Il y a des boxeurs qui ne peuvent se sentir. Ils s'envoient des flèches à la veille d'un combat, s'insultent sans trop qu'on sache si la rancoeur est une technique promotionnelle ou le résultat d'une vieille et obscure querelle. Puis, il y a Lucian Bute et Glen Johnson.

Gabriel Béland LA PRESSE

Les boxeurs qui doivent s'affronter le 5 novembre à Québec ont participé hier à une conférence téléphonique. S'il fallait trouver une métaphore pour la décrire, le combat de boxe ne serait pas approprié; ça ressemblait davantage à un pique-nique dans un pré.

Glen Johnson «est un bon boxeur avec une main droite terrifiante» a dit Lucian Bute. Bute «a beaucoup de talent et sa technique est superbe, a lancé Johnson, il est parmi les meilleurs».

Les deux athlètes s'apprécient. Ils ont passé des semaines ensemble en 2009 alors qu'ils étaient partenaires d'entraînement. Pour préparer son deuxième combat contre Librado Andrade, Bute a fait presque 100 rounds de sparring avec Johnson. Une expérience qui a rapproché les boxeurs.

«Oui, nous avons beaucoup de respect mutuel», concède Lucian Bute en réponse à un journaliste qui demande comment ils vont réussir à être agressifs sur le ring dans dix jours. «Mais quand le combat commence, c'est de la business.»

La «business» dans le cas qui nous concerne, c'est beaucoup la ceinture de champion du monde IBF des super moyens (168 livres) qui est en jeu. Au Colisée Pepsi, Lucian Bute (29-0-0, 24 K.-O.) défendra pour une neuvième fois son titre de champion du monde. Le Québécois ne veut pour rien au monde perdre la ceinture qui doit lui servir de passeport pour de plus gros combats.

Une autre facette de la «business», c'est le tremplin que représente Glen Johnson (51-15-2, 35 K.-O.) pour Lucian Bute. À 42 ans, l'Américain d'origine jamaïcaine a passé le sommet de sa forme, mais représente encore aujourd'hui une valeur sûre de la boxe. Affronter Johnson, c'est savoir précisément où on se situe dans la hiérarchie. «Il a boxé avec les meilleurs et il a un gros nom dans le monde de la boxe, tout le monde connaît Glen Johnson, explique Bute. Si je peux le battre clairement, définitivement, ça va être un step up pour moi.»

Mais il ne veut pas non plus boxer dangereusement pour épater la galerie. Cherche-t-il le K.-O.? «Je cherche à bien boxer, à gagner et à rester champion, lance Bute. Si le K.-O. se présente, je vais saisir l'occasion, mais ce n'est pas à ça que je pense d'abord.» Va-t-il chercher à faire mieux que l'Anglais Carl Froch, qui a remporté une décision partagée contre Johnson en juin dernier? «Non, je ne sens pas la pression de faire mieux, dit-il. C'est mon combat, c'est mon travail.»

Lucian Bute termine présentement son camp d'entraînement en Floride. Après sept semaines éreintantes - «les plus dures» de sa carrière, dit-il - le boxeur va rentrer au Québec vendredi. Il assure qu'il s'est entraîné à la hauteur de la menace que représente son adversaire. «Il est une coche au-dessus par rapport à mes autres adversaires, il a boxé avec Roy Jones, Antonio Tarver, Chad Dawson, avec les meilleurs, énumère le boxeur. C'est sûr qu'une victoire contre lui va m'amener plus loin. Je dois dire que c'est le meilleur adversaire que j'ai jamais affronté.»

Calme, posé, Glen Johnson promet «un combat explosif». Le boxeur connu pour ses droites percutantes assure que l'affection qu'il porte à Bute ne changera rien au duel. «J'ai beaucoup de respect pour Lucian, mais je me bats pour ma carrière, pour tout ce que j'ai, explique-t-il avec son anglais à l'accent chantant des Caraïbes. Je vais tout donner pour gagner et après le combat on va redevenir amis.»

Les deux combattants disent avoir une stratégie pour l'emporter. Quelle est-elle? Ils refusent de rien dire. «Vous verrez le 5 novembre!» répondent les deux boxeurs. Ça, au moins, on sait qu'il s'agit d'une technique promotionnelle...

130 00 billets vendus

Le promoteur du combat entre Lucian Bute et Glen Johnson, Interbox, indique que déjà 13 000 billets ont été vendus pour la soirée du 5 novembre au Colisée Pepsi de Québec. Il resterait 3000 places. Interbox croit pouvoir réussir à remplir l'aréna, comme il l'avait fait en novembre 2009 lors du deuxième affrontement entre Lucian Bute et Librado Andrade.