L’année 2020 s’annonçait faste pour la boxe québécoise. Plusieurs galas étaient programmés, puis, plus rien.

Frédéric Daigle
La Presse Canadienne

Juste au moment du déclenchement du premier confinement, trois galas étaient prévus en l’espace de deux semaines. Eye of the Tiger Management (EOTTM) et Groupe Yvon Michel (GYM) se sont pliés de bonne grâce aux exigences de la Santé publique, estimant que comme pour le reste du monde, la boxe devrait prendre son mal en patience.

Mais alors que, quelques mois plus tard, les sports ont été peu à peu déconfinés, la boxe et les sports de combat ont été laissés pour compte.

Le président d’EOTTM, Camille Estephan et la boxeuse Marie-Pier Houle ont mené la charge. Rejoints par les fédérations québécoises des sports de combat, ils ont fait pression auprès des autorités gouvernementales.

Après plusieurs mois, ils ont enfin pu rencontrer la Santé publique et le Dr Horacio Arruda, qui ont finalement étudié leur protocole de relance des activités.

Cette relance avait pourtant eu lieu dès juin aux États-Unis et ailleurs en Europe, d’où le profond sentiment d’injustice ressenti par les sports de combats.

EOTTM a pu organiser un premier gala en octobre, à Shawinigan, après avoir dû de nouveau montrer pattes plus que blanches aux autorités sanitaires. En plus de la direction provinciale de la santé publique, il a fallu obtenir l’aval de celle de la Maurice et du Centre-du-Québec. Après un score sanitaire parfait, Estephan a pu organiser un deuxième gala, à Rimouski, en novembre.

Le promoteur espérait pouvoir compléter le triplé en décembre, mais la situation étant hors de contrôle au Québec, il a préféré faire l’impasse. L’action reprendra le 30 janvier, mais alors qu’il évoquait Rimouski pour ce premier gala de 2021, Estephan a finalement opté pour le Mexique.

Du côté de GYM, Yvon Michel n’a pas organisé de gala pendant la pandémie, mais plusieurs de ses boxeurs se sont battus au sud de la frontière, dans la bulle mise sur pied par Top Rank, au MGM Grand de Las Vegas.

Parmi eux, Kim Clavel a particulièrement retenu l’attention, à la fois pour ses exploits sur le ring comme à l’extérieur.

La championne de la North American Boxing Federation (NABF) des mi-mouches n’a pas raté sa rentrée américaine, signant une victoire par décision unanime aux dépens de Natalie Gonzalez en juillet. Mais c’est surtout en vertu de l’honneur que lui a décerné ESPN qu’elle a fait parler d’elle au sud de la frontière.

Clavel, qui a repris du service comme infirmière en CHSLD, a reçu le prix Pat-Tillman aux ESPY Awards, honneur qui honore une personne « ayant un lien fort avec le sport qui a servi les autres d’une façon qui fait écho à l’héritage de Tillman ».

Elle a reçu le prix au cours d’une cérémonie virtuelle à la fin juin, faisant automatiquement d’elle un des noms les plus populaires de la boxe féminine au sud de la frontière. Il fallait maintenant répondre aux attentes sur le ring, ce qu’elle a fait face à Gonzalez.

Revers de fortune

Les grands noms de la boxe québécoise n’ont par contre pas tous connu une année aussi faste. Ce fut notamment le cas d’Eleider Alvarez.

L’ex-champion des mi-lourds de la World Boxing Organization (WBO) avait une chance en or de se replacer sur les rangs pour un nouveau combat de championnat du monde en affrontant Joe Smith fils en combat éliminatoire pour recouvrer sa ceinture, laissée vacante par Saul « Canelo » Alvarez quelques mois plus tôt.

Celui qui était alors aspirant no 3 de l’organisation n’avait qu’à écarter Smith pour obtenir ce combat. Alvarez a plutôt offert une prestation peu inspirée. Il a finalement subi le K.-O. au neuvième round et son entraîneur, Marc Ramsay, a par la suite eu des mots durs à son endroit, suggérant même que l’heure de la retraite avait sonné.

Ramsay et Alvarez ont depuis repris la conversation et l’entraîneur a accepté de poursuivre la route avec le Colombien d’origine. Mais attention : à de fortes conditions. Alvarez devra notamment adopter une attitude irréprochable à l’entraînement et prouver à son entraîneur qu’il prépare son après-carrière. On ne sait toujours pas quand le boxeur de 36 ans remontera sur le ring.

Smith affrontera quant à lui Maxim Vlasov le 13 février prochain pour le titre de la WBO.

La boxe québécoise a aussi été endeuillée par le décès de l’un de ses plus grands acteurs en 2020, l’ex-promoteur Régis Lévesque, décédé en octobre à l’âge de 85 ans.

Bien avant InterBox, GYM et EOTTM, Lévesque a ouvert les portes à plusieurs pugilistes du Québec, notamment Donato Paduano, Fernand Marcotte, Eddie Melo, Mario Cusson, Jean-Claude Leclair, Gérald Bouchard, Gaétan Hart et les membres de la famille Hilton.

Lévesque, contrairement aux compagnies de promotion qui ont marqué la scène québécoise à compter des années 1990, a toujours privilégié les cartes locales. Plusieurs des grands noms de la boxe québécoise lui ont d’ailleurs rendu hommage au moment de son décès.