« L’affaire est derrière nous, a déclaré Cosette Garcia, directrice de l’Office de promotion touristique de la République dominicaine à Montréal, lors d’un voyage de presse organisé il y a deux semaines dans la péninsule de Samaná. La République dominicaine est une destination sûre. »

Jean Siag Jean Siag
La Presse

C’est le message que les autorités dominicaines martèlent depuis l’automne dernier après qu’on a appris la mort de 11 touristes américains au cours de la dernière année dans des hôtels de type tout-inclus. Un message appuyé par une enquête de la police fédérale américaine (FBI) qui s’est penchée sur au moins trois cas rapportés dans les médias.

Les touristes en question, dont plusieurs avaient consommé des bouteilles d’alcool provenant du minibar de leur chambre d’hôtel, seraient tous morts de « causes naturelles ». L’affaire avait été rapportée dans les médias du monde entier, en particulier aux États-Unis. On avait alors parlé d’une « vague » de morts « suspectes » ou « étranges ».

« Les résultats des tests toxicologiques approfondis réalisés à ce jour sont conformes aux conclusions des autorités locales », avait déclaré la police américaine au terme de son enquête dans son rapport rendu public en octobre.

En hausse après la baisse

Depuis le dévoilement de ces résultats, le ministère du Tourisme mène une campagne de marketing pour « regagner la confiance des voyageurs » et « rétablir la réputation » de la République dominicaine comme « destination paradisiaque sûre ». C’est que l’affaire leur a fait mal.

Le nombre de voyageurs a baissé de 1,9 % en 2019 par rapport à 2018, nous indique Cosette Garcia, et l’impact sur le tourisme américain a été particulièrement important durant l’été. Le nombre de voyageurs américains, qui comptent pour environ 40 % du tourisme de l’île (plus de 2 millions de touristes), a baissé de plus de moitié au mois d’août avant de remonter graduellement.

Le mot clic #therealdr a donc été abondamment utilisé sur les réseaux sociaux pour redorer l’image de la République. Le ministère du Tourisme a en effet déployé tous les efforts nécessaires pour faire la démonstration qu’il ne s’agissait pas de morts « mystérieuses », allant jusqu’à lire des extraits des rapports d’autopsie lors d’une conférence de presse.

Tout en rejetant l’hypothèse de l’alcool frelaté, les autorités dominicaines ont resserré leurs mesures de sécurité, augmenté le nombre d’inspections dans les hôtels et mis sur pied un Comité national du « tourisme sécuritaire », formé de 16 agences gouvernementales, ainsi que des associations d’hôtels et d’opérateurs de l’île pour mieux encadrer les règles déjà en place.

Cosette Garcia, elle, multiplie les campagnes de séduction auprès des voyageurs canadiens, deuxième marché en importance (après les États-Unis), avec des résultats encourageants puisque le nombre de touristes est en hausse depuis le mois de novembre dernier – début de la haute saison. 

Pourtant, l’automne laissait présager le pire. Deux morts en avril, puis trois touristes (une femme et un couple) morts subitement entre le 25 et le 30 mai dans des complexes hôteliers voisins de la chaîne Bahia Principe – victimes d’une insuffisance respiratoire et d’un œdème pulmonaire. Puis quatre autres cas en juin (notamment au Hard Rock Hotel), et d’autres encore en juillet…

Alcool ? Pesticides ? Cause naturelle ?

La rumeur d’un empoisonnement à l’alcool frelaté était tenace. Le scénario d’une exposition à des pesticides a aussi été évoqué. Pour répondre à l’inquiétude grandissante des voyageurs, le Hard Rock Hotel a décidé de retirer les boissons alcoolisées de ses minibars et de « faire tester boisson et nourriture par un laboratoire américain indépendant ».

Au moins une personne originaire du Québec est morte dans des circonstances similaires à l’automne 2018. Claude Veilleux, 61 ans, est mort subitement dans son hôtel de Punta Cana après avoir indiqué à ses proches qu’il s’en allait prendre « un dernier verre », a rapporté La Presse.

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« Avec 6,5 millions de touristes par an et 84 000 chambres d’hôtel, s’il y avait eu un empoisonnement à l’alcool frelaté et une vague de morts, il y aurait eu beaucoup plus de victimes », croit Cosette Garcia, qui a fait six voyages de presse additionnels depuis l’automne pour rassurer les touristes canadiens sur la sécurité de l’île et faire valoir les mesures qui ont été prises par le gouvernement dominicain.

Ce n’est pas qu’on ne faisait rien avant, mais le gouvernement a renforcé des mesures existantes, en particulier pour ce qui touche à la qualité de l’eau, de la nourriture et de l’alcool.

Cosette Garcia, directrice de l’Office de promotion touristique de la République dominicaine à Montréal

« Ce n’était pas un aveu de culpabilité, ajoute-t-elle, c’était une façon de montrer qu’on avait la volonté d’en faire encore plus pour minimiser les risques liés à la santé. La vérité est que, globalement, le nombre de décès dans l’île est en diminution. »

N’empêche, il y a des directions d’hôtels qui ont décidé de faire signer une décharge de responsabilité à leurs clients, pour se protéger d’éventuelles poursuites.

« Ce n’est pas une politique gouvernementale, mais certaines directions ont décidé d’aller dans cette direction. Il y a des gens qui boivent trop, on ne peut pas être responsables de leurs excès, nous dit encore Cosette Garcia. Le gouvernement a décidé de son côté d’installer des caméras de surveillance, c’est une façon d’assurer leur sécurité. »