Eleider Álvarez compte remonter sur le ring l’an prochain. Il souhaite boxer encore deux ans. Si tout va bien.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

« Si mon prochain combat se termine comme le dernier, ce sera fini. »

Ce dernier combat dont parle Eleider Álvarez, c’est sa défaite contre Joe Smith Jr., le 22 août dernier. Sans énergie, littéralement à plat, il avait été dominé sur toute la ligne, terminant sa soirée de travail au tapis. K.-O. technique au 9e round.

Depuis, le boxeur n’avait accordé aucune entrevue. Celle-ci est sa première.

D’entrée de jeu, le ressortissant colombien confirme ce que son promoteur Yvon Michel avait récemment fait savoir. Il compte disputer encore trois combats. « Maximum », précise-t-il.

Maximum, parce que ça devra bien se passer. Dans le cas contraire, le boxeur n’insistera pas. Des sons de cloche corroborés par son gérant, Stéphane Lépine.

Les mots durs de Ramsay

Après la lourde défaite contre Smith, l’entraîneur Marc Ramsay avait tenu des propos très durs à l’endroit de son protégé. Des commentaires qui avaient même surpris le grand patron de GYM, Yvon Michel.

Sans les rappeler précisément, résumons-les ainsi. Selon le coach, son boxeur n’avait plus de jambes. L’entraînement était devenu ardu depuis environ deux ans, soit entre les deux combats contre Sergey Kovalev. Et il montrait des signes évidents de ralentissement physique majeur. Bref, il était au bout du rouleau. Ramsay conseillait carrément à Álvarez de se retirer.

Questionné à ce sujet, ce dernier a assuré n’avoir été ni choqué ni blessé par les constats de son entraîneur.

« J’ai parlé avec lui après le combat. Et une ou deux semaines après, on a mangé ensemble. J’ai une bonne relation avec Marc. »

Toute ma carrière chez les pros, je l’ai faite avec lui. Je ne le critique pas pour ses déclarations, j’ai respecté ça. Mais je lui ai dit qu’honnêtement, je ne voulais pas finir ma carrière comme ça. Il comprend.

Eleider Álvarez, à propos de son entraîneur Marc Ramsay

En 2009, Ramsay avait contribué à la fuite d’Álvarez de son pays d’origine, la Colombie.

« J’ai une bonne amitié avec lui. C’est plus que l’entraîneur et le boxeur, la relation qu’on a », décrit l’ex-champion WBO.

N’empêche, Marc Ramsay n’a pas changé d’avis et il ne regrette pas ses commentaires. Mais il ne veut pas laisser tomber Álvarez pour autant.

« C’est un peu mon devoir, c’est moi qui l’ai amené ici, au Canada ! On a fait tout ce chemin ensemble. Ça ne me dérange pas de l’accompagner là-dedans, et en même temps, ça me permet d’avoir un œil plus serré sur le déroulement que s’il se retrouvait dans un autre gymnase », dit-il franchement.

« Sa chambre n’est pas bien faite »

Après la défaite d’il y a deux mois, Álvarez dit avoir pris du temps pour réfléchir à ce qui venait de se passer.

« J’ai analysé ça, plus calme, et j’ai réalisé beaucoup de choses », affirme-t-il.

Quelles choses ? Il fait possiblement référence, entre autres, à certaines conditions – dévoilées par un collègue du Journal de Montréal, le mois dernier – que lui a imposées son clan.

En premier lieu, aux problèmes de nature personnelle qu’il doit mettre derrière lui. Le principal intéressé n’a pas voulu aborder le sujet en entrevue. Pour l’instant, a-t-il ajouté.

Un athlète performe rarement quand sa vie n’est pas bien rangée. Disons que sa chambre n’est pas bien faite et qu’il a des choses à régler.

Stéphane Lépine, gérant d’Eleider Álvarez

« On ne veut pas lui faire la morale, on veut juste l’aider à traverser ça, souligne le coach Ramsay. On va le faire ensemble. Pas de problème, on est une équipe. »

Et il y avait ce poids à contrôler aussi. Álvarez se serait présenté aux derniers camps d’entraînement autour de 215 lb, alors qu’il se bat à 175. Il dit être en ce moment à 195, 200. Il s’entraîne, mais tranquillement, et il en sera ainsi jusqu’à la fin de l’année.

« De toute façon, le dernier combat a été très dur pour moi. Cette année, je vais la finir tranquille. Et à partir de janvier, février, on verra », dit-il.

