Les risques pour la santé du tritium - forme radioactive de l'hydrogène - pourraient être sous-évalués car il pourrait s'intégrer à l'ADN au coeur des cellules, selon des experts ayant participé à un Livre Blanc publié par l'Autorité française de sûreté nucléaire (ASN).

AGENCE FRANCE-PRESSE

En France, l'impact global des rejets de tritium est faible, ont cependant tenu à souligner d'emblée les responsables de l'ASN lors d'une conférence de presse: la dose moyenne annuelle est mille fois inférieure au seuil limite de 1 millisievert, une unité prenant en compte les effets sur le corps humain de la radioactivité.

Le tritium est un radio-élément considéré «peu toxique» si l'on prend en compte l'énergie moyenne déposée dans un organe, a expliqué Patrick Smeesters, de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire belge, qui a présidé un des «groupes de réflexion» créés à l'initiative de l'ASN.

Mais lorsqu'il est associé à certains composants des cellules, il peut agir au coeur même de d'ADN, a souligné cet expert faisant état de mesures effectuées en Grande-Bretagne, notamment à Sellafield, où se trouve une usine de retraitement de combustibles nucléaires.

«Dans la baie de Cardiff, la concentration en tritium dans la faune marine est 1.000 à 10.000 fois supérieure à celle de l'eau de mer», a-t-il expliqué.

Alors qu'à Cardiff, «des molécules complexes contenant du tritium étaient rejetées dans la mer», ce qui peut expliquer cette concentration, «dans le cas de Sellafield, l'augmentation de concentration n'est que d'un facteur 10, mais seulement de l'eau tritiée (avec du tritium) était rejetée».

D'où ses interrogations : on présume que les centrales ne rejettent de l'eau tritiée, qu'en est-il de la nature réelle des rejets? Est-ce que les microorganismes marins ne jouent pas un rôle dans l'accumulation du tritium?

Cet isotope de l'hydrogène rejeté sous forme d'eau tritiée serait ensuite ingéré par les animaux et intégré à des molécules biologiques complexes.

Pour un embryon de quelques cellules seulement, de tels composés organiques à base de tritium s'intégrant à leur ADN risquent de provoquer des mutations.

Face à ces questions, le directeur général de l'ASN Jean-Christophe Niel, souhaite des investigations «sur de nouvelles approches par rapport à d'éventuels effets héréditaires».

Après la publication du «Livre blanc du tritium», l'ASN entend mettre un place un «comité de suivi» et invite les exploitants d'installations nucléaires à maîtriser leurs rejets. Son plan d'action prévoit aussi la surveillance du des différentes formes de tritium dans l'environnement et l'évaluation de leur impact.