Source ID:7692241dc2903a2faefb1af9f553d9ae; App Source:StoryBuilder

Les maux de la génération iPhone

Selon un sondage réalisé en 2017 par l'organisation... (photo getty images)

Agrandir

Selon un sondage réalisé en 2017 par l'organisation Common Sense, 42 % des enfants de 8 ans et moins aux États-Unis avaient leur propre tablette.

photo getty images

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
VANESSA FONTAINE

Collaboration spéciale

La Presse

Des problèmes habituellement réservés aux personnes plus âgées, comme des «bosses de sorcière», des tendinites et des maux de dos, apparaissent désormais chez une clientèle de plus en plus jeune, parfois d'âge préscolaire. On commence à peine à comprendre l'impact qu'ont les appareils intelligents sur les jeunes dos en pleine croissance. Et leur utilisation ne fait qu'augmenter.

Déjà, en quatrième année du secondaire, Mélodie Barrière, 20 ans, passait ses journées la tête penchée sur un appareil. À l'école, elle travaillait sur des tablettes, qui arrivaient dans ses classes par chariots. À la maison, il y avait les devoirs, et puis Facebook, les textos et toutes sortes de distractions sur son téléphone portable, qu'elle possédait depuis la deuxième secondaire. La douleur, qui irradiait de sa nuque à son dos depuis quelques années, ne la quittait plus.

«Ça devenait handicapant pour moi. Quand je faisais mes travaux, par exemple, je devais m'arrêter parce que j'avais de gros maux de tête. Alors, j'allais me coucher, mais je n'arrivais pas à m'endormir parce que c'était trop douloureux», se souvient-elle.

Comme Mélodie, les jeunes sont de plus en plus nombreux à posséder un appareil portable et à en faire une utilisation prolongée. Selon un sondage réalisé en 2017 par l'organisation Common Sense, 42 % des enfants de 8 ans et moins aux États-Unis avaient leur propre tablette (il existe d'ailleurs des étuis à iPad pour sièges de bébés). Les enfants passaient en moyenne 2 heures 19 minutes par jour sur un appareil portable.

«Avec l'usage de ces appareils, la tête est projetée vers l'avant. Et pour chaque avancée additionnelle d'un pouce, c'est comme si elle pesait 10 livres de plus pour notre colonne vertébrale».

«Donc, lorsque la tête est penchée à 60 degrés, comme lorsqu'on tient un téléphone près du corps, c'est comme si la tête pesait 60 livres», explique la Dre Marie-Hélène Boivin, chiropraticienne, et présidente de l'Association des chiropraticiens du Québec.

Bosses de sorcière

Cette charge constante finit par entraîner des changements posturaux notables. Les «bosses de sorcière», par exemple, une courbe du dos accompagnée d'une protubérance des vertèbres supérieures, affligeaient surtout, jusqu'à récemment, une clientèle d'âge mûr. Ces bosses sont dorénavant visibles chez de nombreux adolescents.

«On peut tout de suite identifier les utilisateurs fréquents. Mon bureau est devant un métro, et je vois les gens passer, la tête complètement avancée. Ça se voit!», affirme Marie-Hélène Boivin. «J'en ai vu au défilé de mode à l'école de mon fils, qui a 9 ans. Et je me demande ce que ça va donner dans 15 ou 20 ans. C'est préoccupant, parce que l'usage des téléphones ne diminuera pas», dit-elle.

Mélodie Barrière, qui vient d'entamer un doctorat en chiropratique, explique qu'une colonne vertébrale en santé devrait former un «S», mais que ce n'est plus son cas. «J'ai pris des radiographies quand j'ai commencé l'école, et on le voit, mon cou n'a plus de courbe, mes vertèbres sont complètement droites», dit-elle. «J'essaie de corriger ça en faisant des exercices, mais mon cou est en début de dégénérescence. Tous les étudiants de ma classe ont pris des radiographies au début de l'année, et ça se retrouve chez tout le monde. Un cou droit, à notre âge, c'est devenu normal», ajoute-t-elle.