« Nous, on y va à son rythme à lui, indique Stéphane Lépine. On l’observe, on le regarde aller. Quand il nous fera signe qu’il se sent prêt, on évaluera s’il l’est vraiment. Mais en ce moment, il n’y a rien de prévu. »

Marc Ramsay, quant à lui, ne voit pas ce retour entre les câbles dans un horizon aussi rapide que semble l’anticiper son boxeur.

« C’est un processus qui risque d’être quand même assez long. Ça fait une semaine qu’il vient au gym régulièrement et que je lui donne un cours tous les jours. C’est correct, on s’amuse. Et si ça se passe bien, on va éventuellement regarder pour un retour, mais on est encore loin de ça », affirme-t-il.

Un combat de championnat ?

Quelle serait l’envergure de ces futurs combats d’Eleider Álvarez ? Le Québécois d’adoption espère toujours, à 36 ans, remettre la main sur une ceinture mondiale. Évidemment. Mais il se montre très lucide.

« Oui, pourquoi pas ? Si je peux avoir l’occasion de me rebattre en championnat du monde, ce serait très bien pour finir ma carrière. J’espère que ça va arriver », indique le mi-lourd, qui montre une fiche de 25-2, 13 K.-O. « Mais je sais que c’est très compliqué maintenant avec ma position. »

En effet, puisqu’Álvarez a dégringolé prestement dans la hiérarchie de la division après s’être fait passer le K.-O. pour la première fois en carrière. Son nom n’apparaît dans le top 15 d’aucune des quatre organisations majeures (WBC, WBA, IBF et WBO). Malgré tout, The Ring le considère comme le septième des meilleurs mi-lourds de la planète, derrière Artur Beterbiev, Dmitry Bivol, Sergey Kovalev, Joe Smith Jr., Jean Pascal et Badou Jack.

Sans surprise, le prochain combat sera un combat de retour, comme on les appelle. Pour déterminer où il en est exactement.

« Mais on sait par contre que, tôt ou tard, un jeune loup va vouloir lui lancer un défi, entrevoit M. Lépine. Alors, les occasions vont se présenter si la forme et le cœur sont là, et qu’on voit qu’il lui reste du gaz. »

C’est Eleider qui a tout à prouver.

Stéphane Lépine

Cela dit, quant à un possible retour en combat de championnat, le gérant ne cache pas ses doutes. Il va même plus loin, en fait.

« Est-ce qu’on va retourner en championnat ? Je ne pense pas qu’on y rêve. On ne peut rien enlever de la tête d’un athlète, mais ce n’est pas le plan de match. »

Boxeur un jour…

Une autre condition discutée avec son entourage avant de songer à revenir dans le ring était de se pencher – concrètement – sur son après-carrière. De ce côté, pas certain que le processus soit très avancé…

« C’est très difficile pour moi, répond Álvarez en riant. Toute ma vie, j’ai été dans la boxe. Mais j’ai commencé à parler avec des gens pour savoir ce que je vais faire après ma carrière. Et à penser si je vais rester ici au Canada, ou si je vais retourner en Colombie. » Pour ce dernier élément, cela dépend de l’acquisition, ou non, de son statut de résident permanent. « Si ça marche, je vais rester ici », mentionne-t-il.

Je veux qu’il ait un projet et qu’on l’aide à le développer. Peu importe ce que c’est.

Marc Ramsay

« Depuis qu’il a 11 ans qu’il fait de la boxe et qu’il est subventionné, explique Marc Ramsay. On ne veut pas qu’il reste esclave de la boxe. La pire condamnation qu’un boxeur peut avoir, c’est d’être obligé de continuer à boxer pour gagner 5000 $ et payer un loyer. Ce n’est pas drôle. Et il a plus d’années devant lui qu’il en a de faites. Donc, il faut lui donner un plan B. »

« Il n’a pas encore rempli toutes les conditions », confirme Stéphane Lépine. On y va semaine après semaine et on va voir. Il n’y aura peut-être jamais d’autre combat s’il n’avance pas plus. Mais peut-être que oui, qu’on pourra faire deux, trois beaux petits combats, que ça va bien aller et que tout le monde va être content. C’est ce qu’on aimerait, un beau petit tour de piste. »

Alors, un « beau petit tour de piste » ou un « vrai retour » ? Il semble qu’une partie de la réponse se trouve dans les choix que fera Eleider Álvarez.