Une personne sur huit pense au suicide durant son adolescence, selon une nouvelle étude américaine. Les adolescentes sont particulièrement susceptibles d'être hantées par l'idée de se donner la mort, même si elles sont quatre fois moins nombreuses à se suicider que les adolescents.

Mathieu Perreault LA PRESSE

Au moment où s'ouvre la Semaine de la prévention du suicide, ces résultats confirment la nécessité d'agir rapidement quand un adolescent pense au suicide, estime Réal Labelle, psychologue spécialiste du suicide à l'Université du Québec à Montréal et cofondateur de la clinique des troubles de l'humeur à l'hôpital Rivière-des-Prairies.

Un échantillon large

«C'est une étude avec beaucoup de participants, note M. Labelle. On voit que 60% des adolescents qui ont un plan de suicide font une tentative. C'est nouveau. On voit aussi que tout se passe dans l'année suivant l'apparition de l'idée. La semaine prochaine, quand je vais avoir un jeune devant moi, je vais me dire d'être encore plus prudent, de le suivre de plus près, de l'écouter plus.»

Plus de 15% des filles et 9% des garçons pensent au suicide durant les cinq ans de leur adolescence, selon les auteurs de l'étude - des psychologues et pédiatres de l'Université Harvard, qui ont rencontré près de 6500 adolescents. Plus de 6% des adolescentes et 4% des adolescents passent à l'acte.

L'étude, publiée dans la revue JAMA Psychiatry, avance toutefois que les adolescentes utilisent des méthodes qui mènent moins souvent à la mort - peut-être comme une stratégie d'appel à l'aide.

Ces chiffres sont plus élevés que dans le cas des adultes. En effet, selon une étude australienne de 2009, 2,3% des adultes pensent au suicide et 0,4% passent à l'acte durant une année.

Selon M. Labelle, une limite importante de l'étude est l'exclusion des schizophrènes et des cas de personnalité limite. «La dépression est le trouble le plus associé au suicide, mais la personnalité limite arrive en deuxième. Ce sont souvent des gens qui font une carrière suicidaire, avec de l'automutilation. À mon avis, ça aurait encore augmenté la proportion des adolescents qui font un plan.»

La semaine dernière, une étude de l'Institut national de santé publique du Québec a montré que le taux de suicide a beaucoup diminué depuis 15 ans. En transposant les chiffres américains aux taux québécois, on peut conclure qu'une tentative de suicide sur 40 provoque la mort chez les adolescents; le taux serait de 1 sur 600 chez les adolescentes.