(Glendale) Ça prenait du courage, oui. Mais le courage ne pouvait à lui seul faire foi de tout. David Lemieux a été complètement déclassé face à l’Américain David Benavidez, samedi soir, à Glendale.

Mis à jour le 22 mai
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

Le favori de la foule l’a emporté par mise à l’arrêt au 3round. Benavidez a ainsi mis la main sur le titre intérimaire des super-moyens de la WBC. Il devrait maintenant pouvoir affronter Saul « Canelo » Álvarez pour tenter de lui ravir sa ceinture de champion du monde dans la catégorie. Théoriquement.

« Je vais bien, je vais bien, a commenté Lemieux sur l’arène après la rixe. [Benavidez] est tout un combattant. »

Il n’a pas voulu parler aux journalistes venus à sa rencontre en Arizona.

L’arrêt du combat, c’était la décision de l’entraîneur du pugiliste québécois, Marc Ramsay. Parce qu’après déjà deux rounds de boxe, l’issue ne faisait pratiquement plus de doute.

« J’ai dit : “ David, je te donne un round ”, a raconté Ramsay dans un couloir du Gila River Arena, devant la porte où son poulain recevait des traitements. “ Vire ça de bord, c’est dramatique. C’est le round de ta vie ”. »

Les choses ne se sont pas améliorées au troisième.

« Ton rôle numéro un, en tant qu’entraîneur de boxe, c’est de protéger tes gars, souligne Ramsay. […] C’est de la boxe professionnelle qu’on fait. Si sa santé est en danger pour aller chercher une victoire, je ne peux plus avancer là-dedans. C’est aussi simple que ça. »

L’interlocution de Ramsay, aux côtés du promoteur d’Eye of the Tiger Management Camille Estephan, était empreinte de sérénité. Les deux hommes parlent d’un ton sobre, calme. Malgré la dure défaite, ils se disent « fiers » de ce qu’a accompli Lemieux samedi soir.

« Honnêtement, il a affronté selon moi le meilleur au monde chez les 168 livres, estime Estephan. Je pense même que s’il monte à 175, il battrait presque tout le monde. Il n’y a pas à être gêné de la défaite. »

« C’est la façon, explique le promoteur. Il s’est fait faire vraiment mal. La plupart aurait abandonné. Mais lui a même causé un danger. Malgré qu’il n’avait pas toute sa force. Il a riposté. »

Lemieux (43-5, 36 K.-O) a entamé le duel en trombe. C’était un prérequis pour tenter de mettre un doute dans la tête de Benavidez (26-0, 23 K.-O.), toujours invaincu. Mais le natif de Phoenix a rapidement répondu en touchant la cible à quelques reprises. Si bien que les jambes de Lemieux flanchaient vers la fin de l’engagement initial.

« [Benavidez] a commencé le combat avec beaucoup de respect pour David, a commenté Ramsay, notant un thème récurrent de la semaine menant à l’affrontement. Je le voyais dans ses yeux. »

« Et à la limite, j’aimais bien le début du premier round [pour Lemieux]. J’aimais comment David était petit, en dessous des coups de poing. À courte distance. Jusqu’au coup où il s’est fait faire mal. Tout a viré là. »

Le Québécois est allé au tapis au deuxième. Il s’est aussi mis à saigner du visage après une coupure à l’œil gauche. Il a démontré du courage en se relevant et en continuant. Le nouveau père d’un troisième enfant s’entêtait à lancer des coups, mais ses frappes ne faisaient pas de dommage.

De l’autre côté, les attaques de Benavidez, vives comme celles d’un scorpion, surprenaient et ébranlaient Lemieux.

David et Goliath

« On essaie de grandes théories d’analyse, plaisante l’entraîneur de Lemieux. Mais on a affronté un boxeur qui, ce soir, a été bien meilleur que nous. Une super-vedette de la division. »

Ramsay et Estephan ne cessent d’encenser Benavidez. Et le « cœur de lion » de leur combattant.

« Il est meilleur que Gennady Golovkin était quand on l’a affronté, analyse Ramsay. Je ne suis pas sûr que Canelo en viendrait à bout. C’est un boxeur complet, rapide, il cogne dur, il est capable de prendre un coup de poing, il a une bonne défensive, il a du cran. C’est un package deal. »

Mais donc, est-ce que vous avez eu les yeux plus gros que la panse en opposant David Lemieux à un tel Goliath ?

« C’est pour ça qu’on fait de la boxe, répond-il. On fait de la boxe pour progresser dans les classements. Pour atteindre les combats de championnats du monde comme on l’a fait ce soir. Affronter les meilleurs. C’est ça le but de la boxe, il n’y en a pas d’autre. On n’est pas là pour faire du sur place et faire de fausses carrières. »

« On ne peut pas tomber sur la tomate à David Lemieux d’avoir essayé. »

Estephan le rejoint là-dessus.

« Il a démontré beaucoup de cœur. Les gens de Showtime sont venus me voir et m’ont dit : “ écoute, ton gars est fou ”. »

« Je suis déçu, ajoute Camille Estephan. Je suis triste qu’il ait perdu. Mais je suis fier de lui. »

Des demi-finales sous les sifflements

PHOTO ESTHER LIN, FOURNIE PAR SHOWTIME

Jonathan Fierro contre Luis Núñez

On est entré dans ce qui est aujourd’hui l’ancien domicile des Coyotes alors que le soleil de plomb, chaud et sec, rayonnait toujours sur Glendale. Dans l’enceinte, on faisait jouer de la musique mexicaine entre tous les rounds. Un divertissement plus rythmé que le spectacle offert par les deux demi-finales précédant le combat principal.

Le Dominicain Luis Núñez (17-0, 12 K.-O.) l’a emporté par décision unanime des juges, et sous les sifflements soutenus de la foule, devant le Mexicain Jonathan Fierro (13-1, 12 K.-O.). Le favori des partisans subissait ainsi sa première défaite.

PHOTO ESTHER LIN, FOURNIE PAR SHOWTIME

Yoelvis Gómez et Jorge Cota

Juste après, le Cubain Yoelvis Gómez (6-0, 5 K.-O.) a dominé le Mexicain Jorge Cota (30-6, 27 K.-O.) et s’est imposé par décision unanime.