(Landmannalaugar) Dix ans après une tentative ratée, l’heure était enfin venue de prendre ma revanche sur le Laugavegur, l’un des treks réputés parmi les plus époustouflants au monde. Mis K.-O. dès le premier round par une météo épouvantable et une série de mésaventures à l’époque, je m’étais juré de revenir mieux préparé pour arpenter jusqu’au bout ce mythique sentier islandais. Récit.

Publié le 17 avril
Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Au cours de cette première incursion, j’avais rapidement découvert que l’île mystérieuse, aujourd’hui si prisée, a tout d’une diva capricieuse. De ces terres tantôt tranquilles, tantôt hostiles, j’avais rapporté une pléthore de souvenirs impérissables : clichés de paysages sidérants, amitiés de randonneurs... et acouphènes chroniques. Mais malgré la claque météorologique et les pépins logistiques qui m’avaient fait rebrousser chemin, je m’étais fait la promesse de retenter ce trek de quatre jours qui, par temps clément, reste très accessible.

Ainsi, une décennie plus tard, le même autobus tout-terrain m’a déposé au départ du sentier, au campement de Landmannalaugar. Quelque chose y a changé, cependant : ce dernier s’est visiblement étendu et grouille comme une fourmilière. Un des symptômes du surtourisme des dernières années...

JOUR 1 : Monts et vermeil

Cette fois-ci, c’est un soleil radieux qui sonne le départ de ce parcours jusqu’à Þórsmörk, à 54 km au sud. Sa lumière infatigable (au début de juillet, le soleil ne se couche jamais) me révèle le vrai visage des massifs volcaniques émoussés, aux teintes tanguant entre le vert, le vermeil et l’orangé. Sans tarder, on entre dans le vif du sujet, soit des ascensions plutôt raides récompensées par des panoramas spectaculaires ponctués de fumerolles. Avec un sac à dos débordant de nourriture et d’équipement, la transpiration se glisse rapidement dans l’équation.

L’Islande, une autre planète ? Non, plus encore : un chapelet de mondes, que le Laugavegur traverse tour à tour. À l’approche du deuxième camp, on quitte ainsi des versants au turquoise irréel pour gagner des névés, semblables à des coulis de skyr – le fameux yogourt local. Depuis le refuge, la vue grandiose sur le cirque montagneux ferait presque oublier les nuits qui, bien qu’ensoleillées, restent ventées et glaciales (avec des températures parfois proches du point de congélation).

  • La végétation se fera de plus en plus rare, mais celle qui subsiste dans ces terres volcaniques donne de très belles scènes.

    PHOTO SYLVAIN SARRAZIN, LA PRESSE

    La végétation se fera de plus en plus rare, mais celle qui subsiste dans ces terres volcaniques donne de très belles scènes.

  • Parvenus au sommet de cette butte pour jouir d’un point de vue, ces randonneurs ont plutôt l’air de visiter une planète lointaine, très lointaine.

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    Parvenus au sommet de cette butte pour jouir d’un point de vue, ces randonneurs ont plutôt l’air de visiter une planète lointaine, très lointaine.

  • Neige, graviers, ruisseaux : le trek comporte toutes sortes de terrains à franchir.

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    Neige, graviers, ruisseaux : le trek comporte toutes sortes de terrains à franchir.

  • Les rochers se couvrent parfois de teintes bleu-vert presque féeriques.

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    Les rochers se couvrent parfois de teintes bleu-vert presque féeriques.

  • À première vue, on croirait des extraterrestres venant de débarquer de leur vaisseau spatial. Mais non, c’est un groupe de randonneurs français observant des solfatares, jets de vapeur liés à l’activité volcanique.

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    À première vue, on croirait des extraterrestres venant de débarquer de leur vaisseau spatial. Mais non, c’est un groupe de randonneurs français observant des solfatares, jets de vapeur liés à l’activité volcanique.

  • Dans les portions les plus en altitude, la neige recouvre complètement les sentiers. Mieux vaut s’orienter avec les balises, disposées tout le long du parcours.

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    Dans les portions les plus en altitude, la neige recouvre complètement les sentiers. Mieux vaut s’orienter avec les balises, disposées tout le long du parcours.

  • Certains marcheurs se plaignent de ne pouvoir être seuls au monde sur les sentiers. Il suffit pourtant de laisser filer « l’heure de pointe » et traîner un peu. De toute façon, le soleil ne se couche jamais.

