C’était soir de fête samedi au Coin du métro, angle Lajeunesse et Henri-Bourassa. On soulignait la réouverture de ce resto-bar bien connu des amateurs de boxe montréalais, qui avait cessé ses activités pour les raisons que l’on sait.

Jean-Philippe Arcand Jean-Philippe Arcand
La Presse

Plusieurs personnalités et amoureux du pugilat sont ainsi venus saluer Costa Anagnostopoulos, le propriétaire de l’établissement.

Adonis Stevenson, tout sourire et débordant d’énergie pour sa première sortie publique post-confinement, partageait un plat de nachos avec des membres de sa famille. Eleider Álvarez était un homme fort sollicité sur la terrasse. Marie-Pier Houle et Patrice Volny se sont livrés à quelques séances photo.

Des gens qui ne s’étaient pas vus depuis un moment pour la plupart, et qui étaient heureux de déguster ensemble quelques bières… en attendant de se recroiser lors d’un gala de boxe.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Adonis Stevenson

Parce que si divers secteurs se sont déconfinés peu à peu, les sports de combat, eux, sont toujours interdits au Québec. Et rien ne laisse croire qu’ils seront de nouveau autorisés dans un avenir rapproché.

Ce qui ne manque pas de décevoir, voire d’indigner, les acteurs du milieu. D’autant qu’aux États-Unis, où la pandémie n’est pas exactement en vacances, des combats sont présentés depuis quelques semaines, avec un encadrement sanitaire rigoureux et un succès relatif à l’audimètre.

Camille Estephan a été le premier à clamer haut et fort son mécontentement. Le président d’Eye of the Tiger Management (EOTTM) souhaitait organiser un gala à huis clos le 25 juillet, dont la finale aurait opposé Lexson Mathieu à Albert Onolunose. Il avait d’ailleurs transmis, à la fin de mai, un plan à la Direction de santé publique détaillant les diverses mesures sanitaires qui seraient mises en œuvre.

Or, cinq semaines plus tard, l’organisation attend toujours le verdict. EOTTM a appris entre-temps que la Santé publique discutait avec le ministère de l’Éducation en vue de la reprise de la boxe professionnelle… alors que celle-ci relève de la Sécurité publique.

La Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ), pour sa part, est chargée de l’application des règles édictées par Québec et, conséquemment, est tributaire des décisions gouvernementales. Elle ne peut donc qu’attendre, comme tout le monde.

« Ce manque de proactivité et d’intérêt au sein des instances gouvernementales pour les boxeurs professionnels de haut niveau qui font la fierté des Québécois est très dommage. Malheureusement, [ce sont] nos boxeurs professionnels qui en font les frais », peut-on lire dans un message publié le 3 juillet sur la page Facebook d’EOTTM.

« Moins dangereux qu’à l’épicerie »

Samuel Décarie-Drolet, qui œuvre notamment en tant que matchmaker et adjoint à l’entraîneur Marc Ramsay, commence lui aussi à trouver le temps long. S’il est convaincu de la bonne volonté de l’ensemble des parties impliquées dans le processus, il s’explique mal pourquoi la boxe demeure ignorée encore à ce jour, à l’inverse d’autres sports.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Samuel Décarie-Drolet

« À mon sens, avoir deux individus dans un ring avec de bonnes mesures sanitaires, c’est moins dangereux que d’aller à l’épicerie, où tu ne sais pas sur qui tu peux tomber », a-t-il illustré en entrevue avec La Presse.

Et « quand on voit que le gouvernement a permis certains rassemblements, rouvert les cinémas et autorisé des manifestations », la situation est d’autant plus frustrante pour le monde de la boxe, déplore-t-il.

La boxe [québécoise] n’est pas une grosse industrie et elle n’obtient pas toujours l’aide maximale qu’elle pourrait avoir. Mais il faut que les gens reconnaissent que c’est un sport majeur qui a amené la tenue de grands évènements au Québec, dont des championnats du monde.

Samuel Décarie-Drolet

D’autres, comme Álvarez, abordent la situation avec un brin de philosophie. « C’est certain que c’est dommage, sauf qu’il faut faire ce qu’il faut pour arrêter le virus. Mais j’ai hâte que ça recommence », a-t-il expliqué.

Álvarez devait se battre la semaine prochaine à Las Vegas, n’eût été une blessure à une épaule. Kim Clavel sera quant à elle en action le 21 juillet, toujours à Las Vegas. Mais pour chaque boxeur québécois ayant accès au marché américain, combien sont encore contraints de demeurer inactifs ici ?

La RACJ, de son côté, a ébauché un protocole de reprise depuis au moins deux mois. Sa dernière rencontre avec les gens de la Santé publique a eu lieu il y a un peu plus d’une semaine. Même si ceux-ci semblaient intéressés par le projet, ils n’y avaient pas encore donné suite au moment d’écrire ces lignes. Et personne ne sait quand ils se manifesteront.

« On a tout ce qu’il faut pour mettre en place les normes sanitaires, a souligné Décarie-Drolet. […] On pourrait même en faire plus qu’aux États-Unis. Tout est en place. »

En attendant, les pugilistes locaux continuent de s’entraîner, sans savoir pour la plupart quand ils pourront se battre dans l’arène. Les amateurs, eux, pourront regarder les galas américains au Coin du métro. Au moins, la bière sera bonne.