Saint-Isidore compte 2800 habitants. Dix-neuf éoliennes. Et, désormais, une statue de bronze de l’un des plus célèbres combattants en arts martiaux mixtes.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Georges St-Pierre a longtemps régné sur l’Ultimate Fighting Championship (UFC). Il a d’ailleurs été intronisé à son temple de la renommée l’an dernier. Mais il affirme que l’œuvre dévoilée dans son village d’origine, produite par la conceptrice-sculptrice Tali Levesque, est « le plus grand honneur » qu’il ait reçu à ce jour.

Hésitant au début de son allocution, l’air un peu gêné même, St-Pierre s’est excusé de n’avoir préparé aucun texte.

« Je suis toujours mieux quand j’improvise. Je vais parler avec mon cœur », a-t-il dit avant de remercier ses parents, présents, l’ensemble de sa famille et la communauté.

« Quand Sylvain [Payant, maire de Saint-Isidore] m’a parlé du projet, j’étais un peu réticent au début parce que je suis dans une business où le but est de faire mal à l’autre », a souligné GSP.

Il tenait à protéger sa vie privée, faire profil bas. Ne pas se mettre trop en lumière dans son patelin afin d’éviter d’exposer sa famille, pour différentes raisons.

« Mais là, ma carrière de combat est finie. Non seulement, pour moi, c’est un immense honneur, mais aussi, ça peut être une place de rencontre et un symbole de persévérance pour les générations à venir. Si ça peut inspirer certaines personnes à pousser et à faire ressortir le meilleur d’eux-mêmes, ça va me rendre très heureux », a indiqué celui qui était également surnommé Rush.

Le maire Payant a raconté, avant que l’on retire le drap noir qui recouvrait la statue, que l’idée germait depuis des lustres et qu’elle était envisagée sérieusement depuis 2017.

Combien de fois je me suis fait demander ce qu’on attendait pour l’honorer…

Sylvain Payant, maire de Saint-Isidore

St-Pierre, tout juste 40 ans, a conclu sa carrière en arts martiaux mixtes professionnels avec 26 victoires en 28 duels. Il se concentre maintenant sur sa carrière cinématographique. Il suit des cours, comme il l’avait confié à La Presse il y a trois mois, et des projets sont en route.

Jeune, il était d’ailleurs un grand fan de films de combat. Il a grandi en admirant Jean-Claude Van Damme, en regardant les Bloodsport et Rocky.

« Quand Sylvain m’a parlé du projet, j’ai tout de suite pensé à Rocky Balboa, qui lui aussi a une statue à son image ! »

À la différence que, dans le film, celle de Rocky surplombait la ville de Philadelphie. Pour ceux qui souhaiteront poser avec celle de Georges St-Pierre, grandeur nature, aucune marche à gravir.

Elle se trouve au centre de la place GSP, de forme octogonale, à proximité de l’hôtel de ville de la petite municipalité montérégienne.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

L’espoir

Le dévoilement a eu lieu devant des dizaines de proches et de curieux, dont des enfants, invités pour l’occasion. Avec les médias, St-Pierre, de bonne humeur, avait décidément le goût de jaser.

« Tali est tellement bonne qu’elle a même mis mes défauts sur la statue, j’aurais aimé qu’elle les enlève ! En fight stance, c’est très représentatif », a-t-il commenté à propos de l’œuvre.

Il compte s’y arrêter souvent pour se saluer. « Surtout qu’avec les oiseaux, il va y avoir de l’entretien à faire ! », a-t-il lâché.

Souvent n’est pas exagéré. Car l’ex-combattant a révélé qu’il venait voir sa famille chaque semaine.

GSP est revenu sur l’intimidation dont il a été victime à l’école. Dans ce village, justement, et qui l’aura conduit vers sa carrière. Il y a fort à parier que les intimidateurs de l’époque ne se trouvaient pas dans la foule, mercredi.

« Je ne me suis jamais considéré comme une victime, je ne me suis jamais plaint. Sinon, je ne serais jamais arrivé où je suis arrivé. »

Puis, les nombreux voyages qu’il a plus tard effectués lui ont donné raison de ne pas s’être apitoyé sur son sort, a-t-il poursuivi. Parce que pour certains, l’espoir est un concept qui n’existe tout simplement pas.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

« C’est comme se mettre en prison »

Georges St-Pierre a eu 40 ans le mois dernier. Néanmoins, des rumeurs l’envoyant dans l’arène contre Khabib Nurmagomedov refont constamment surface.

Ça n’arrivera pas. Sa carrière professionnelle est bel et bien terminée, affirme-t-il.

