L'enseignante de ma fille de 6 ans a parlé de nutrition et d'obésité en classe. Depuis, ma fille s'inquiète de son poids. Elle ne veut plus manger certains aliments jugés moins «santé» et fait la leçon au reste de la famille. Comment réagir?

Nathalie Côté, collaboration spéciale LA PRESSE

Plusieurs éléments peuvent expliquer cette réaction. «Avoir vu ses parents se critiquer devant le miroir ou monter quotidiennement sur le pèse-personne peut expliquer sa plus grande réceptivité aux propos de l'enseignante. Peut-être aussi qu'on l'a taquinée au sujet de son poids. Enfin, elle peut avoir une prédisposition à l'anxiété. Dans ce cas, elle aurait tout aussi bien pu s'inquiéter des risques d'incendie à la suite de la visite des pompiers, par exemple», avance la Dre Nadia Gagnier, psychologue et auteure de Miroir, miroir, je n'aime pas mon corps.

Quoi qu'il en soit, les parents devraient nuancer l'information reçue et rassurer l'enfant. «On peut lui expliquer qu'il faut bien manger, mais qu'il est correct de s'offrir une gâterie de temps en temps. Je lui dirais aussi qu'on lui offre déjà une grande variété d'aliments sains», suggère la Dre Gagnier. Selon elle, lui donner occasionnellement de la malbouffe pourrait l'aider à vaincre son anxiété.

Prévenir les troubles alimentaires

Les troubles alimentaires sont rares chez les jeunes enfants. Par contre, il n'est jamais trop tôt pour les prévenir en favorisant l'acquisition d'une bonne estime de soi et d'une image corporelle saine. «Il est important de valoriser l'enfant dans ce qu'il est d'original. Nous sommes tous uniques et il faut être à l'aise avec ce que l'on est, indique le Dr Jean Wilkins, pédiatre à l'hôpital Sainte-Justine. Il ne faut pas hésiter à dire à nos enfants qu'ils sont beaux et qu'ils sont uniques!»

Selon ce spécialiste de l'anorexie chez les adolescentes, la prudence s'impose lorsqu'on parle de santé et d'obésité avec les enfants. «Il faut penser que notre discours peut les heurter, insiste-t-il. On peut nuancer notre propos en introduisant des éléments de génétique. Il faut se souvenir que l'obésité, c'est plus qu'une question d'alimentation et d'activité physique. C'est très complexe et il n'y a pas de solutions simples.»

Il rappelle que la plupart de ses jeunes patientes ont un discours alimentaire sain. Elles parlent d'éliminer les matières grasses et de l'importance de faire de l'exercice. «La première fois qu'une jeune fille fait une diète restrictive et perd du poids, elle est applaudie. On félicite le comportement pathologique», constate le Dr Wilkins. La vigilance s'impose donc. Outre une perte de poids, le refus de s'alimenter, une activité physique très importante et l'arrêt des menstruations à l'adolescence devraient éveiller les soupçons des parents. À la prépuberté, un malaise à l'idée de vieillir est un autre signe à surveiller.

Saviez-vous que?

Les garçons sont aussi touchés par les troubles alimentaires. À l'adolescence, la proportion serait d'un garçon pour neuf filles. Étrangement, chez les enfants de 10 à 12 ans, elle est plutôt de trois garçons pour sept filles, selon le Dr Jean Wilkins. Cette différence est encore inexpliquée à ce jour.