Les boxeurs ont souvent l’habitude de décrire leur prochain combat comme étant le plus difficile de leur carrière. Terry Osias, qui affrontera Jean Pascal en juillet, ne fait pas exception. Même si, dans les faits, il s’est déjà mesuré à un rival bien plus redoutable.

Osias (13-0, 6 K.-O.) croisera le fer avec Pascal (36-7-1, 20 K.-O.) le 20 juillet au Casino de Montréal. Un combat qui se déroulera chez les lourds-légers (200 lb) et lors duquel un titre mineur du WBC devrait être en jeu. Cette occasion en or de se faire connaître en se frottant à un grand nom de la boxe québécoise aurait toutefois pu ne jamais se concrétiser.

En 2021, le pugiliste de Saint-Hubert a dû mettre sa carrière sur pause après qu’on lui a diagnostiqué un lymphome non hodgkinien. L’entente qui le liait au Groupe Yvon Michel est ainsi devenue caduque. La maladie et les traitements ont été durs, tant sur le plan physique que mental.

Mais Osias n’a jamais lâché. Et à l’été 2022, ses efforts ont fini par porter leurs fruits : on lui a annoncé que son cancer était en rémission.

Revenu dans le ring en mars 2023, le boxeur de 37 ans a depuis signé trois victoires en autant de sorties, dont deux par mise hors de combat.

« Après la chimiothérapie, ça m’a transformé », décrit-il en entrevue avec La Presse lundi.

« Ma façon de voir la vie a changé, poursuit-il. Il faut saisir le moment présent. Je prends plus de risques, parce qu’on ne sait pas quand la vie peut venir nous chercher. »

L’un de ces risques, c’est de demander expressément de se battre contre une « icône de la boxe » comme Pascal afin d’obtenir une visibilité favorable sur la scène mondiale, après avoir connu jusqu’ici un parcours plus ou moins confidentiel. Il faut dire que les deux hommes se connaissaient déjà plutôt bien, puisque Osias a été le partenaire d’entraînement de Pascal lors de certains de ses camps.

« Je le fais pour moi, explique-t-il. Ça confirme pourquoi je suis encore là, et que ce n’est pas pour rien que je suis encore là. »

« Jean est un ex-champion du monde. Il ne prenait pas ça au sérieux. Il a été surpris que Terry le défie. Je pense que ça l’a un peu échaudé », raconte quant à lui Yan Pellerin, président de New Era Promotion, qui organise le combat.

De quoi aura l’air Pascal ?

Reste à voir l’allure qu’aura Jean Pascal lorsqu’il montera dans l’arène le 20 juillet. L’ancien propriétaire des ceintures WBC et WBA des mi-lourds aura alors passé 16 mois sans se battre. À son plus récent combat, le 16 mars 2023 à Laval, il s’est incliné par décision unanime devant l’Allemand Michael Eifert.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

À son dernier combat, le 16 mars 2023, Jean Pascal (à gauche) s’est incliné par décision unanime devant l’Allemand Michael Eifert.

« Plusieurs disent qu’il n’a pas beaucoup boxé, mais Jean n’a jamais arrêté de s’entraîner. Ça, les gens ne le savent pas. Il était un peu négatif après sa défaite [contre Eifert], mais il n’a jamais arrêté le sparring », assure Pellerin.

Fort bien, mais l’entraînement et un vrai combat sont tout de même deux choses très différentes. Au cours des dernières années, Pascal s’est plu à répéter qu’il lui restait encore du carburant dans le réservoir. Et il est vrai qu’avant son revers contre Eifert, le Lavallois a signé quelques victoires certes inattendues.

Mais à maintenant 41 ans, et après une si longue inactivité (hors gymnase, à tout le moins), Pascal a-t-il encore une goutte qui traîne quelque part dans le bidon d’essence ?

« On va voir le meilleur Jean, croit Osias. Il veut revenir sur l’échiquier mondial, et il veut une ceinture dans une autre catégorie. Il veut laisser un bel héritage [à la boxe]. Il ne veut pas perdre un combat comme ça. »

Quoi qu’il en soit, la popularité du toujours flamboyant Pascal semble intacte. Yan Pellerin dit avoir récolté plus de 200 000 $ en commandites pour le gala en quatre jours, et de nombreux amateurs lui ont déjà signifié leur intérêt pour se procurer des billets.

Osias, lui, entend profiter pleinement de cette tribune pour prouver qu’il est capable de rivaliser avec les meilleurs. Pour se frayer un chemin sur la scène internationale. Et pour montrer une fois de plus que même la maladie n’aura pas réussi à freiner ses ambitions bien longtemps.

« C’est le combat de ma vie », laisse-t-il tomber.

Un autre, pourrait-on dire.