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    Certains marcheurs se plaignent de ne pouvoir être seuls au monde sur les sentiers. Il suffit pourtant de laisser filer « l’heure de pointe » et traîner un peu. De toute façon, le soleil ne se couche jamais.

  • Les montagnes n’ont pas la carrure des géants himalayens, mais elles rivalisent de beauté.

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    Les montagnes n’ont pas la carrure des géants himalayens, mais elles rivalisent de beauté.

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JOUR 2 : Vallées verdoyantes

Les rivières d’eau bouillante bordées de végétation vert fluo rythment le début du deuxième tronçon. Ça monte ; du sommet, on admire l’infinie beauté des monts ocre bravés la veille. Encore une ascension : sans crier gare, surgit un décor digne de Lord of the Rings, avec vallées verdoyantes et cours d’eau tentaculaires. Quelle claque ! Nos pupilles jubilent, les appareils photo crépitent. La redescente, déjà rendue périlleuse par l’adhérence médiocre du sentier et notre chargement, s’en trouve d’autant plus délicate que notre regard reste rivé sur l’horizon. Mais la traversée des plaines menant au camp permet de finir en douceur et de se rafraîchir les orteils dans le glacial lac Àlftavatn (signifiant littéralement : mi-chemin).

  • Certaines portions du sentier sont très larges et très agréables, surtout avec les panoramas autour.

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    Certaines portions du sentier sont très larges et très agréables, surtout avec les panoramas autour.

  • Des ruisseaux d’eau bouillante au lit de couleur rouille traversent des plaines noires comme du charbon.

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    Des ruisseaux d’eau bouillante au lit de couleur rouille traversent des plaines noires comme du charbon.

  • L’activité volcanique forge des décors étranges et sidérants.

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    L’activité volcanique forge des décors étranges et sidérants.

  • Les changements de décor peuvent être radicaux : parvenus à un sommet, un panorama de vallées verdoyantes se jette à vos yeux.

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    Les changements de décor peuvent être radicaux : parvenus à un sommet, un panorama de vallées verdoyantes se jette à vos yeux.

  • Heureux le randonneur qui prend le temps d’une halte pour se nourrir de la beauté environnante.

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    Heureux le randonneur qui prend le temps d’une halte pour se nourrir de la beauté environnante.

  • Cette partie en descente sur des sentiers très glissants est particulièrement périlleuse. Avec le poids des sacs, déséquilibres et dérapages sont presque inévitables.

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    Cette partie en descente sur des sentiers très glissants est particulièrement périlleuse. Avec le poids des sacs, déséquilibres et dérapages sont presque inévitables.

  • Des décors comme seule l’Islande peut en offrir : une rivière torturée se dirige vers des glaciers au travers d’une plaine désolée.

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    Des décors comme seule l’Islande peut en offrir : une rivière torturée se dirige vers des glaciers au travers d’une plaine désolée.

  • Un paysage noir et vert typique de l’Islande

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    Un paysage noir et vert typique de l’Islande

  • Le Laugavegur s’étend sur une cinquantaine de kilomètres.

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    Le Laugavegur s’étend sur une cinquantaine de kilomètres.

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JOUR 3 : Mordre la poussière dans le Mordor

Adieu soleil, bonjour la brume. Le retour de la poisse météorologique ? Non, bien au contraire, car cette grisaille sied parfaitement à cette troisième étape, un désert de sable noir aux airs post-apocalyptiques. Ici, hormis un vaillant tapis de fleurs blanches, la végétation a déclaré forfait. Aucun doute, nous venons de franchir les portes du Mordor (contrée maudite du monde de Tolkien), là où le vent fouette les imprudents et soulève de menaçantes tempêtes sablonneuses. Pour dîner, les randonneurs se réfugient tant bien que mal derrière les rares formations rocheuses. Une pincée de sable sur vos macaronis ? Vous voilà servis. En dessert : les silhouettes des premiers glaciers qui, au loin, se profilent.

  • Encore une scène magique, avec ce ruisseau bordé de vert fluo serpentant vers une cime mystérieuse

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    Encore une scène magique, avec ce ruisseau bordé de vert fluo serpentant vers une cime mystérieuse

  • Au loin, on distingue des tempêtes de sable noir se lever. Les plaines sont très dégagées et les vents peuvent y être violents.

