(Montréal) En quelques petites phrases mardi soir, Camille Estephan a livré des sentiments et des sensations qu’il n’avait pas encore ressentis dans ses efforts des derniers mois pour relancer le monde de la boxe professionnelle au Québec.

Michel Lamarche et Frédéric Daigle
La Presse canadienne

« Je n’ai pas voyagé de Montréal à Québec pour rien. Je pense que ça va porter fruit », a affirmé le président de Eye of the Tiger Management environ deux heures après avoir participé à une rencontre avec le docteur Horacio Arruda, directeur national de la Santé publique du Québec.

« Je suis optimiste. Je pense qu’il m’a donné l’impression de vouloir être juste et cohérent. Pour ça, je dis qu’on a de bonnes chances. »

Estephan avait un plan de match bien défini mais de son propre aveu, ses attentes n’étaient pas nécessairement élevées à cause de réponses précédentes qu’il avait reçues. Or, a-t-il confié lors d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, la rencontre s’est déroulée beaucoup mieux que ce qu’il avait anticipé.

Honnêtement, j’avais peur qu’on vienne ici pour la forme parce qu’on avait déjà dit non à nos correspondances, nos courriels, notre protocole. Alors, cette fois-ci, c’est vraiment une chance de nous exprimer qu’on nous a donnée aujourd’hui et c’est tout ce dont on avait besoin.

Le promoteur Camille Estephan

Pendant la rencontre qui a duré entre une heure et une heure et quart a estimé le président d’EOTTM, Estephan a mis l’accent sur le protocole qui serait appliqué pendant un gala de boxe.

Il a notamment tenu à rappeler que les combats seraient présentés à huis clos et que les boxeurs, les entraîneurs et les préposés aux coupures dans les coins seraient tous testés.

Surtout, Estephan espérait obtenir une réponse à une question qui le tenaille depuis un certain temps.

La question vraiment que j’avais c’était ’dites-moi, docteur Arruda, comment se fait-il que le monde entier a déconfiné la boxe – on parle du monde industrialisé – et on est le seul à dire non ? C’est quoi la réponse ? Pourquoi ?’ », a-t-il raconté.

Le promoteur Camille Estephan.

« Je n’ai pas vraiment eu de réponse là-dessus, a aussitôt reconnu Estephan, sauf qu’il était content parce qu’il a vu qu’un boxeur qui est testé à plusieurs reprises, même s’il peut être asymptomatique dans certaines périodes, il va avoir été testé assez souvent pour qu’on s’assure s’il a ou pas le virus. […] Le risque zéro, ça ne peut pas arriver, évidemment. Mais pour être cohérent et juste, il faut déconfiner la boxe. Je pense qu’il réalise ça maintenant. »

Estephan et le reste de la boxe professionnelle sont en mode attente. Estephan a l’impression qu’il obtiendra une réponse d’ici une semaine.

Si la réponse vient dans cet intervalle et qu’elle s’avère positive, Estephan estime qu’un gala professionnel pourrait être présenté au Québec entre le milieu et la fin du mois de septembre.

Autre rencontre

En matinée, Patrick Kearney, président de Judo Québec, et Arianne Fortin, double championne du monde et présidente de Boxe Québec, ont obtenu une audience par vidéoconférence, une réunion à laquelle a assisté le docteur Arruda.

Kearney et Fortin représentaient les six principales fédérations de sports de combat de la province : Judo Québec, Boxe Québec, Karaté Québec, Kickboxing Québec, Lutte Québec et Taekwondo Québec.

L’initiative de ces fédérations était de présenter un plan calqué sur celui de la Fédération française de judo, lui-même adopté par la Fédération internationale par la suite. Il consiste, au départ, en des bulles d’entraînement ne comptant que quatre combattants, toujours les mêmes, afin de favoriser un isolement rapide si un cas de COVID-19 devait se déclarer. La traçabilité des contacts des combattants s’en trouve par le fait même grandement facilitée.

Les autres mesures ressemblent à ce qu’on peut voir dans d’autres sports : vestiaires non utilisables, lavage des mains à intervalles réguliers, ainsi que l’obligation de laver son uniforme d’entraînement après chaque séance.

Kearney a fait valoir que les sports de combat n’ont pratiquement jamais cessé en Europe et en Asie. Il trouve particulièrement aberrant que les clubs échangistes aient obtenu le feu vert de la Santé publique avant même les sports de combat.

Les fédérations de sports de combat sont d’avis que les mesures actuelles auront un impact sur les résultats obtenus lors des Jeux olympiques de Tokyo, qui ont été repoussés à 2021.

Les rencontres de ce mardi étaient les premières entre la Santé publique et les sports de combat, une situation qui « constitue un manque de respect inacceptable de la part des autorités, qui ont rencontré certaines fédérations en plus d’une occasion jusqu’ici », selon Kearney.