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Le poids de la culpabilité des mères

Dans son livre Les paradoxes de l'information sur la dépression... (Photothèque La Presse)

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Dans son livre Les paradoxes de l'information sur la dépression postnatale, la sociologue Catherine Des Rivières-Pigeon évoque le paradoxe des «mères dépressives, mais pimpantes». Elle explique que même si les mères sont accablées d'une profonde tristesse, elles sont tenues de sourire, d'être en parfait contrôle pour répondre à l'idéal de la maternité. Chez ces mères qui ne peuvent répondre à ce que la sociologue décrit comme étant la «loi obligatoire du bonheur», la dépression peut ainsi engendrer une culpabilité, voire une honte. «Les mères qui souffrent de dépression sont confrontées à une vision beaucoup trop rose de la maternité: la mère toujours comblée, toujours heureuse, toujours sûre d'elle», souligne-t-elle.

Infirmière clinicienne à l'Institut universitaire de santé mentale du Québec, Solange Gagnon oeuvre depuis plus de 40 ans en santé mentale et constate sur le terrain l'étendue de cette culpabilité chez les mères dépressives. «Les mères sont extrêmement exigeantes envers elles-mêmes, elles s'en veulent d'être malades», remarque-t-elle. Selon le professeur de psychologie à l'Université de Montréal Serge Lecours, cette maladie peut être particulièrement souffrante pour la nouvelle mère. «Une femme qui souffre de dépression peut se sentir indigne, elle peut même avoir l'impression qu'elle ne remplit pas son rôle et son devoir de mère envers son enfant», affirme-t-il.

Dominique Trahan, une mère qui a souffert de dépression post-partum, témoigne de cette douleur qui l'a paralysée pendant près de 15 mois. «Je me sentais tellement coupable, décrit-elle. Je n'étais plus capable de m'habiller, ni de sortir de mon salon: je me demandais comment faisaient les autres mamans.» Dominique aussi avait été exposée à l'image de cette mère parfaite dans les cours prénatals, sur internet et dans les forums de discussions. «Les mères aussi peuvent se mettre beaucoup de pression entre elles en voulant montrer aux autres cette image de perfection», estime-t-elle.

Selon Catherine Des Rivières-Pigeon, cette vision idyllique de la maternité est à ce point imbriquée dans nos sociétés qu'elle se répercute même dans les conseils prodigués aux nouvelles mères dans la culture populaire et les magazines féminins. «On suggère à la mère déprimée de se détendre, d'aller magasiner, de se confier à son entourage et à son conjoint, déplore-t-elle. Comme si on partait de la prémisse que la mère était forcément entourée, qu'elle a forcément des ressources financières». Selon la sociologue, les études démontrent au contraire que les mères les plus à risque de dépression post-partum n'ont pas ces ressources. «Plutôt que d'aider, on réalise que ces conseils ont pu avoir des impacts potentiellement néfastes chez les nouvelles mères», note Catherine Des Rivières-Pigeon. «On comprend alors toute l'importance de se défaire de cette image idéalisée de la maternité.»

Pour Dominique Trahan, c'est d'abord le fait de consulter un professionnel de la santé qui a constitué la première étape vers la guérison. «J'ai réalisé que tout ne pouvait pas toujours être parfait, que la maternité, ce n'était pas tout le temps tout beau», raconte-t-elle. «J'ai aussi enfin pu mettre le doigt sur ce que je vivais depuis des mois, explique Mme Trahan. J'ai compris qu'il y avait des solutions, et surtout, que je n'allais pas devoir vivre ça pour le reste de ma vie.»




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