(Québec) Même si le gouvernement Legault a interdit l’hébergement touristique collaboratif pour éviter la propagation de la pandémie au Québec, des hôtes Airbnb continuent d’offrir des appartements à la location.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Il suffit de quelques secondes sur le site pour constater que des centaines d’annonces sont toujours actives dans la province. La Presse a tenté de réserver un logement de jeudi à samedi dans la ville de Québec, ce qu’interdit le gouvernement. Il y avait pourtant de multiples options.

Des messages ont été envoyés à deux hôtes pour savoir si leur annonce était bel et bien valide à l’heure actuelle. « Bonjour, oui toujours valide :) », a répondu Frederic ; idem pour l’autre annonceur.

Pourtant, le 28 mars dernier, le gouvernement a ordonné la fermeture des établissements d’hébergement touristique au moins jusqu’au 13 avril.

Seules deux exceptions sont prévues : certains terrains de camping faisant l’accueil de snowbirds ainsi que les hôtels, désignés comme des services essentiels.

Dans un courriel envoyé à La Presse, la porte-parole d’Airbnb au Canada, Alexandra Dagg, affirme que l’entreprise travaille « en temps réel pour communiquer avec (les) hôtes au sujet de ces règlements pendant la crise actuelle ».

Dans un courriel subséquent, La Presse a demandé pourquoi l’entreprise ne suspendait pas tout simplement les locations jusqu’au 13 avril pour respecter les consignes de confinement. Nous n’avons pas encore eu de réponse à cette question.

Mercredi martin, l’entreprise basée en Californie a rappelé à ses hôtes québécois dans un courriel les consignes du gouvernement. « Ces nouvelles règles exigent des responsables de la location à court terme de s’abstenir d’accepter de nouveaux clients ou des réservations pour des séjours compris entre le 27 mars 2020 et le 13 avril 2020 », écrit l’entreprise.

« Nous regrettons cette situation et les inconvénients qu’elle peut vous causer. Nous apprécions votre collaboration pour veiller au respect de cette nouvelle directive qui participe aux efforts des gouvernements », poursuit le message.

La ministre du Tourisme affirme que cette consigne, qui est temporaire, doit être respectée. « Si certains récalcitrants ne veulent pas respecter les consignes, nous n’écartons aucune option pour faire appliquer les directives gouvernementales », indique Caroline Proulx.

« Nous comptons sur la pleine collaboration des plateformes et des hôtes, et particulièrement sur la participation des citoyens, dans cette bataille contre la COVID-19 », ajoute-t-elle.

Une directive claire

Le gouvernement a interdit la location de chalets, de résidences secondaires en location, de « Bed & Breakfast », des auberges et des logements de type Airbnb, car ce type d’activités « implique davantage de déplacements d’une ville à l’autre et d’une région à l’autre ».

Les autorités sanitaires tentent d’empêcher le virus de s’établir dans des régions où il l’est moins. Le virus peut vivre jusqu’à 3 h sur les surfaces sèches, mais jusqu’à six jours sur les surfaces humides, selon de l’information disponible sur une fiche d’information du ministère du Tourisme.

Même si Airbnb dit « fournir aux hôtes des consignes claires pour le nettoyage », aucun mécanisme de contrôle ne semble en place pour s’assurer que les logements sont désinfectés entre les locations.

La pandémie a un impact négatif important sur l’industrie de l’hébergement collaboratif. Airbnb a débloqué 250 millions pour compenser ses hôtes affectés par la crise du nouveau coronavirus. L’entreprise va verser leur verser 25 % de la somme qu’ils auraient dû toucher pour toute annulation de réservation entre le 14 mars et le 31 mai.

À Montréal, d’anciens logements dédiés à la location sur la plateforme Airbnb commencent d’ailleurs à être proposés à la location à long terme, constate le conseiller du Mile End, Richard Ryan.

« On voit apparaître des annonces pour des appartements meublés à louer à long terme dans le Plateau et Ville-Marie. Il y a sûrement là-dedans d’anciens appartements de location à courte durée. Ça commence à apparaître. On le voit même dans la tour des Canadiens », explique l’élu responsable du dossier de l’hébergement de courte durée dans l’administration Plante.

Les hôtes Airbnb qui contournent les directives de Québec sur le confinement l’inquiètent. « Ça m’interpelle. Ils louent à qui exactement ? demande-t-il. Parce que là, il n’y a pratiquement pas de touristes qui débarquent. J’entends que c’est peut-être des gens qui veulent y passer leur quarantaine. C’est intrigant. »