Les vins d'Osoyoos-Larose sont souvent comparés à ceux de Bordeaux. Car en plus d'évoquer le nom du château bordelais Gruaud-Larose, le vignoble de Colombie-Britannique exploite les mêmes cépages que les domaines de la Gironde. Pourtant, l'oenologue de la maison soutient surtout mettre en valeur le terroir de la vallée de l'Okanagan.

Karyne Duplessis Piché, collaboration spéciale LA PRESSE

Lorsque le Français Pascal Madevon est arrivé dans la vallée de l'Okanagan en 2001, il n'avait aucune idée du succès qu'Osoyoos-Larose allait connaître. La société française Groupe Taillan venait de lui proposer de s'établir en Colombie-Britannique pour vinifier ses premiers vins canadiens. L'objectif: produire des cuvées de style bordelais au Canada.

Dix ans plus tard, la réussite du vignoble est telle qu'il n'est pas rare qu'on lui demande de dédicacer les bouteilles d'Osoyoos-Larose. Cet engouement se fait également sentir au Québec, où le domaine écoule chaque année la moitié de sa production.

Pascal Madevon explique d'abord ce succès par le nom «Larose» qui évoque les liens d'affaires avec le cru classé de Bordeaux, Gruaud-Larose. Ce mot assure, selon lui, un gage de qualité à ses cuvées. Il croit également que la mise en valeur d'un assemblage, plutôt que d'un cépage en particulier, augmente la popularité de ses vins, mais il estime que l'ultime explication de cette renommée se trouve ailleurs...

«J'élabore notre vin avec la méthode classique bordelaise, explique l'oenologue, rencontré au vignoble. Je fais de longues macérations, du pigeage, etc. Je pourrais donner cette recette à n'importe quel vigneron, mais ils ne feront jamais Osoyoos-Larose. Car ce qui fait notre vin, c'est notre terroir.»

Le terroir d'Osoyoos-Larose n'a en effet rien à voir avec celui de Bordeaux. Contrairement à la célèbre région française établie sur les rives de la Garonne, les vignes d'Osoyoos, elles, sont plantées au milieu d'un désert.

Des pieds de vigne dans le sable

Dans le vignoble d'Osoyoos-Larose flotte une odeur de sauge sauvage qui s'apparente à celle du cèdre et du romarin. Cette plante, typique des milieux arides, indique que les vignes d'Osoyoos poussent dans un mélange de sable, de cailloux et d'argile au milieu de l'unique désert canadien.

Et qui dit désert dit aussi absence de pluie. Le vignoble reçoit en moyenne moins de 25 cm de précipitation par année, dans une région où les températures estivales frôlent les 40 degrés Celsius. C'est pourquoi des distributeurs d'eau sont apposés près des vignes. Les responsables peuvent ainsi les actionner au besoin. «Pas d'irrigation, pas de vignes», résume simplement Pascal Madevon.

La sécheresse du désert apporte cependant certains avantages: les maladies de la vigne y sont plus rares. Ces conditions permettent ainsi une constance dans la qualité des raisins. Elles permettent de plus aux vignerons d'utiliser moins de pesticide.

«Dans ces conditions, je sais que je peux faire un bon vin chaque année», se réjouit le spécialiste.

Il n'y a pas que le climat qui accroît la qualité des vins d'Osoyoos-Larose. Le temps aussi. Pascal Madevon constate que ses cuvées sont meilleures de récolte en récolte. La raison est simple: les vignes vieillissent.

«Pour la production de grands vins de Bordeaux, on préfère utiliser les raisins de merlot dont les vignes sont âgées d'au moins 10 ans, raconte-t-il. Et ceux de cabernet-sauvignon? On essaie de ne pas les utiliser avant 15 ans pour la production de crus classés. Tandis qu'ici, trois ans après avoir planté, on utilisait déjà les raisins.»

Ses plus vieilles vignes de cabernet-sauvignon ont maintenant 13 ans. Et l'oenologue est très fier de la dernière vinification de ce cépage. Il croit que ce vin pourrait même entrer dans l'assemblage d'un grand cru classé de Bordeaux.

Un grand vin, mais pas de château

Bien que le domaine jouisse d'une enviable réputation, il ne possède ni accueil pour les visiteurs ni bâtiment raffiné. La vinification et l'élevage des vins ne sont donc pas exécutés sur place. On réalise plutôt ces étapes à quelques kilomètres au nord, dans des installations annexées à celles de la maison Jackson-Triggs.

Pascal Madevon espère que cette situation ne durera plus très longtemps. D'ici trois ans, il aimerait voir s'élever un bâtiment afin d'accueillir convenablement les visiteurs.

Osoyoos-Larose

Les propriétaires: Groupe Taillan et Constellation Brands (autrefois Vincor). Cette dernière possède aussi Jackson-Triggs.

Les vins: Osoyoos-Larose produit deux cuvées. La plus chére, le Grand Vin, mérite d'être laissée en cave au moins 10 ans. Pétales d'Osoyoos est produite avec les raisins non utilisés pour la production de la première. Elle peut être consommée dès sa commercialisation.

Production: 180 000 bouteilles par année, dont 100 000 du Grand Vin et 80 000 de Pétales d'Osoyoos. Les deux cuvées sont en vente au Québec.

Les cépages: la composition des assemblages varie chaque année. Le vignoble est toutefois composé de merlot, de cabernet-sauvignon, de malbec, de petit verdot et de cabernet franc. Ce dernier devrait d'ailleurs être plus utilisé dans les prochaines cuvées.