La première édition du festival de mode Kinshasa Fashion Week (KFW) s'ouvre vendredi soir à Kinshasa pour trois jours de défilés et d'expositions, dans un climat de frustration pour les Kinois qui ne peuvent s'offrir le défilé organisé par la styliste congolaise Gloria Mteyu.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Parce que moi-même je suis styliste, et comme j'ai déjà eu l'occasion d'aller dans d'autres pays, sur plusieurs continents (...), je voulais rentrer chez moi, faire la même chose et organiser un défilé pour montrer notre talent, notre style congolais», avait déclaré à l'AFP fin avril Gloria Mteyu, 29 ans.

Douze designers congolais - dont Okasol, qui habille notamment le célèbre chanteur congolais Papa Wemba - et huit étrangers (dont le Sud-Africain David Tlale) sont invités. «On n'a pas vu beaucoup de Congolais dans d'autres Fashion Week donc là ce sera une première occasion de faire connaître les stylistes congolais qui travaillent bien», avait précisé Gloria Mteyu.

Son autre objectif était d'«essayer de montrer qu'au Congo il n'y a pas que la guerre», alors que l'Est de la RDC souffre depuis près de deux décennies d'une instabilité provoquée par des groupes armés locaux et étrangers - notamment attirés par les importantes ressources minières.

Pour assister au «rendez-vous des esprits créatifs», il faut débourser 150 dollars pour une place classique. Les organisateurs proposent par ailleurs une «offre spéciale VIP» (300 dollars pour deux soirées de défilé et accès aux expositions) et une «offre spéciale standard» (200 dollars pour deux soirées de défilé).

Une fortune pour la majorité des Congolais: dans l'ancienne colonie belge, le salaire mensuel minimum s'élève à 90 dollars et deux tiers des 68 millions des habitants vivent avec un peu plus d'un dollar par jour. Les Kinois, estimés à 10 millions, ne font en majorité pas exception.

Certains ne cachent pas leur frustration. «Ça me choque. Tout le monde n'a pas accès, on n'a ciblé qu'un public riche. On n'a pas donné l'occasion à tout le monde de vivre ça. Même la classe moyenne ne peut pas aller là-bas! Je suis désolée, mais bon...», déplore Clarisse, qui gagne à peine 200 dollars par mois.

«C'est avec effarement que je constate que la KFW nous propose des prix faramineux (...) Vous visez qui en fait? La KHS (Kinshasa High Society, la haute société kinoise)? (...) Si c'est la KHS votre cible, alors vous l'avez atteinte... et vos trois premiers rangs seront remplis. Bondés. Par contre, désert total pour les autres rangées...», prédit Muriel T. Munga sur la page Facebook du défilé.

Gloria Mteyu, installée à New York, a vécu à l'étranger (France, États-Unis, Italie...). Elle a notamment étudié le modélisme à l'Académie Internationale de Coupe de Paris et le stylisme à l'Istituto Marangoni de Milan, en Italie.