(Aguascalientes) Le promoteur québécois Yvon Michel s’est joint samedi à quelques centaines de membres de la petite communauté mexicaine où vivait la boxeuse Jeanette Zacarias Zapata pour lui rendre un dernier hommage avant son enterrement.

Marc Thibodeau
Marc Thibodeau La Presse

Le président de GYM, qui avait organisé le gala montréalais ayant précipité la mort de la jeune femme, était visiblement ému à son arrivée devant le bâtiment abritant le cercueil à Puertecito de la Virgen, au nord d’Aguascalientes.

« Les gens de la boxe, c’est une famille. Ce qui est arrivé nous a touchés au plus profond de notre être », a déclaré à La Presse M. Michel, qui avait le visage dissimulé par un masque noir pour se protéger de la COVID-19.

« Quand quelque chose arrive à l’un d’entre nous, on se serre les coudes les uns les autres », a-t-il ajouté en insistant sur l’importance de manifester son soutien en personne à la famille de la défunte.

PHOTO JOSÉ ROBERTO GUERRA, COLLABORATION SPÉCIALE

Carla Zapata, cousine de Jeanette Zacarias Zapata, dépose sur son cercueil une médaille remise symboliquement par la World Boxing Council pour saluer la carrière de la boxeuse.

Le promoteur a précisé que son groupe avait décidé d’assumer tous les frais liés aux funérailles, y compris le transport du corps depuis le Canada, pour concrétiser cet appui.

À son entrée dans le centre communautaire, les personnes présentes attendaient, pour la plupart assises, le début d’une messe à la mémoire de la boxeuse, qui est morte début septembre cinq jours après avoir été mise K.-O. lors d’un combat contre la Québécoise Marie-Pier Houle.

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Des gants de boxe rose et blanc avaient été posés sur le cercueil de Jeanette Zacarias Zapata.

Des gants de boxe rose et blanc et un short de combat avaient été placés sur le cercueil, qui était entouré de photos et de gerbes de fleurs.

Sous le regard attentif de la foule, M. Michel s’est avancé vers la première rangée, où se trouvaient les parents de la boxeuse, pour leur transmettre ses condoléances en compagnie d’un représentant du World Boxing Council.

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Yvon Michel, président de GYM, avec le père de Jeanette Zacarias Zapata, Esteban Zacarias

Il a parlé quelques minutes avec le père atterré, Esteban Zacarias, en le prenant par l’épaule, profitant notamment de l’occasion pour souligner que sa fille lui avait exprimé son enthousiasme d’être à Montréal pour le gala.

« Un puissant coup d’une puissante boxeuse »

La visite de M. Michel était rendue plus délicate par le fait que le matchmaker de GYM à l’origine du combat, Vincent Morin, avait accusé il y a quelques semaines la famille de s’être montrée gravement irresponsable en permettant à la jeune femme de remonter sur le ring.

Le promoteur montréalais a indiqué que son collègue avait parlé « trop rapidement » après avoir pris connaissance d’un article d’un média espagnol ayant suggéré que Jeanette Zacarias Zapata n’était pas en état de se battre après avoir subi un autre K.-O. en mai.

  • Le cercueil était entouré de photos et de fleurs.

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    Le cercueil était entouré de photos et de fleurs.

  • De nombreuses personnes étaient présentes pour rendre un dernier hommage à Jeanette Zacarias Zapata.

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    De nombreuses personnes étaient présentes pour rendre un dernier hommage à Jeanette Zacarias Zapata.

  • Une messe a été célébrée à la mémoire de la boxeuse.

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    Une messe a été célébrée à la mémoire de la boxeuse.

  • Des proches de Jeanette Zacarias Zapata relâchent des ballons vers le ciel en guise d’ultime au revoir.

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    Des proches de Jeanette Zacarias Zapata relâchent des ballons vers le ciel en guise d’ultime au revoir.

