Jean Béliveau a accroché sa 54e paire de souliers hier soir, après une marche de 11 ans autour du globe. L'homme de 55 ans a parcouru ses derniers kilomètres en sol montréalais entouré de sa famille et de ses proches.

Daphné Cameron LA PRESSE

«C'est difficile de mettre des paroles sur des émotions, quand on en vit des millions à la fois. C'est grandiose», a-t-il laissé tomber hier matin après avoir traversé le pont Lachapelle, qui relie Laval à Montréal.

Au bout du pont l'attendait sa conjointe Luce Archambault. Le couple est resté soudé depuis le début de l'aventure. «Enfin!», a-t-elle simplement lancé lorsque son amoureux est arrivé.

Parti en août 2000

Jean Béliveau a quitté le Québec le 18 août 2000 avec 4000$, un petit tricycle à bagages et le rêve fou de faire le tour du globe à pied.

Quelque 75 500 km, 4077 jours et 64 pays plus tard, le marcheur de 55 ans a terminé son incroyable voyage hier à 17 h sur la place Jacques-Cartier, dans le Vieux-Montréal, où l'attendaient une centaine de partisans.

Lors d'une cérémonie, le député François Ouimet lui a remis la médaille de l'Assemblée nationale de reconnaissance des parlementaires.

Visiblement ému, M. Béliveau a affirmé qu'il était heureux d'avoir fait cette longue route pour la paix et les enfants. «Qu'allez-vous faire maintenant?», a lancé un badaud dans la foule. «Rien! Je vais me reposer», a-t-il rétorqué à la blague.

En vérité, le marcheur enfilera les entrevues cette semaine. Celui qui a été inspiré par Terry Fox planchera par ailleurs sur l'écriture d'un livre pour partager son expérience.

Il a également remercié ses enfants, sa conjointe et sa mère. Comment sa famille a-t-elle fait pour lui accorder toute cette liberté?

«On n'a jamais été prisonniers l'un de l'autre. On s'est toujours laissé vivre. Tout le monde a des choses à vivre et ce n'est pas parce qu'on est en couple qu'il faut «s'accaparer». Habituellement, c'est plutôt une cause de divorce» a lancé, à la blague, son épouse Luce qui venait le visiter trois semaines chaque année.

La journée de son départ, il y a 11 ans et deux mois, ses enfants Thomas-Éric et Élisa-Jane étaient âgés de 20 et 18 ans.

Aujourd'hui, Jean Béliveau est grand-père de deux petites filles.

«Je suis vraiment fière. Personne n'a fait cela avant lui. C'est le premier au monde», a dit sa petite-fille Lorie, aujourd'hui âgée de 10 ans. «Même s'il y avait de la distance entre nous, l'amour était là pareil», a ajouté sa fille, Élisa-Jane.

«Rêveur et optimiste»

Thomas-Éric Béliveau, qui a fait la route avec son père d'Ottawa à Montréal, l'a décrit comme un homme «rêveur et optimiste».

Ce dernier a marché avec son père à cinq reprises durant son voyage. «La paix et la non-violence font de plus en plus partie de son discours. C'est devenu très important pour lui», dit-il.

Jean Béliveau compte donc continuer à promouvoir la cause des enfants.

«Sur la route, je me suis senti comme un instrument qui portait le message de la paix et de la non-violence», a raconté M. Béliveau.

«Même si j'accroche mes souliers, ma route en ce sens n'est encore pas terminée.»