(Shawinigan) Deux crochets du gauche de David Lemieux, deux visites au tapis pour Francy Ntetu. Au cinquième round, l’arbitre a mis fin à ce combat où Lemieux n’avait jamais été inquiété.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Un orage aussi soudain que violent – petite grêle en prime – a frappé en route vers Shawinigan. Un peu ce que Ntetu a dû avoir l’impression de traverser dans le ring du Centre Gervais Auto.

David Lemieux (42-4, 35 K.-O.) avait déjà eu un ascendant clair dans les trois premiers rounds. Mais au quatrième, c’est devenu très ardu pour Francy Ntetu (17-4, 4 K.-O.). Ça semblait alors n’être qu’une question de temps. L’ex-champion IBF des moyens a néanmoins tenu à rendre hommage à son adversaire après le combat.

« Je ne pensais pas qu’il tofferait cinq rounds. Il a été courageux, il avait de la rage, il voulait se prouver, a-t-il dit. Il n’est pas juste venu chercher un chèque. »

En fait, Ntetu est passé à une minute d’un double chèque. Lemieux, qui en était à son deuxième combat chez les super-moyens, avait promis de lui donner sa bourse s’il atteignait le sixième round. Ça s’est terminé à 1 min 58 s du cinquième.

Francy Ntetu, dernier à parader devant les journalistes tard en soirée, se montrait à la fois satisfait et déçu de la tournure des évènements.

« Je suis venu pour gagner, a-t-il assuré. Mais il m’a mis beaucoup de pression rapidement et il m’a atteint avec des coups solides. Il est venu me féliciter après et je me suis senti respecté. L’arbitre m’a arrêté pour ma santé. On ne peut pas être contre ça. »

À 38 ans, il dit ne pas penser à la retraite pour l’instant et se montre ouvert à des combats sur la scène locale.

Il s’agissait d’un retour à l’action pour le groupe Eye of the Tiger Management (EOTTM) de Camille Estephan, en raison de la pandémie, après de longs mois d’attente et un bras de fer avec la Santé publique pour la reprise des sports de combat. Le gala se tenait à huis clos.

Étrange atmosphère

Parlons-en de ce huis clos. L’absence de spectateurs dans les gradins a conféré une ambiance bien étrange – et tranquille – à la soirée.

À commencer par l’annonceur maison, qui a mis la table dans un silence de moines avant le premier combat.

Et que dire de l’entrée en scène des boxeurs, en temps normal un moment fort où la fébrilité gagne l’enceinte. Les athlètes savaient à quoi s’attendre. N’empêche, être accueilli par de rares caméras, quelques employés, quelques tables pour les journalistes… Sûrement pas la montée d’adrénaline habituelle.

PHOTO FOURNIE PAR VINCENT ETHIER, EOTTM

Vue du Centre Gervais Auto, à Shawinigan, samedi

Mais c’est surtout dès les premiers coups que le vide s’est fait le plus sentir dans l’amphithéâtre. Pas de fans, pas de réactions. Aucun système de son maison ne pourrait transmettre fidèlement le bruit produit par un coup de poing de David Lemieux alors qu’il n’y a pas le moindre murmure dans la salle pour l’atténuer.

« Le Madison Square Garden rempli par rapport à ce soir, c’est sûr que c’est différent, a commenté Lemieux à ce sujet. Mais on a une job à faire et, foule ou pas, j’ai le feu en moi. »

Les boxeurs ont pu se remettre au travail. Et c’est sans doute tout ce qui comptait pour eux.

Makhmudov… en quelques secondes

Plus tôt, des poids lourds s’affrontaient entre les deux combats de super-moyens. Et ça n’a pas été bien long.

PHOTO VINCENT ETHIER, EOTTM

Arslanbek Makhmudov a conservé son titre NABF des poids lourds en défaisant l’Ontarien Dillon « Big Country » Carman.

Arslanbek Makhmudov (11-0, 11 K.-O.), dit « Le lion », Montréalais originaire de la Russie, protégé d’EOTTM, a conservé son titre NABF en défaisant l’Ontarien Dillon « Big Country » Carman (14-6, 13 K.-O.) par arrêt de l’arbitre… à 27 secondes du premier round.

En fait, la carte de pointage indique plutôt un abandon. Carman a quitté l’enceinte précipitamment, furieux de la décision de l’officiel. Il s’est adressé aux journalistes par cellulaire, affirmant être victime d’un « malentendu » avec l’arbitre.

Quoi qu’il en soit, Carman avait mis le genou au sol, cueilli par un solide crochet du gauche à la tête. Il avait suggéré aux fans de ne pas cligner des yeux pendant ce duel. Peut-être a-t-il oublié de mettre son conseil en pratique.

Vendredi, à la pesée, Makhmudov avait fait osciller le pèse-personne à 263 lb, soit 25 de plus que son rival.

Très courte soirée de travail pour Lexson Mathieu

En début de soirée, le Québécois Lexson Mathieu (9-0, 8 K.-O.) n’avait pas eu le temps de transpirer beaucoup plus. À 1 min 34 s du premier round, son adversaire Tim « The Irish » Cronin (12-5-2, 3 K.-O.) était au plancher et il ne s’est pas relevé. Un coup au corps parfait. Les deux premiers combats de la soirée n’auront donc duré que deux minutes. En tout.

PHOTO VINCENT ETHIER, EOTTM

Lexson Mathieu devient le plus jeune boxeur avec une ceinture NABF des poids super-moyens de l’histoire.

« Au corps, ça ne pardonne pas », a calmement commenté le boxeur de 21 ans après le combat.

Mathieu devient le plus jeune boxeur avec une ceinture NABF des poids super-moyens de l’histoire.

Comme l’indique sans équivoque son surnom, « The Next », on fonde beaucoup d’espoirs en Mathieu, qui fait forte impression depuis le début de sa carrière professionnelle.

Le boxeur de Québec avait confié à La Presse Canadienne ne pas aimer affronter d’adversaires de grande taille, en raison de leur portée, plus encore lorsqu’ils sont expérimentés. Et c’est exactement ce qu’il avait devant lui, samedi soir, en l’Ontarien Tim Cronin, 36 ans, le dépassant de quatre pouces.

À l’évidence, Mathieu avait un plan pour contourner ce problème.

Cronin était mis K.-O. pour seulement la deuxième fois de sa carrière.

Tous les boxeurs et entraîneurs doivent maintenant rester en isolement pendant 10 jours, en vertu du protocole de l’organisation qui a fait l’objet d’une entente avec les autorités de la Santé publique.

EOTTM n’a pas d’ailleurs pas lésiné sur les mesures sanitaires. S’il y avait la moindre particule de coronavirus au Centre Gervais Auto de Shawinigan, elle a assurément été mise K.-O.