On remarque aussi l'apparition d'une kyrielle d'autres problèmes, comme des syndromes du canal carpien, des tensions au niveau des avant-bras, et même au niveau des pouces, «ce qu'on ne voyait pas avant, mais qui est apparu à cause du mouvement de défilement», explique le Dr Charles Caron, chiropraticien, et représentant pour l'Association des chiropraticiens du Québec. «Ce qu'on voit aussi, et qu'on ne suspectait pas, c'est que ça se répand même dans le bas du dos et au niveau de la taille. Le fait d'être toujours affalé, ça crée même une tension au niveau de la respiration, parce que la cage thoracique se trouve comprimée», continue-t-il.

Les tout-petits aussi

Ces problèmes apparaissent chez une clientèle de plus en plus jeune.  J'ai des petits patients de 3 ou 4 ans qui viennent me voir, et me disent: "Bobo dans le dos." Leur douleur est souvent due à de nombreux facteurs, et il n'est pas toujours facile d'établir un lien de cause à effet à cet âge, mais je demande toujours aux parents si leurs enfants passent beaucoup de temps sur une tablette. Et, oui, ils en font, de la tablette», affirme la Dre Joëlle Malenfant, chiropraticienne, qui travaille auprès d'une clientèle pédiatrique.

Les jeunes ont cependant un avantage par rapport aux patients plus âgés : ils ont encore le temps d'adopter de bonnes habitudes, selon Charles Caron. «Pour être honnête, la tâche va être titanesque, parce que c'est déjà tellement ancré, mais je pense qu'à coups d'efforts, on va y arriver. Plus on intervient tôt, meilleures sont les chances de renverser la situation, ou au moins de freiner la progression», dit-il.

Dans le cas de Mélodie Barrière, quelques exercices quotidiens et l'adoption de certaines précautions, comme l'utilisation d'un lutrin pour soutenir ses appareils portables, ont tout changé. Ses maux ont entièrement disparu. «Il y a de l'espoir! Moi, je l'ai vécue, cette amélioration-là ! Au secondaire, j'étais toute courbée, et maintenant, je marche le dos droit, je me sens mieux, et j'ai plus de vitalité. Quand j'aurai des enfants, je vais avoir une grosse réflexion à faire. J'aimerais qu'ils attendent avant d'avoir des appareils électroniques, et qu'ils soient bien informés avant de les utiliser», dit-elle.

Dès la quatrième secondaire, Mélodie Barrière a souffert... (Photo François Roy, La Presse) - image 2.0

Agrandir

Dès la quatrième secondaire, Mélodie Barrière a souffert de douleurs à la nuque et au cou attribuables à son utilisation d'appareils portables.

Photo François Roy, La Presse

MIEUX VAUT PRÉVENIR

> On baisse les yeux

On installe l'appareil au niveau des yeux, en le plaçant sur un coussin, la table, ou un lutrin, par exemple. Pour le regarder, on baisse les yeux au lieu de baisser la tête.

> On bouge

Au bout de 30 à 45 minutes, on s'étire, on roule les épaules, ou on tourne la tête de gauche à droite. «L'écran de veille de notre ordinateur se réveille quand on bouge la souris. Eh bien, c'est le même principe pour notre corps. C'est maintenant qu'il faut l'enseigner aux enfants, pas à 25 ou 30 ans, quand ils seront sur le marché du travail», résume Joëlle Malenfant.

> On s'assoit droit

On fait attention à sa posture: on s'assoit en gardant le dos bien droit, avec un support lombaire, si nécessaire. On tient l'appareil à deux mains, on change de main fréquemment, ou on se procure un étui doté d'une poignée intégrée qui évite de pincer l'appareil avec les mains, ce qui cause de la tension musculaire.

> On évite l'iPhone

Plus l'appareil est petit, plus nous sommes portés à nous courber, et le tenir près du corps. «L'écran de 4 pouces de notre iPhone n'est pas la meilleure option pour les travaux de longue haleine», affirme Charles Caron. Idéalement, on utilise l'ordinateur, mais une tablette, c'est déjà un peu mieux qu'un téléphone. «Le pouce n'est pas conçu non plus pour taper une thèse de doctorat», ajoute le chiropraticien, qui conseille aux inconditionnels de la tablette de se procurer un clavier sans fil.




Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer