Pour Yvon Michel, Régis Lévesque, c’est avant tout les histoires. Ce qu’il aimait raconter, très souvent, sans qu’on sache si c’était près de la vérité ou non, mais sans qu’on s’en soucie non plus, parce que Régis, c’était ça en premier : les histoires.

Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

« C’est drôle parce que je l’ai côtoyé, j’ai travaillé avec lui, et ce que je retiens, c’est ce qu’il nous racontait quand on mangeait ensemble, explique le promoteur de boxe au bout du fil. Quand on mangeait avec lui, il nous contait sa vie, les moments au steak house qu’il avait eu, sur Viau à Montréal, et aussi, il aimait raconter les bagarres de rue de Mad Dog Vachon. Selon Régis, Mad Dog avait livré plus de 1000 combats dans la rue… sans jamais en perdre un seul ! »

Vérité ou exagération ? Allez savoir. De toute façon, dans l’univers de Régis Lévesque, cela importait bien peu, parce que chez lui, dans son monde, l’impossible et le possible se confondaient, souvent de manière assez théâtrale et spectaculaire, pour au final former une mémorable symphonie.

Celui que tout le monde appelait tout simplement Régis nous a quittés mardi, des suites d’une longue maladie, un cancer de la langue dont il se savait prisonnier pour le reste de ses jours.

Mais pour Régis, une maladie terminale, ce n’était pas une raison pour cesser de rêver.

« Même à la fin, il parlait encore d’organiser un dernier combat, confirme sa fille Annie Lévesque. Il habitait chez moi depuis quelques mois pour recevoir des soins palliatifs, et encore la semaine dernière, il parlait de trouver un jeune boxeur, un poulain comme il disait, pour revenir dans le monde de la boxe. Ç'a été sa vie jusqu’au bout. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Régis Lévesque avec sa fille Annie, lors d’une soirée-hommage tenue au Déli Beaubien, le restaurant fétiche de ce monument de la boxe montréalaise.

Cette vie, pour Régis, aura été celle du ring. Une vie remplie de hauts et de bas, où les bons moments auront mené à la douce euphorie des combats à guichets fermés, au Forum de Montréal entre autres, où les moins bons moments auront mené à autant de petites tragédies, mais aussi à un problème de jeu, aux courses de chevaux par exemple, qui le forcera à devoir se départir d’une écurie.

Régis, c’était aussi la promotion d’une autre époque et les idées un peu folles, surtout lors des années 1970 et 1980, quand tout était permis, ou presque, à ses yeux. Parfois, ce goût des choses conjuguées au passé pouvait lui causer des ennuis. « Quand on a commencé dans la boxe, on voulait renouveler l’expérience et lui, il trouvait ça épouvantable, se souvient Jean Bédard, président et directeur général des restaurants La Cage. Régis, il voulait faire les choses à sa façon. »

Ce qui, très souvent, pouvait vouloir dire des soirées de boxe à son goût à lui, à son image aussi.

« Il avait une imagination débordante, ajoute Yvon Michel. Quand il a voulu organiser son combat entre Joe Frazier et Robert Cléroux au milieu des années 1980, il avait fait face à de l’opposition de la part de la Commission athlétique en raison de l’âge des boxeurs, mais Régis, lui, n’y voyait pas un problème, il était convaincu que ça allait être vendeur. Aujourd’hui, des boxeurs plus vieux qui montent dans le ring, ça se voit ; Mike Tyson et Roy Jones Jr ont tous deux 50 ans et plus et ils vont se battre prochainement. »

Régis, aux dires d’Yvon Michel, était avant tout un maître du stunt publicitaire avant d’être un promoteur.

Il arrivait que ses conférences de presse soient meilleures que les combats !

Yvon Michel

Encore tout récemment, il n’était pas rare de voir Régis là où il y avait une arène pas trop loin. Il ne pouvait pas s’en empêcher. C’était sa vie, et c’était tout ce qu’il aimait.

« Continue à promoter ! »

« Simon Kean était allé se battre à Trois-Rivières en 2015 et Régis était là, se souvient le promoteur Camille Estephan. Il avait encore des idées pour la boxe et il m’avait dit : ‟je t’aime bien toi, continue à promoter !” Régis, c’était une idole, vraiment. »

Camille Estephan a déjà entrepris des démarches pour que Lévesque soit admis l’an prochain au Temple de la renommée de la boxe, dans la section des bâtisseurs. « On espère avoir des nouvelles à ce sujet pour le mois de juin », a-t-il ajouté.

En attendant, il restera les souvenirs, tous très nombreux, qui vont continuer à s’entasser dans nos têtes. Les souvenirs et les images d’un Régis frondeur, le poing fermé, qui tente de nous convaincre qu’il possède encore, quelque part en lui, la recette afin de fabriquer le prochain grand champion du Québec.

Trois moments marquants pour Régis

Melo contre Marcotte

Il y a eu trois combats entre ces deux grands rivaux, mais c’est le premier, en octobre 1978, qui fut vraiment une soirée « à la Régis ». Melo, alors âgé de seulement 17 ans, n’avait pu obtenir l’aval de la Commission athlétique de Montréal, alors Lévesque décida de présenter le combat à l’Auditorium de Verdun, dont le territoire à l’époque n’était pas considéré comme faisant partie de Montréal.

Hilton contre Cusson

Avec son acolyte le promoteur Henri Spitzer, Régis réussit à remplir le Forum de Montréal : près de 20 000 personnes s’y entassent pour voir ce combat entre Dave Hilton Jr. et Mario Cusson en 1983, et ils referont le coup au même endroit trois mois plus tard.

Frazier et Cléroux, dans un avion

En 1985, Régis est incapable d’obtenir un permis afin d’organiser un combat entre Joe Frazier et Robert Cléroux, jugés trop vieux (les deux étaient dans la quarantaine) et trop à risque par la Commission athlétique. Alors il décide de présenter le combat… dans un avion de l’armée. Pour une raison que la raison ignore, le combat n’aura jamais lieu, finalement.