«La tendance générale est vers des beaujolais plus denses, plus colorés», expliquait sur place, en mai, la responsable des vinifications du Château de Pierreux, d'appellation Brouilly, Lydie Nesme.

Jacques Benoit LA PRESSE

Cette tendance, aurait-elle pu ajouter, touche à peu près tous les vins rouges, tous pays et tous vignobles confondus, à l'exception, cependant, des bourgognes.

Tendance due en grande partie, sinon en totalité, à l'influence marquée des dégustateurs et commentateurs états-uniens, en raison de l'importance du marché des États-Unis. Lesquels commentateurs veulent en effet trouver... à boire et à manger dans une bouteille de vin! (Je caricature, mais à peine.)

Or, en matière de vin comme pour tout autre produit de consommation, la demande pèse lourd, en ce sens qu'elle est susceptible d'entraîner d'importantes transformations des produits.

Pour ce qui est du Beaujolais, la chose, à mon sens, a eu du bon, puisqu'elle a forcé ses producteurs à revoir leurs méthodes de vinification. Et, donc, à modifier d'autant le style de leurs vins.

Toujours est-il que, dans le Beaujolais, on trouve désormais moins de vins aux odeurs végétales et aux petits tannins aigrelets, pointus, comme il y en avait tant il y a encore quelques années.

Sur le chemin qui a mené à ces transformations, le Beaujolais a beaucoup souffert, puisqu'on y a arraché le tiers de ses vignes, de sorte que la production a glissé de 1,5 million d'hectolitres en 1990 à 900 000 à l'heure actuelle, signalait, au Château de Pierreux (une propriété de Boisset), le directeur général de Boisset UK (Royaume-Uni), Jean-Pierre Grangé.

Les appellations Beaujolais et Beaujolais-Villages sont «toujours en crise», ajoutait-il.

Autrement dit, ce sont les crus, au nombre de 10 (Brouilly, Côtes de Brouilly, Chénas, Juliénas, etc.), qui tirent désormais leur épingle du jeu.

On verra, samedi prochain, de quelle manière les viticulteurs du Beaujolais ont modifié leurs méthodes d'élaboration et, souvent, leurs assemblages.

Trois Beaujolais

Beaujolais 2010 Mommessin, 14,45$ (313734), **1/2,$1/2, 2012-2013.

Rouge clair, avec une nuance bleutée, son bouquet de petits fruits rouges est net, sans rien de végétal. Plutôt léger en bouche, facile, simple, tout en fruit, il est très peu tannique. Vin d'été, et peu alcoolisé, on le servira bien frais, à environ 12-14 degrés. Chose curieuse: goûté dans le Beaujolais, et plus tard au Québec, il m'a semblé meilleur ici.

12% (623 caisses).

Morgon 2010 Cuvée Jean-Claude Aucoeur Arnaud Aucoeur, 21,80$ (11639221), *** 1/2,$$ 1/2, 2012-2016?

Les Morgons de qualité ont la réputation de bien vieillir, et sans doute en sera-t-il ainsi pour ce vin. Bien coloré pour un beaujolais, son bouquet de fruits rouges bien mûrs, nuancé, est de bonne ampleur. La bouche suit, d'une bonne concentration, tannique, et même un peu austère, avec un après-goût qui persiste un bon moment. Élevage en cuves. 12,5% (105 caisses).

Moulin à Vent 2010 Domaine du Prieuré Saint-Romain, 22,35$ (11675927), **1/2, $$ 1/2, 2012-2014.

Un peu moins coloré que le Morgon, et assez charnu comme beaujolais, plus que moyennement corsé, c'est un vin dépourvu lui aussi de tout arôme végétal intempestif. Les saveurs sont franches, les tannins ont une certaine fermeté, quoique sans rien de rugueux. Fort bon. Élevage en cuves. 12,5% (338 caisses).

D'autres vins

Savoie 2010 Pinot noir Jean Perrier&Fils, 14,70$ (856997), **1/2,$, 2012-2013.

Vin de Pinot noir, plutôt léger et au caractère variétal assez peu marqué, très peu tannique, ses saveurs sont franches, et il a en même temps le grand mérite de son prix on ne peut plus sage. Aussi bon et même meilleur que certains vins rouges d'appellation Bourgogne. Seul bémol: il y en a peu.

12% (55 caisses).

Côtes-de-Nuits-Villages 2009 «Le Vaucrain» Domaine Daniel Rion&Fils, 30,75$ (865774), ***,$$$ 1/2, 2012-2015.

Beau bourgogne, d'une couleur rouge clair et au bouquet net, charmeur. Plus que moyennement corsé, il a de l'éclat et ses saveurs sont franches, ses tannins aimables. Élevage en fûts, dont environ le tiers de neufs. 13% (95 caisses)

Mercurey 2009 «La Framboisière» Faiveley, 28,35$ (1052029), ***,$$$ 1/2 , 2012-2015.

Passablement coloré pour un bourgogne, il se présente avec un bouquet bien mûr, de fruits rouges, mais pour l'instant assez peu nuancé. De corps moyen, ses tannins sont souples et bien enrobés. Élevage en fûts et en cuves. 13% (184 caisses).

Fronsac 2009 Delphis de la Dauphine, 21,85$ (11475917), ***1/2,$$ 1/2, 2012-2016.

Deuxième vin (de jeunes vignes) du Château la Dauphine, son bouquet, aux notes épicées (le bois), est dominé par le Merlot. Suit une bouche relativement corsée, très fruits rouges, sur des tannins de qualité. 80% Merlot et 20% Cabernet franc, avec élevage en fûts dont 10% de neufs. 14% (46 caisses).

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Les frais de voyage de ce reportage ont été payés par des producteurs de Champagne et de Bourgogne.