Ronda Rousey et Miesha Tate vont s'affronter pour la deuxième fois ce soir à l'occasion de l'UFC 168. Ces deux-là ne s'aiment pas. Leur rivalité émaillée de coups bas est intense. Pourtant, les deux femmes savent qu'elles sont liées par un lien unique, que seules connaissent les combattantes. Elles sont guerrières avant tout.

Mis à jour le 28 déc. 2013
Gabriel Béland LA PRESSE

Le Nationwide Arena de Columbus a l'habitude d'accueillir les matchs des Blue Jackets. Mais le 3 mars 2012, c'était soir de combats. Miesha Tate et Ronda Rousey allaient se disputer le titre de championne de la défunte organisation Strikeforce.

Les deux combattantes avaient passé des semaines à se dénigrer. La bouillante Rousey n'avait montré aucun respect pour la championne. « Son style est soporifique », avait-elle dit.

Miesha Tate en avait quant à elle contre le statut de vedette instantanée de son adversaire. Ronda Rousey avait fait une entrée fracassante dans le monde des arts martiaux mixtes, arrivant auréolée d'une médaille olympique en judo et remportant ses quatre premiers combats professionnels en moins d'une minute. Tous de la même manière : en forçant ses adversaires à abandonner sur une clé de bras.

Les médias s'intéressent à Rousey uniquement parce qu'elle est « mignonne », accusait Tate.

Après des années passées en marge de ce sport violent en pleine croissance, les femmes semblaient finalement prendre leur juste place. Ce soir-là, les deux meilleures combattantes des arts martiaux mixtes allaient s'affronter. Elles allaient en quelque sorte se disputer le titre d'ambassadrice de leur sport. Et, qui sait, ouvrir la voie vers la prestigieuse UFC, qui ne présentait toujours pas de combats de femmes à l'époque.

Jamais une combattante n'avait résisté à Ronda Rousey dans une cage. En fait, Rousey n'avait jamais mis plus de 49 secondes à finir une adversaire. Miesha Tate, elle, a bien commencé le combat. La première minute est passée. La seconde, la troisième et la quatrième aussi.

Puis l'inéluctable s'est produit. Après la quatrième minute, Rousey s'est saisi du bras de sa rivale. Elle a immobilisé la championne en passant une jambe sur son visage, l'autre sur son ventre. Puis elle a serré le bras.

Miesha Tate savait très bien ce qui était en train de se produire. Elle s'était fait prendre au piège, dans une des techniques les plus répandues du judo, le juji gatame, ou la clé en croix.

Ce n'était plus qu'une question de temps. Tout le monde s'attendait à ce que Tate tape pour signifier l'abandon. Mais elle ne tapait pas. Et Ronda Rousey tirait. Le bras de Tate, lui, avait pris un angle que vous chercherez en vain dans les livres d'anatomie. Il était tout croche, en bon français.

Rousey pouvait probablement entendre les ligaments déchirer un à un. Elle sentait que l'épaule de son adversaire était disloquée. Mais la championne refusait de taper. « Au judo, on apprend à tirer tant que l'adversaire ne tape pas, alors j'ai tiré », a expliqué Rousey après.

Les spectateurs avaient un air horrifié dans l'aréna de Colombus quand Tate a finalement décidé d'abandonner. Ronda Rousey avait gagné.

Loin du commun des mortels

« En gros, je me suis tout déchiré. J'ai déchiré l'intérieur et l'extérieur de mes ligaments, a raconté Miesha Tate quelques semaines après le combat. Je me suis même déchiré les muscles autour. »

La réaction du badaud en serait une de stupeur. Comment faire subir à son corps une telle torture ? Pourquoi se soumettre à une telle brutalité ? Pourquoi ne pas simplement avoir abandonné ?

