Les premières semaines d'école sont une période fructueuse pour les poux. Parents et enseignants sont donc sur un pied de guerre pour traquer l'envahisseur. Depuis plusieurs années, «l'ennemi» est plus présent et plus résistant que jamais.

Nathalie Côté, collaboration spéciale LA PRESSE

«Nous assistons actuellement à une pandémie de poux partout dans le monde», lance Julio Soto, médecin spécialiste à l'unité de surveillance et de contrôle des maladies infectieuses à l'Institut national de santé publique. Dans certains pays comme l'Égypte, l'Argentine et le Brésil, environ 60% des élèves d'âge primaire ont des poux. Aux États-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention estiment qu'entre 6 et 12 millions d'enfants sont infestés chaque année. Au Canada, la dernière étude date de 1991. On avait alors évalué que 6% des écoliers avaient des poux.

Au Québec, il n'existe aucune donnée sur le nombre de petites têtes infestées dans les écoles. L'Institut national de santé publique se penche actuellement sur la question. Les résultats devraient être connus au printemps.

Un enfer pour les parents

Mais ce qui est certain, c'est que de nombreuses familles voient leur quotidien chamboulé par ces insectes minuscules. Les trois filles de Sara (nom fictif) ont subi l'assaut de ces petits parasites à trois reprises en 2010. «Mon aînée a une chevelure abondante. Ça me prenait une heure et demie pour lui passer le peigne fin, se rappelle-t-elle avec découragement. Traitement, vérification du cuir chevelu, nettoyage des tuques et des oreillers à l'eau chaude, tous mes temps libres étaient consacrés aux poux!» Une fois, elle en a même eu elle aussi. «J'ai envisagé de leur imposer le hijab pour protéger leur tête», lance-t-elle à la blague.

Ses filles n'ont pas eu à souffrir des moqueries des autres, mais Sara préfère néanmoins taire son vrai nom, de peur d'être jugée. Dans l'esprit de plusieurs, attraper des poux est encore lié, à tort, au manque d'hygiène. «Il faut lutter contre la stigmatisation. Sinon, le parent dont l'enfant a des poux n'osera peut-être pas en parler. Ce silence ne contribue pas au contrôle des poux», fait valoir M. Soto. D'ailleurs, les experts déconseillent le retrait des élèves ayant des poux ou des lentes de l'école. Ce serait un moyen de prévention inefficace (les personnes touchées sont généralement contagieuses des semaines avant le diagnostic) et les conséquences pour l'enfant et ses parents sont jugées trop importantes.

Insectes résistants

Plusieurs facteurs expliquent la recrudescence des infestations de poux, selon lui, dont la popularité du travail d'équipe. Si deux têtes valent mieux qu'une, ce rapprochement facilite la contagion. La prolifération de «produits miracles» peu efficaces et la désinformation, sur l'internet notamment, sont aussi en cause. Enfin, les poux sont de plus en plus résistants à certains produits, comme la perméthrine.

En 2010, Danielle Marcoux, dermatologue au centre hospitalier Sainte-Justine, s'est penchée sur cette question avec des collègues. «Environ 97% des poux présentaient un marqueur de résistance. Mais pour être complètement résistant, le pou doit avoir ce trait sur deux chromosomes. Au fur et à mesure que les insectes vont se reproduire, ils vont tous devenir résistants», explique-t-elle. Ce sera alors la fin de la perméthrine, mais nous n'en sommes pas encore là. D'ailleurs, le ministère de la Santé recommande toujours son utilisation.

Nouveaux produits

D'autres solutions sont toutefois apparues récemment sur le marché. Dans ses nouvelles lignes directrices publiées en juillet, le ministère de la Santé en a ajouté trois à sa liste de produits recommandés: NYDA, Zap et Resultz. «Le premier nécessite deux applications seulement. Les deux autres en prennent trois, car ils s'attaquent seulement aux poux et non aux lentes, explique Diane Lamarre, présidente de l'Ordre des pharmaciens. Pour l'instant, il n'y a pas de résistance rapportée pour ces nouveaux produits.» Autre avantage: ils ne deviennent pas inactifs en présence de revitalisant, comme c'est le cas pour la perméthrine. Un atout de taille pour les longues tignasses.

Mais le plus important pour éliminer les poux, insistent les experts, est de respecter scrupuleusement les consignes d'application du produit, dont les suivis. Une mauvaise utilisation, en plus d'être inefficace, favorise la résistance.

«Cette réaction est en lien avec les neurones miroirs [responsables de l'empathie] et notre mémoire tactile, explique Annabelle Boyer, synergologue. Même ceux qui n'ont jamais eu de poux connaissent la sensation de démangeaison. Pour comprendre la situation, l'esprit se remémore des souvenirs. Or, le corps ne distingue pas le réel de l'imaginaire. C'est pour cette raison que, durant un film, le corps du spectateur réagit même s'il sait qu'il s'agit de fiction.» Et que la tête nous pique, même si nous n'avons pas de poux!

Portrait du pou



Nom: Pediculus humanus capitis, communément appelé pou de tête.

Taille: de 2 à 4 mm à l'âge adulte.

Apparence: sa couleur peut varier d'une région à l'autre. Il est habituellement de couleur grisâtre en Amérique du Nord. Il ne possède pas d'ailes.

Alimentation: se nourrit du sang des êtres humains.

Vitesse de déplacement: 23 cm à la minute.

Reproduction: la femelle pond en moyenne cinq lentes quotidiennement. La lente est située à moins de 6 mm du cuir chevelu (si elle est plus éloignée et blanchâtre, c'est qu'elle est vide). L'éclosion survient entre 7 et 12 jours après la ponte.

Durée de vie: de 20 à 30 jours. En général, les poux peuvent difficilement survivre plus de 24 heures à l'extérieur du cuir chevelu. Mais dans des conditions favorables de température et d'humidité, les poux pourraient survivre jusqu'à trois jours et les lentes jusqu'à dix jours.

Source: ministère de la Santé