« C’est fini. Mes meilleures années sont derrière moi. Je le sais parce que, juste hier, je m’entraînais – j’ai de la misère à l’admettre, mais c’est la vérité – et j’ai commencé à avoir des contractions musculaires. À cause de la déshydratation, mais c’est des choses que je n’avais pas quand j’étais plus jeune », a-t-il observé.

« Si je me réveillais un matin et que j’allais me battre, je pourrais performer aussi bien qu’avant. Mais je n’ai pas le goût, la préparation, la promotion, tout ce qui vient à côté, les insultes, le drame, le stress. Ça ne me tente plus de faire des sacrifices pour ça. C’est comme se mettre en prison. »

Il s’entraîne toujours, cela dit. On ne passe pas des années au sommet de sa forme pour tout arrêter du jour au lendemain.

« Ce qui est bizarre, c’est que quand on s’entraîne pour le plaisir, on s’améliore encore plus vite. Quand je m’entraîne avec des jeunes, ils me disent : « Arrête de mentir, tu te prépares pour un combat. » »

Mais non, jure-t-il.

Par contre, il ne ferme pas la porte à remonter sur un ring à des fins de divertissement, une mode qu’il ne juge pas du tout (voir encadré).

On a d’ailleurs tenté d’organiser un duel entre l’ex-boxeur Oscar de la Hoya et lui, mais le projet est tombé à l’eau parce que les liens contractuels entre le Québécois et l’UFC ne sont pas encore rompus. Ils sont en vigueur jusqu’à cinq ans après la retraite d’un combattant, a-t-il notamment expliqué. Le dernier combat de St-Pierre remonte à novembre 2017.

« Des choses comme ça, c’est possible, parce que je reste dans le monde du divertissement. Mais c’est toujours sérieux parce qu’on joue au basketball, au hockey, on ne joue pas à se battre. J’aurais pris ma préparation au sérieux. »

Sauf que ce serait de la boxe, pas des arts martiaux mixtes, lui font valoir certaines personnes.

« C’est vrai, je pourrais aller en cour et me battre contre l’UFC, mais ça ne me tente pas. Elle m’a quand même fait devenir riche et j’en suis très reconnaissant », a-t-il souligné.

Et ce, malgré les querelles du passé.

Mais ce combat avec de la Hoya n’est peut-être que partie remise.

« On ne sait jamais… », laisse tomber GSP.

Affaire Jean Pascal : « Aucune seringue ne rentrait dans mon corps »

« C’est malheureux pour lui, pour les fans. Personne ne gagne là-dedans. C’est quelqu’un que j’aime bien. […] Ça ne me tente pas de commenter là-dessus parce que c’est une situation délicate pour moi. Mais la loi, c’est la loi. Il faut la respecter. On va voir ce que sera la suite des évènements. J’espère pour lui qu’il a de bons arguments. »

Jean Pascal a congédié son préparateur physique dès l’annonce de ses premiers tests positifs. Pour Georges St-Pierre, il est de la responsabilité de l’athlète d’enquêter sur les gens qu’il engage.

Par ailleurs, de toute évidence, les produits illégaux trouvés dans les échantillons de Pascal ont dû être injectés. « Aucune seringue ne rentrait dans mon corps, a lancé St-Pierre. Et il n’y a rien que je mangeais ou que je buvais sans que je sache d’où ça venait. Je ne prenais même pas une bouteille d’eau ouverte quand quelqu’un me la donnait. »

À aucun moment GSP n’a accusé Pascal, même supposé qu’il était coupable. Mais considérant « l’énorme avantage » que confère le dopage, sévir contre les tricheurs est impératif, a-t-il dit. « Ça met en péril la vie de ceux qui compétitionnent honnêtement. »

Combats d’exhibition : « C’est une forme de divertissement »

Georges St-Pierre n’a absolument rien contre la prolifération des évènements impliquant un ou des belligérants qui ne sont pas des combattants de profession. Il y a toujours un risque, signale-t-il, même s’il s’agit de divertissement. Mais si c’est bien fait, il n’est pas contre.

« Je ne suis pas de ceux qui haïssent les frères Paul. Ils ont pris avantage de cette nouvelle vague avec les réseaux sociaux pour gonfler leur business. Ils font beaucoup d’argent. Ça rend beaucoup de monde jaloux, mais ce sont des hommes d’affaires extrêmement intelligents. »

Les combats de ce type se sont multipliés depuis le début de la pandémie, coïncidence ou pas. « C’est fait pour divertir, c’est un freak show, admet GSP, mais je n’ai rien contre ça. Je ne suis pas un de ceux qui vont essayer de les dénigrer, au contraire. »