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    Au loin, on distingue des tempêtes de sable noir se lever. Les plaines sont très dégagées et les vents peuvent y être violents.

  • Encore un changement draconien de décor : sur la troisième portion du trek, on traverse des champs de lave séchée où des fleurs blanches ont poussé.


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    Encore un changement draconien de décor : sur la troisième portion du trek, on traverse des champs de lave séchée où des fleurs blanches ont poussé.
    

  • Ces deux randonneurs japonais se mettent à l’abri de rochers, le temps qu’une tempête de sable noir passe.

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    Ces deux randonneurs japonais se mettent à l’abri de rochers, le temps qu’une tempête de sable noir passe.

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JOUR 4 : Cimes sciées et glaciers

Un temps mi-figue, mi-raisin pour la dernière ligne droite, mais surtout une chance inouïe : sur quatre jours, pas une seule goutte de pluie, des conditions inespérées pour l’Islande ! La végétation renaît et les glaciers grossissent à vue d’œil ; à moins que ce ne soit les marcheurs qui rapetissent ? Encore une fois, le Laugavegur nous joue des tours, avec des cimes aux découpes improbables s’enracinant dans des champs de fleurs rouges, mauves et jaunes.

Une fois le but atteint, l’évidence paraît plus énorme que les glaciers au pied desquels l’aventure se termine : revenir parachever ce périple, après tout pas si méchant, fut une brillante idée, puisque la diva islandaise, jadis d’humeur ténébreuse, s’est montrée cette fois-ci sous son jour le plus éblouissant.

De toutes les Islande possibles, c’est celle que je vous souhaite de rencontrer.

  • Vert, orange, brun… le festival des couleurs est presque aussi varié que celui des parkas des trekkeurs.

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    Vert, orange, brun… le festival des couleurs est presque aussi varié que celui des parkas des trekkeurs.

  • Enfin, les glaciers du sud commencent à occuper tout notre champ de vision. Bon nombre d’aventuriers ajoutent deux étapes pour pouvoir passer entre deux glaciers.

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    Enfin, les glaciers du sud commencent à occuper tout notre champ de vision. Bon nombre d’aventuriers ajoutent deux étapes pour pouvoir passer entre deux glaciers.

  • Un dernier effort avant de redescendre vers des portions moins exposées au vent glacial

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    Un dernier effort avant de redescendre vers des portions moins exposées au vent glacial

  • Les rencontres avec la faune locale restent très rares.

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    Les rencontres avec la faune locale restent très rares.

  • Juste avant l’arrivée, le Laugavegur abat une dernière carte, qui ressemble à un joker. Des champs d’herbes rouges et mauves, au pied d’une muraille naturelle et d’une montagne à la forme improbable.

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    Juste avant l’arrivée, le Laugavegur abat une dernière carte, qui ressemble à un joker. Des champs d’herbes rouges et mauves, au pied d’une muraille naturelle et d’une montagne à la forme improbable.

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À savoir

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Pour qui ? Le trek n’est pas très exigeant pour un marcheur en forme, mais la météo peut corser le tout. Compter quatre jours, peut-être moins pour un randonneur aguerri. En option, on peut passer entre les glaciers jusqu’à Skógar, avec un ou deux jours de plus.

Quand ? De la mi-juin à la mi-septembre seulement. Accès gratuit. L’accès au trek n’a jamais été fermé pendant la pandémie, et l’Islande a suspendu toutes les restrictions aux voyages vers et en Islande.

Transport : des autobus assurent la liaison entre Reykjavik et le départ ou l’arrivée du trek. On conseille le forfait aller-retour Hiking Pass de Reykjavik Excursions (14 600 isk, soit 150 $).

Nourriture : aucun ravitaillement en route. Prévoir des repas lyophilisés. Les refuges sont équipés de cuisines, non accessibles aux campeurs. Eau courante pour tous dans les campements.

Où loger ? Deux options : la tente ou les refuges. Camping sauvage interdit. Prix : 2500 isk (26 $) par personne pour une tente aux abords des campements (prévoir une tente solide), environ 10 200 isk (105 $) par personne pour un lit-dortoir en refuge chauffé (matelas seulement, apportez votre sac de couchage) avec accès aux cuisines équipées. Pour les refuges, des réservations plusieurs mois en avance sont impératives.