Une première distillerie coopérative pourrait bientôt voir le jour au Québec. C'est du moins le projet du vigneron Denis Paradis. Avec cette initiative, il compte transformer les rejets viticoles des domaines québécois en alcool et ce, dès l'automne prochain.

Karyne Duplessis Piché, collaboration spéciale LA PRESSE

Le propriétaire du Domaine du Ridge, Denis Paradis veut mettre sur pied une distillerie coopérative dans les Cantons-de-l'Est. Il souhaite ainsi récupérer les déchets viticoles des domaines de la région afin de produire une eau-de-vie semblable à la grappa italienne.

« Quand on presse le raisin, on prend 70% de jus et il reste un 30% de rejets, comme la peau des raisins, explique le vigneron. À l'heure actuelle, les résidus sont jetés ou on les étend sur la terre. »

Et M. Paradis n'est pas seul dans ce projet, six vignobles ont déjà confirmé leur intérêt. C'est le cas du Domaine les Brome près de Bromont et de l'Orpailleur à Dunham. L'homme d'affaires prévoit installer la coopérative sur le parcours de la route des vins.

Il a d'ailleurs reçu une aide financière du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) afin d'élaborer son plan d'affaires. Il compte également profiter que 2012 soit l'année internationale des coopératives, pour recueillir davantage de financement.

Ombre au tableau

La mise en marché de cet alcool pourrait toutefois poser problème. Car pour que la distillerie soit rentable, elle doit obtenir le droit de vendre ses produits à ses visiteurs ainsi qu'aux vignerons à un prix compétitif. Ces derniers pourraient utiliser cet alcool à base de raisins dans l'élaboration de leurs vins fortifiés, au lieu de l'alcool de grain qu'ils emploient à l'heure actuelle.

Or selon les règles en vigueur, les produits d'une distillerie ne peuvent être vendus directement aux particuliers et encore moins aux vignerons. La coopérative devra ainsi commercialiser ses produits uniquement via la Société des alcools du Québec (SAQ), ce qui signifie qu'elle devra les vendre moins cher pour que le monopole d'État ajoute sa marge de profit. Une marge que les producteurs devront aussi défrayer lorsqu'ils se procureront cet alcool.

M. Paradis croit que la création d'un permis de distillerie artisanale abolira ces restrictions. Il souhaite d'ailleurs profiter de l'étude du projet de loi 68, qui a été déposé à l'Assemblée nationale en avril dernier, pour en faire la demande. Cette nouvelle loi prévoit des amendements à celle sur les permis d'alcool.

« J'ai signifié au ministère de la Sécurité publique que je veux être entendu, explique-t-il. On doit ajuster les lois et nous n'avons pas été consulté. »

Mais le vigneron devra faire vite s'il veut transformer les rejets viticoles de la prochaine vendange.