Eleider Álvarez a détenu une ceinture de champion du monde trop peu longtemps à son goût. À peine six mois, entre deux combats contre le redoutable boxeur russe Sergey Kovalev.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Ce boxeur québécois d’adoption de 36 ans fera un pas de plus vers un championnat du monde la semaine prochaine dans la bulle de l’hôtel MGM Grand de Las Vegas.

Álvarez (25-1, 13 K.-O.) affrontera Joe Smith fils (25-3, 20 K.-O.) dans un combat éliminatoire pour le titre des mi-lourds de la World Boxing Organization (WBO).

Le vainqueur affrontera, pour le titre, le gagnant du combat entre les Russes Umar Salamov (25-1, 19 K.-O.) et Maksim Vlasov (45-3, 26 K.-O.), classés premier et deuxième aspirant respectivement.

« J’ai l’occasion de retourner en championnat du monde, c’est la chance de ma vie, a dit Eleider Álvarez par vidéoconférence jeudi matin. Ça sera un combat difficile, mais j’ai tous les éléments pour le battre. Après ma défaite [contre Kovalev], les gens ont parlé pour rien. »

Je veux montrer que je suis encore au sommet.

Eleider Álvarez

Álvarez avait causé une surprise de taille en août 2018 en knockoutant le champion Kovalev à Atlantic City pour remporter son premier titre mondial. Mais il s’est incliné par décision unanime lors du combat revanche en février 2019. « On revient d’une défaite, souligne son entraîneur Marc Ramsay. Ça n’est jamais plaisant. Eleider comprend que c’est un vétéran, que les défaites font partie du processus. »

L’Américain Joe Smith fils ne sera pas un adversaire facile, évidemment. Ce boxeur de 30 ans a mis fin à la carrière de Bernard Hopkins en 2016. Il a aussi battu Andrzej Fonfara et Jesse Hart. Il a perdu son combat de championnat du monde par décision unanime contre le redoutable Dmitry Bivol en mars 2019.

PHOTO JAYNE KAMIN-ONCEA, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Joe Smith fils (à gauche) lors de son combat contre Bernard Hopkins, en décembre 2016

« Il n’est pas le boxeur le plus habile, mais il n’y a pas de demi-mesure avec lui, précise Marc Ramsay. Smith est acharné, il revient à la charge continuellement. C’est un gros cogneur qui ne connaît jamais de mauvaise soirée. Eleider doit être préparé à une telle charge. »

C’est un gros défi, mais on a bien identifié les forces et les faiblesses de Smith et on croit pouvoir le contrôler. Eleider est beaucoup plus complet, il a plus d’outils dans son coffre.

Marc Ramsay

Álvarez semble aussi avoir développé une force de frappe. Trois de ses treize knock-out sont survenus dans ses cinq derniers combats, contre Lucian Bute, Kovalev et Michael Seals. « Un ratio de knock-out à la hausse contre une opposition plus forte », précise Marc Ramsay.

Dans la « bulle »

Après Kim Clavel le mois dernier, Álvarez sera le deuxième boxeur du Québec à se battre dans la « bulle » de Vegas dans un combat présenté sur ESPN, le 22 août. « Son combat constituera la finale de la soirée, il s’agit du combat le plus important de la boxe depuis la reprise des activités, souligne le promoteur Yvon Michel. Ces deux boxeurs sont à un tournant de leur carrière. »

On ne sait toujours pas cependant quand l’autre combat éliminatoire, entre Salamov et Vlasov, aura lieu. « Plus ça va retarder, plus on aurait des chances d’amener le combat d’Álvarez contre le gagnant ici, au Québec, dit Yvon Michel. L’objectif au départ, c’était un combat en juin au Québec contre Joe Smith fils. »

Le titre des mi-lourds de la WBO a été abandonné par Saúl « Canelo » Álvarez après sa victoire par knock-out contre Kovalev en novembre 2019.

Marc Ramsay dit être satisfait des résultats à la suite du camp d’entraînement malgré les embûches liées à la pandémie. « Eleider a pris une semaine de congé en mars, mais il est revenu rapidement au gymnase. On sait depuis longtemps qui est son adversaire. Le combat devait avoir lieu un peu plus tôt [en juillet], mais il a eu un problème avec son épaule. C’était impossible de l’embarquer dans un tel combat avec une blessure, même mineure, contre Smith. Nous avons eu plus de temps pour bien le préparer. »

Le clan Álvarez dit avoir été créatif à l’entraînement ces derniers mois. « Il fallait beaucoup d’imagination, mentionne Marc Ramsay. Eleider a 36 ans, on ne fait pas le même genre d’entraînement qu’avec un gars de 22 ans. On a mis certains exercices en place pour qu’il comprenne bien la stratégie. On est contents du résultat. »

Le combat sera évidemment disputé sans spectateurs. « J’ai parlé aux gens de Top Rank, on m’a donné le portrait de la place et du protocole, précise Marc Ramsay. Eleider est habitué aux combats sans foule. En Colombie, où il a appris la boxe, les grands combats pour accéder aux Jeux olympiques étaient disputés dans de petits gymnases devant les entraîneurs seulement… »

Yvon Michel n’a pas aimé le processus

Le fondateur du Groupe GYM, Yvon Michel, a réagi jeudi à sa comparution devant la Régie des alcools, des courses et des jeux, en lien avec la soirée du 20 septembre 2019. Le Groupe GYM a été blanchi de l’accusation d’avoir permis la présence d’un groupe criminel à des événements, d’exercice d’un permis au bénéfice d’un tiers et d’avoir porté atteinte au bon renom de la boxe. Mais GYM a écopé d’une suspension de 15 jours pour avoir organisé un combat concerté. « Je n’accepte pas qu’on m’ait obligé à suivre le processus. Je suis satisfait de leur verdict, on n’avait pas grand-chose à se reprocher. On n’a pas discuté beaucoup de la partie du combat concerté, on ne croyait pas que la Régie allait légiférer dans un cas où ils n’avaient pas d’autorité, et j’ai l’intention de porter cette décision en appel. Je considère qu’on ne mérite pas ça. On n’a rien fait pour nuire à la réputation de la boxe. C’était un combat d’exhibition entre deux amis pour amasser des fonds pour une bonne cause comme ça se fait très souvent au Québec et au Canada. Des députés, artistes, ministres participent à des événements comme ça. »