VAE est conçu pour une clientèle urbaine

Vrai, l’usage premier de nombre d’acheteurs de vélo à assistance électrique est urbain : se rendre au travail (sans arriver trempé de sueur), transporter les enfants à la garderie, faire des courses... « Sans leur vélo, ces gens seraient probablement dans leur auto », estime Rémy Leduc.

Mais il existe des vélos à technologie électrique pour bien d’autres situations : vélo de route, vélo à pneus surdimensionnés (fatbike), vélo pliable, vélo pour cyclotourisme... « Le VAE de montagne représente un gros segment de marché… et c’est vraiment le fun à faire, dit M. Leduc. Il permet de faire des ascensions difficiles avec bonheur et de couvrir des territoires plus grands. Un de nos clients est un chasseur à l’arc qui préfère se déplacer en vélo électrique plutôt qu’en quatre-roues en raison du bruit… »

Francis Marier raconte qu’une journée très achalandée à Bromont, il a pu faire deux fois plus de montées (donc de descentes) en vélo de montagne électrique que ceux qui empruntaient la remontée mécanique.

« Tous les vélos traditionnels ont leur pendant en version électrique, explique le copropriétaire d’E2-Sport. Il y a même de nouvelles catégories qui se développent, comme les vélos de randonnée à double suspension pour améliorer le confort du cycliste. On ne verrait jamais ça sur un vélo traditionnel, car ce dernier serait trop lourd. Ça nécessiterait trop d’énergie de la part du cycliste. Mais avec le VAE, le moteur compense l’énergie que tu perdrais en raison du poids du vélo. »

5) Le vélo électrique est dangereux pour les autres cyclistes

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

La limite des BIXI électriques est de 25 km/h, soit 7 km/h de moins que celle des autres VAE.

Magali Bebronne, chargée de programmes, transport actif, chez Vélo Québec, l’avoue sans ambages : la cohabitation entre vélos électriques et vélos traditionnels est parfois difficile.

C’est vrai surtout pour les vélos à accélérateurs, dit-elle. « C’est contre ce type de vélo que la grogne se cristallise et les gens se sentent, à raison, menacés. Les vélos sont lourds, ils vont vite et peuvent faire beaucoup de dommages. On reçoit beaucoup de plaintes à ce sujet, sur les réseaux cyclables régionaux ou la Route verte. Il y a un grand sentiment d’insécurité. Ce ne sont pas des vélos à mettre entre n’importe quelles mains… »

Même la limite de 32 km/h, imposée au vélo à assistance électrique, est trop élevée, croit-elle. Surtout en milieu urbain. « On plaide pour une limite de 25 km/h, qui ressemble davantage à ce qui se fait en Europe et qui s’apparente davantage à la vitesse d’un cycliste standard. C’est aussi la limite de vitesse des BIXI à assistance électrique... »