(Montréal) Après l’UFC, la boxe pourrait bien être le prochain sport professionnel à reprendre ses activités. C’est du moins ce à quoi s’affairent plusieurs promoteurs, dont les deux principaux au Québec.

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

Autant Groupe Yvon Michel (GYM) qu’Eye of the Tiger management (EOTTM) planchent sur des projets de galas présentés à huis clos.

« C’est certain que nous regardons ça avec beaucoup d’intérêt, a indiqué Yvon Michel, président de GYM, lorsque joint plus tôt cette semaine par La Presse canadienne. Mais avant de pouvoir aller de l’avant, la situation devra évoluer. Présentement, on essaie d’aplanir la courbe, mais on n’a pas encore pris de décision quant à la gestion du risque. On l’a fait quelque peu avec la réouverture de quelques entreprises dernièrement. Retourner les enfants à l’école, ça en fait aussi partie. »

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Yvon Michel

Camille Estephan, président d’EOTTM, abonde dans le même sens.

« Le timing va être très difficile, a-t-il dit. Je ne veux pas spéculer sur le moment où le gouvernement va prendre certaines décisions. […] J’anticipe qu’éventuellement, on va retrouver une certaine normalité et que l’économie va se remettre à rouler. Il y aura certaines procédures — c’est certain que nos vies vont changer pendant un petit bout —, mais il faut être prêt.

« La boxe pourra faire un virage à 180 degrés très rapidement. Ce n’est pas comme une grande ligue comme la LNH qui a 31 villes à gérer. On pourra faire assez rapidement pour présenter notre produit. »

Les deux groupes envisagent une reprise des activités à huis clos en septembre. GYM a d’ailleurs réservé la date du 19 septembre au Casino avec Kim Clavel en finale et dispose d’une autre date en octobre.

L’UFC a annoncé, vendredi, la reprise de ses activités à compter du 9 mai avec la présentation de trois spectacles en huit jours à Jacksonville, en Floride.

Évènements à huis clos

Au sud de la frontière, les promoteurs sont plus ambitieux. Bob Arum, président de Top Rank Boxing, vise le début de l’été.

« Nous avons d’abord exploré la possibilité d’utiliser le complexe de la WWE à Jacksonville, en Floride, mais rien n’a émergé de ces discussions, a dit le promoteur qui compte plus de 50 années d’expérience en boxe professionnelle. Nous étudions maintenant la possibilité de tenir des évènements à huis clos en juin, en Californie et au Nevada. C’est plus près de nous, plus près de nos boxeurs et plus facile de trouver des endroits pour que nos boxeurs soient en quarantaine pendant leur camp d’entraînement.

« Nous allons évidemment suivre les règles dictées par les autorités sanitaires, non seulement pour les boxeurs, les techniciens et les gens des commissions athlétiques, mais également le public en général. Nous nous attendons à faire plusieurs galas à huis clos. »

Comme ces règles pour un éventuel déconfinement n’ont toujours pas été émises de chaque côté de la frontière, toutes ces discussions sont plutôt de la spéculation actuellement. La Régie des alcools, des courses et des jeux, qui supervise les sports de combat au Québec, n’a d’ailleurs pas voulu se mouiller dans ce dossier.

« Ce sont les autorités de la Santé publique qui nous avaient conseillé d’arrêter toutes nos activités de sports de combat [il y a quelques semaines]. Nous allons attendre de voir quelles seront ses directives dans l’avenir avant de voir de quelle façon il serait possible de tenir de tels évènements », s’est contenté de dire un porte-parole de l’organisme.

Michel, Estephan et Arum ont tous estimé que la tenue d’un gala à huis clos présenté à la télé (ou en visionnement continu) nécessite la présence de 100 à 120 personnes environ.

« On veut réduire ça au minimum, a assuré Arum. Les boxeurs ne pourraient avoir que deux personnes dans leur coin ; le personnel des commissions athlétiques serait également réduit au minimum. Mais qu’on le veuille ou non, ça tournera autour d’une centaine de personnes. Nous ne ferons pas de galas avec huit combats non plus : nous irions avec des galas à trois ou quatre combats. »

Arum estime que rien de tout cela ne sera possible sans qu’on puisse tester de façon efficace tous les participants.

« Personne ne peut être admis sur le site sans avoir été testé. Pour cela, ça vous prend des tests précis et des résultats en moins de 10 à 15 minutes.

« On ne sait pas si ces tests sont disponibles ou non car nous avons un idiot à la présidence et on ne peut rien croire de ce qu’il dit. Selon les médecins à qui nous avons parlé, ces tests seraient disponibles aussi tôt qu’en juin prochain. Sans ceux-ci, on ne peut organiser de combats, à huis clos ou pas. Par ailleurs, ces tests ne doivent pas être retirés du réseau public pour venir servir la boxe professionnelle. Il faut qu’il y en ait en nombre suffisant pour les commissions athlétiques et que les promoteurs puissent en acheter. »

« On ne peut pas penser utiliser le système médical pour ce projet aux dépens de la population, a renchéri Michel. On manque de personnel médical présentement en première ligne : on ne peut pas penser les enlever de là pour les impliquer dans un gala de boxe. »