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Cyberculture: la vision de Gilberto Gil

Avec ses dreadlocks et sa dégaine atypique pour les fonctions qu'il occupe, on le présente souvent comme le plus cool des ministres de la Culture. Nommé par le président Lula da Silva en 2003, le célèbre auteur-compositeur-interprète tropicaliste (un mouvement artistique initié il y a 40 ans par des artistes majeurs tels Caetano Veloso) et homme politique brésilien Gilberto Gil fait preuve d'une vision clairement cyberculturelle.

Son ouverture au logiciel libre, l'accès des communautés pauvres aux technologies numériques qu'il préconise et sa vision d'un droit d'auteur adapté à l'environnement numérique le distinguent des autres ministres de la Culture sur cette petite planète.

C'est ce qu'on peut conclure au terme de deux journées de rencontres et conférences de Gilberto Gil avec les intellectuels montréalais, étudiants, brasilophiles et représentants des médias - à l'invitation conjointe de MédiaMcGill et de l'Institut d'études canadiennes de l'Université McGill.

Au cours de sa rencontre avec La Presse, on ne pouvait évidemment passer à côté de cette question: quel est le point de vue brésilien sur le droit d'auteur dans un environnement numérique? Gilberto Gil assure que le Brésil se distingue des pays riches sur ce point: «Puisqu'il n'y a pas de multinationale brésilienne dans le divertissement ou dans l'industrie des logiciels, nous ne subissons pas la même pression que les Américains ou les Européens. Nous pouvons penser davantage au développement de l'environnement numérique en fonction de la société civile. Notre perspective est donc différente.»

Le ministère brésilien de la Culture et son gouvernement envisagent d'ailleurs de mettre en place une nouvelle loi sur le droit d'auteur adaptée à l'environnement numérique. «Pour y arriver, nous comptons d'abord mettre sur pied un forum où toutes les composantes de notre société pourront discuter de ce projet de loi en y exprimant leurs besoins. Nous, du gouvernement, pourrons alors voir quel sera le meilleur équilibre entre la société civile, les consommateurs, les ayants droit et le marché. Nous nous donnons un an pour en discuter et faire consensus, après quoi une proposition sera faite au Congrès.»

Ouvert au logiciel libre en tant qu'»outil de développement social et culturel», prônant l'usage généralisé des technologies numériques afin de favoriser l'émancipation des expressions locales, le ministre brésilien de la Culture et son équipe mettent tout en oeuvre pour donner l'accès à la bande passante à toutes les communautés de leur immense pays. Puisque les forces du marché servent d'abord les intérêts des entreprises de contenu (majors du divertissement et du logiciel propriétaire), Gilberto Gil estime que son ministère doit accomplir un travail complémentaire.

«Notre gouvernement doit inciter le secteur privé à adopter une position plus conciliante face à la culture et la création. Il faut donc que les acteurs traditionnels cessent d'essayer de protéger leur territoire de toutes les interférences liées aux nouvelles pratiques. Dans cette optique, le Brésil a avancé un peu; notre population comprend davantage ces enjeux de l'internet et du cyberespace. En ce sens, les technologies du XXIe siècle représentent un grand défi dans la réglementation», a dit le ministre à son public de la Société des arts technologiques (samedi). Il semble ainsi préférer visiblement la mise en place de nouveaux modèles d'affaires à la lutte contre les pirates de l'internet.

Dans une optique plus globale, Gilberto Gil croit à l'érection d'une nouvelle identité panaméricaine fondée sur la diversité et le partage des patrimoines culturels des trois Amériques. Et cette nouvelle identité passe par l'appropriation des technologies numériques.

«C'est pourquoi nous avons créé, au ministère de la Culture, un service de culture numérique. Dans ce cadre, nous avons créé des programmes d'accès aux technologies comme les pontos de cultura, qui sont des centres d'accès adaptés aux communautés locales. Plus précisément, nous donnons à ces communautés des moyens d'accéder à l'internet avec des outils d'enregistrement et de diffusion audiovisuels. Ces communautés peuvent ainsi s'enregistrer, se filmer, faire état de nouvelles énergies créatrices. Émergent alors de nouveaux réseaux autonomes.»

À la fin de 2007, plus de 2000 pontos de cultura avaient été mis en place au Brésil, sans compter quelques-uns à l'étranger. D'ici les trois prochaines années, Gilberto Gil espère franchir le cap des 15 000 points d'alimentation numérique.

«Les jeunes des communautés, souligne-t-il fièrement, s'y reconnaissent et s'approprient ces nouveaux outils de performance culturelle. Le changement social a vraiment commencé lorsqu'ils ont compris que le cyberespace leur appartenait.»




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