Ronda Rousey, elle, trouvait Miesha Tate tout à fait normale. Elle en était même impressionnée. « Miesha m'a vraiment impressionnée. C'est une fille très dure parce que ça fait mal. Je me suis disloqué l'épaule dans le passé et ce n'est pas une partie de plaisir. »

Les deux femmes vont remettre ça le 28 décembre. Mais les choses ont changé depuis. L'organisation Strikeforce n'existe plus. L'UFC a finalement ouvert la porte aux femmes devant la popularité grandissante de Rousey et ses victoires expéditives.

Ce qui n'a pas changé, c'est que Ronda Rousey, 26 ans, est toujours invaincue. Elle a gagné son combat suivant au premier round. Puis l'autre après, son premier à l'UFC, au premier round également. Aucun de ses sept combats professionnels n'a dépassé le premier engagement. Tous se sont terminés sur une violente clé de bras.

En 20 mois, la rivalité entre les deux femmes n'a rien perdu. « Plusieurs personnes présentent Ronda comme une combattante imbattable, qui ne peut être vaincue. Mais je pense qu'il y a des failles dans son jeu et je vais les exploiter le 28 », assure Miesha Tate.

« Je ne veux pas simplement gagner ce combat. Je veux GAGNER ce combat. Je veux finir Ronda, ajoute-t-elle. Je suis certaine qu'elle se sent de la même manière. Je veux qu'on se défonce. »

Ronda Rousey pense certainement de la même manière. Elle aussi veut « défoncer » Tate. Elle sera prête à y laisser une épaule au passage. C'est normal. Les deux femmes parlent le même langage. Elles viennent d'un monde inconnu du commun des mortels. Ce sont des guerrières avant tout.

« Je pense que j'ai davantage en commun avec la personne que j'affronte qu'avec n'importe qui dans l'assistance », illustre Ronda Rousey.

C'est le paradoxe des guerriers. On les regarde s'insulter, se frapper, se détruire. Ils paraissent parfois si éloignés. Mais toujours, ils sont si proches.

Rousey défend GSP

Ronda Rousey a déjà eu maille à partir avec Georges St-Pierre, notamment lorsque le Québécois avait avoué «ne pas aimer regarder des filles se battre».

La combattante était alors montée aux barricades pour défendre la place des femmes dans sa discipline. «Moi non plus je n'aime pas regarder les combats de St-Pierre, ils sont si ennuyants!», avait-elle répondu avec son effronterie habituelle.

Mais la semaine dernière, Rousey s'est portée à la défense de l'ancien champion de l'UFC. Ceux qui critiquent la décision de St-Pierre de se retirer, ceux qui l'accusent de fuir Johny Hendricks, ceux qui remettent en question son courage devraient selon elle se garder une petite gêne.

«Georges vient de battre le record de temps passé dans l'octogone. Personne n'a passé autant de temps que lui dans la cage. Personne!», a rappelé Rousey, en référence aux 5 heures, 28 minutes et 12 secondes qu'a passées St-Pierre dans l'arène de l'UFC, un record.

«Alors peut-on vraiment le blâmer de vouloir se retirer? Ce n'est pas raisonnable de lui demander de faire davantage, estime-t-elle. S'il avait envie d'en faire plus et de rehausser encore ce record alors super, vas-y mon gars! Mais s'il n'a plus envie alors foutons-lui la paix. Il le mérite. Il ne devrait pas risquer sa vie pour personne.»

Rousey rappelle le caractère singulier de l'emploi de combattant de l'UFC. «On ne fait pas vraiment du 9 à 5. Lorsque notre métier est de se battre, alors on se bat pour sa vie chaque fois qu'on entre dans une cage. C'est une situation stressante quand on s'y arrête», dit-elle.

«Une mauvaise journée au bureau pour nous, ce n'est pas simplement lorsque quelqu'un a mis un lait de trop dans notre café ou qu'on se fait mettre à la porte; on peut se faire faire mal. Notre fierté peut aussi en prendre un coup. Tout ça implique un stress fou et il faut avoir un amour du sport et une volonté de combattre. Alors, chaque combat la question se pose: est-ce vraiment ce que je veux faire?»

Manifestement, Georges St-Pierre a répondu à cette question par la négative.