  • Le corbillard transportant la dépouille de Jeanette Zacarias Zapata était suivi de nombre de ses proches.

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    Le corbillard transportant la dépouille de Jeanette Zacarias Zapata était suivi de nombre de ses proches.

  • Les proches de la boxeuse ont assisté à la mise en terre du cercueil.

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    Les proches de la boxeuse ont assisté à la mise en terre du cercueil.

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Le père de la boxeuse ainsi que son entraîneur, Luis Cruz, assurent que la jeune femme de 19 ans était apte au combat et attribuent plutôt le drame aux risques inhérents au sport.

Le médecin chargé par la commission de boxe d’Aguascalientes de vérifier si elle était bien en état de combattre à Montréal, Juan Carlos Sánchez, a déclaré samedi à La Presse qu’il avait mené en prévision du gala une batterie de tests psychologiques et physiques, dont une tomographie, sans déceler d’anomalies.

Le praticien, qui dispose d’une longue expérience dans le domaine, a précisé qu’il était cependant très préoccupé après le précédent combat de la boxeuse tenu à la mi-mai dans le nord du Mexique.

Il dit avoir exigé à cette occasion que Jeanette Zacarias Zapata observe un « repos complet » de trois mois parce qu’il s’inquiétait de l’impact neurologique du K.-O. subi face à la Mexicaine Cynthia Lozano, qui disposait alors d’une fiche parfaite de huit victoires.

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« L’histoire ne dit jamais adieu, seulement au revoir », peut-on lire sur cette affiche à l’image de la boxeuse.

« Elle a reçu un puissant coup à la tête d’une puissante boxeuse », a expliqué le DSánchez, qui n’avait pas non plus trouvé de signes de lésions cérébrales dans les examens pratiqués à cette occasion.

La boxeuse de Puertecito de la Virgen était restée de longues minutes au sol après le combat et avait dû être placée en observation à l’hôpital pour quatre heures avant de partir, a-t-il précisé.

Le DSánchez a dit croire que Jeanette Zacarias Zapata avait bel et bien respecté l’interdiction de s’entraîner même si la restriction imposée ne lui laissait en théorie que deux semaines pour se préparer avant de se rendre à Montréal, un délai extrêmement court pour un combat de haut niveau.

Dans bien des cas, a reconnu le DSánchez, les boxeurs suspendus trichent et remontent discrètement sur le ring pour s’entraîner et recommencent plus tôt que prévu à recevoir des coups.

Zacarias Zapata voulait « aider sa famille »

Yvon Michel a indiqué que lui et son équipe n’avaient pas été informés que la boxeuse s’était vu ordonner de suspendre ses activités pendant 90 jours.

Son équipe, dit-il, a suivi tous les protocoles en place pour garantir la sécurité du combat et a obtenu la certification médicale mexicaine indiquant qu’elle était en état de monter sur le ring.

Le promoteur s’est dit « sûr » que le rapport du coroner québécois chargé de faire la lumière sur le drame montrerait que sa firme n’a rien à se reprocher dans ce dossier.

« Je ne pensais jamais que ça arriverait [dans un de mes galas]. Encore moins avec une fille », a-t-il noté en précisant que la boxe féminine prévoit des rounds plus courts et le port d’un équipement semblable à celui des hommes pour une force de frappe moindre.

Carla Zapata, une cousine de Jeanette Zacarias Zapata rencontrée samedi dans le centre communautaire, a indiqué que la jeune femme était « très mature » et voulait depuis toujours « aider sa famille à s’en sortir ».

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Affiche invitant la « championne » à « voler bien haut »

Sa passion pour la boxe, espérait-elle, lui permettrait, malgré les risques, de contribuer à la sécurité financière de ses proches tout en obtenant la reconnaissance qu’elle convoitait.

Le destin en a cependant décidé autrement, a déploré Mme Zapata, qui s’affairait à décorer une affiche invitant la « championne » à « voler bien haut ».