Il a dû trimer dur, mais Óscar Rivas l’a eu, son Championnat du monde. Le jeune Canadien Ryan Rozicki l’a poussé à la limite des 12 rounds, vendredi soir à l’Olympia, mais le Québécois d’origine colombienne a tout de même pu remporter son premier titre mondial par décision unanime.

jean-françois Téotonio
jean-françois Téotonio La Presse

Rivas s’inscrit donc dans l’histoire : il décroche le premier championnat mondial dans la catégorie des super-lourds-légers (224 lb), une innovation de la WBC.

« Je m’attendais à avoir cette ceinture, a lancé le pugiliste après le combat. Je suis vraiment content. »

« Óscar, aujourd’hui était prêt à payer la facture pour devenir le premier champion du monde de la nouvelle catégorie, a déclaré son entraîneur Marc Ramsay. C’est quelque chose de le fun pour toute l’équipe et pour lui. On est vraiment fiers. »

Mais ce n’était pas gagné d’avance, même si dès les premiers instants, on pouvait croire que ce duel allait être expéditif : le favori de la foule enchaînait les combinaisons et trouvait de nombreuses failles dans la défense de Rozicki.

Rivas soulevait l’Olympia avec des enchaînements destructeurs et l’envoyait presque au tapis à la fin du premier round. Son adversaire était-il sauvé par la cloche ?

« Oui, mais il fallait faire attention, a analysé Ramsay. On connaissait sa force et sa détermination. »

« Kaboom, kaboom, kaboom », scandait la foule, en référence au surnom du pugiliste né à Buenaventura, en Colombie. Au deuxième round, Rozicki peinait. S’il réussissait ponctuellement à atteindre le visage de Rivas, ses frappes avaient pour l’instant peu d’impact.

Mais le pugnace boxeur n’allait pas laisser cette chance quasi inespérée lui filer trop rapidement entre les gants, forçant Rivas et Ramsay à ajuster leur stratégie. Le Canadien remportait le troisième engagement, et redonnait foi à ses partisans venus l’encourager.

« C’est un boxeur qui va à la guerre, a jugé le Québécois. Quand tu boxes contre un adversaire comme ça, tu dois limiter ses options de frappes. […] Quand j’étais en corps à corps avec lui, il ne lançait pas de coups de poing. »

Le Néo-Écossais, dit le « Bruiser », s’est bâti un fervent auditoire au Canada pour son style explosif. Nombre de ses partisans étaient à l’Olympia, brandissant notamment le drapeau néo-écossais dans les gradins.

Et le quatrième round prenait la même trajectoire que le précédent. Le Bruiser se permettait même de sourire à son retour dans le coin.

Ramsay a convenu qu’il commençait à « imposer » son rythme. « Il lançait beaucoup de coups de poing, il couvrait la distance rapidement entre les coups d’Óscar. Mais c’est une danse qui se fait à deux. »

Si Rozicki continuait d’impressionner au cinquième, Rivas retrouvait quant à lui son aplomb. Au sixième engagement, l’énergie de Rozicki commençait à s’étioler. Un uppercut du Colombien d’origine au septième a bien sonné son adversaire, mais ses genoux ne flanchaient pas.

Et ils n’allaient pas flancher, malgré les attaques répétées de Rivas.

Les deux se sont échangé les frappes jusqu’à la fin, le local touchant la cible plus souvent que son adversaire.

« À un moment donné, je lui ai dit : “Aujourd’hui, ce que tu fais, ce n’est pas de la boxe. Aujourd’hui, on paie le prix d’entrée de tes enfants au Canada.” […] Je suis allé chercher quelque chose d’autre », mentionnant un ajustement émotif pour son boxeur.

Au 12e et dernier engagement, la foule était debout pour voir Rozicki projeter Rivas presque hors du ring. Ce dernier a répondu en tentant d’aller chercher le K.-O. jusqu’aux derniers instants.

Óscar Rivas a donc remporté 28 de ses 29 combats, enregistrant au passage 19 K.-O.

C’est la première défaite en 14 combats pour Ryan Rozicki, qui était classé au 18rang chez les lourds-légers (200 lb) avant ce combat. Il aura véritablement mérité son invitation à ce duel de championnat du monde.

« C’était une vraie bataille sur le ring », s’est réjoui le promoteur de Ryan Rozicki. « Je suis content que les fans de Montréal aient pu voir de quel bois il se chauffe.

« Je lui ai dit : “Ryan, tu as fait de toi une étoile à travers le monde.” »

Ce combat devait initialement opposer Óscar Rivas à l’Américain Bryant Jennings, mais ce dernier s’est désisté en refusant de se faire vacciner et de se plier aux exigences de santé publique canadiennes.

Une sous-carte peu relevée

PHOTO BERNARD BRAULT, GROUPE YVON MICHEL

Terry Osias et Joaquin Murrieta

En sous-carte, le Longueuillois Terry Osias (10-0-0, 4 K.-O.) l’a emporté par décision unanime face au Mexicain Joaquin Murrieta (9-10-3, 7 K.-O.), dans un combat de six rondes chez les mi-lourds. Il s’agissait du combat le plus disputé de cette sous-carte.

« Je me donne un 7 sur 10 », a commenté Osias après son combat. « […] Ça fait deux ans que je n’ai pas boxé. On a enlevé la rouille, on a brisé la glace. »

« C’est un gars qui a les mains lourdes », a ajouté le boxeur au sujet de son adversaire. « Il allait venir avec des crochets pour essayer de me surprendre. Je suis chanceux d’avoir eu un adversaire qui me donnait du fil à retordre. »

Le duel entre Alexandre Roberge (1-2-1), de Lanoraie, et Francis Charbonneau (4-1-0), de Saint-Hyacinthe, s’est soldé par une victoire du Maskoutain. Cet affrontement de lourds-légers faisait office de demi-finale.

Chez les lourds, Alexis Barrière (4-0-0, 3 K.-O.) l’a emporté par décision unanime face au Mexicain Rafael Sanchez Rojas (5-2-0, 3 K.-O.).

Même résultat pour le Repentignois Kevin Menoche (5-0-0, 4 K.-O.) face à l’Ontarien Thad Buntsma (2-3-0, 1 K.-O.), en lever de rideau.

Trois championnats du monde au Centre Bell en décembre

On a appris vendredi les noms des opposantes de Marie-Eve Dicaire et de Kim Clavel lors de leurs combats de championnats du monde, prévus le 17 décembre au Centre Bell.

Dicaire (17-1-0), ex-championne du monde IBF chez les super mi-moyennes, tentera de reconquérir son titre face à la cinquième aspirante IBG Cynthia Lozano (9-0-0, 7 K.-O.).

Clavel (14-0-0, 2 K.-O.) sera aux prises avec la championne WBC chez les mi-mouches, Yesenia Gómez (18-5-3, 6 K.-O.), qui défendra sa position pour la cinquième fois depuis 2018.

« Je suis absolument fébrile à l’idée de participer à un évènement d’une telle envergure », a déclaré Marie-Eve Dicaire dans un communiqué.

Kim Clavel s’est quant à elle réjouie qu’enfin, son « rêve se réalise ».

« J’arrive finalement au moment le plus excitant de ma vie d’athlète : monter sur le ring pour un titre de championnat du monde ! […] Je suis prête mentalement et physiquement. »

Artur Beterbiev (16-0-0, 16 K.-O.), champion unifié des mi-lourds, affrontera l’aspirant no 1 de la WBC Marcus Browne (24-1-0, 16 K.-O.) en tête d’affiche de ce gala.