Année européenne du rail : c’est ainsi que 2021 a été désignée par le Parlement européen. Le but ? Promouvoir le train comme moyen de transport durable et sécuritaire. Puisque les vacances en Europe sont à écarter en raison de la pandémie (et que s’y rendre par le rail est un projet qui prend l’eau…), peut-on planifier un voyage en train au Québec ?

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Assurément, si on se déplace dans le corridor qui va de Dorval à Québec. VIA Rail propose des trains tous les jours, dans les deux sens. Par exemple, un départ à 9 h 06 le samedi matin de la gare Centrale de Montréal permet d’arriver à Québec à 12 h 22, ce qui laisse le temps de profiter de la Vieille Capitale. Attention : en raison de la COVID-19, les vélos sont interdits à bord.

Le trajet serait plus rapide si une voie réservée à un train à grande fréquence (TGF) ou à un train à grande vitesse (TGV) était construite dans le corridor Québec-Windsor. « C’est essentiellement une clientèle d’affaires qui voyage sur ce type de train, pour se débarrasser de l’auto et de l’avion, observe Michel Archambault, professeur émérite en tourisme à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui privilégie le TGV. Mais c’est évident que la clientèle de vacances ou de loisirs pourrait quand même en bénéficier. »

Suppression de vols intérieurs en France

En France, le projet de loi sur le climat prévoit la suppression des vols intérieurs (plus polluants), lorsqu’une solution de rechange en train est offerte en moins de 2 h 30 min. C’est possible grâce à de nombreux TGV, inexistants au Canada. « Souvent, on nous dit qu’on n’a pas la population suffisante pour un TGV, note Michel Archambault. Mais le corridor Montréal-Toronto est le troisième corridor le plus populeux en Amérique du Nord. Il y a 20 millions de personnes entre Windsor et Québec, dont 70 % vivent dans les grandes régions de Montréal et de Toronto. »

PHOTO GONZALO FUENTES, ARCHIVES REUTERS

La France compte 12 500 km de lignes ferroviaires parcourues par les TGV, selon Statista.

Que ce soit pour réduire son empreinte carbone, parce qu’on n’a pas de permis de conduire ou pour voyager autrement, on peut tout de même choisir le train à « basse vitesse » (le TBV ?). Il faut cependant être flexible, particulièrement en temps de pandémie.

Offre réduite

En raison d’une chute significative du nombre de passagers, VIA Rail a réduit son offre de trois à un seul train par semaine entre Montréal et Jonquière. Pareil pour le trajet Montréal-Senneterre. Quant au train vers Halifax, il a temporairement été annulé, privant Rivière-du-Loup, Rimouski, etc. de service ferroviaire.

Aller à Saguenay – et profiter de vacances sur place – est relativement aisé. Le départ a lieu à 8 h 15 les vendredis de Montréal, et l’arrivée est prévue à 17 h 10, dans l’arrondissement de Jonquière. « Les utilisateurs arrivent directement au centre-ville de Jonquière, près des services, autobus de ville, autobus Intercar, taxis, restauration et attraits touristiques », fait valoir Sonia Tremblay, directrice des communications de Promotion Saguenay.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

« Nous avons mis en place un protocole strict de mesures de santé et de sécurité pour éviter la propagation de la COVID-19 », indique Philippe Cannon, directeur des affaires publiques de VIA Rail Canada. Le port du masque est notamment obligatoire dans les trains.

Un périple à Senneterre, en Abitibi-Témiscamingue, est aussi envisageable. « Ce train est une très belle expérience en termes de paysages et de richesse des rencontres qu’on peut y faire, mais il ne faut pas être pressés, dit Anne-Marie Belzile, consultante à Tourisme Abitibi-Témiscamingue. De Montréal à Senneterre, le trajet peut prendre de 10 à 14 heures. » Il est possible de manger et de dormir à Senneterre. Les services d’autobus et de location de voiture sont toutefois interrompus, ce qui complique la suite.

Arrêt à la pourvoirie

Le train de Charlevoix, qui relie Québec à La Malbaie, reprend du service en juin. Autre possibilité : s’arrêter en chemin sur une grande ligne, par exemple Montréal-Jonquière. Cela permet d’aller à l’Auberge Le Baluchon (voir autre texte) ou à la pourvoirie La Seigneurie du Triton, en Mauricie.

PHOTO FOURNIE PAR LA SEIGNEURIE DU TRITON

La Pourvoirie La Seigneurie du Triton, en Mauricie

« Le voyage est magnifique, et près de la moitié du trajet s’effectue le long de cours d’eau et en forêt, décrit Annie Tremblay, vice-présidente de La Seigneurie du Triton. C’est une alternative grandement satisfaisante pour les familles, surtout pour les enfants, puisque c’est différent et que ça leur donne plus de liberté de mouvement qu’en voiture. » Avant la pandémie, alors qu’il y avait trois trains par semaine, 20 % de la clientèle arrivait par rail. Désormais, c’est à peine 2 %.

PHOTO ÉMILIE TOURNEVACHE, FOURNIE PAR MICHEL ARCHAMBAULT

Michel Archambault, professeur émérite en tourisme à l’UQAM et fondateur de la Chaire de tourisme Transat

Voyager, il faut que ce soit facile. Il faut que le train soit facile à prendre, qu’il ait des horaires compatibles avec vos besoins. On n’a pas cet historique-là. Il faut bâtir. Bâtir pas simplement le train, mais bâtir cette culture. Ça prend beaucoup d’investissements.

Michel Archambault, professeur émérite en tourisme à l’UQAM et fondateur de la Chaire de tourisme Transat

Québec a lancé le Plan d’action pour un tourisme responsable et durable en février 2021. L’un de ses objectifs « est de promouvoir la réduction des émissions de gaz à effet de serre liées aux déplacements des touristes », indique Jean-Manuel Téotonio, conseiller en communication au ministère du Tourisme. En collaboration avec les régions et les sociétés de transport, « de la promotion pourra être faite pour encourager l’utilisation des transports actifs et collectifs par les touristes », précise-t-il. Les détails restent à venir.

Plus vert, le train ?

PHOTO FOURNIE PAR VIA RAIL

Malheureusement, l’empreinte carbone d’un passager qui prend le train de Toronto à Vancouver est plus lourde que s’il fait ce trajet en avion, selon Ryan Katz-Rosene, professeur adjoint à l’Université d’Ottawa.

Si la militante écologiste Greta Thunberg se déplace en train, c’est parce que son empreinte carbone est plus faible que celle d’autres moyens de transport. Est-ce pareil au Canada ? Tout dépend du trajet, selon Ryan Katz-Rosene, professeur adjoint à l’Université d’Ottawa. Dans le corridor Québec-Windsor, prendre le train est plus écolo. Mais les longs trajets, par exemple Montréal-Halifax, peuvent étonnamment être moins polluants en avion qu’en train. Pourquoi ? En raison de vieilles locomotives au diesel, qui transportent des trains peu occupés sur des trajets sinueux. D’après son Rapport sur le développement durable 2019, VIA Rail a réduit ses émissions de carbone de 37 % depuis 2005. Le remplacement du parc ferroviaire dans le corridor Québec-Windsor, à compter de 2022, permettra de faire baisser la consommation de carburant de 15 % à 20 %, ce qui verdira davantage le rail.

Consultez l’étude de Ryan Katz-Rosene

Consultez le Rapport sur le développement durable 2019, VIA Rail