La défaite du Canadien, hier, nous déçoit. Évidemment.

Mis à jour le 29 mars 2019
Mathias Brunet LA PRESSE

Mais il faut remettre les choses en contexte. Contrairement au Canadien, les Blue Jackets de Columbus ne pouvaient se permettre de perdre.

Les Jackets doivent non seulement se qualifier, mais réussir une percée intéressante en séries pour sauver la face. Ils ont tout misé sur les prochaines éliminatoires ce printemps.

Le collègue Guillaume Lefrançois l'a d'ailleurs expliqué avec justesse ce matin dans son analyse de match.

Le gardien numéro un, Sergei Bobrovsky, le meilleur compteur, Artemi Panarin, auteur du but gagnant hier, Matt Duchene et Ryan Dzingel, dont les acquisitions ont coûté cher, risquent de déguerpir le 1er juillet sans aucune compensation pour l'équipe.

Le noyau dur de l'équipe reste intéressant, avec un top 4 défensif composé de Seth Jones, Zack Werenski, David Savard et Ryan Murray et les attaquants Pierre-Luc Dubois, Cam Atkinson, Josh Anderson et Boone Jenner, mais il resterait des trous béants à combler.

Et ce vide pourra se combler seulement partiellement par des espoirs et d'éventuels choix au repêchage. Columbus n'a pas de choix de première et de deuxième ronde cette année et pourrait repêcher en quatrième ronde seulement en 2020 si Duchene signe une prolongation de contrat avec l'équipe. Dans le cas contraire, les Jackets pourront au moins repêcher en première ronde cette année-là.

Deux espoirs, Vitaly Abramov et Jonathan Davidsson, ont été cédés aux Sénateurs pour obtenir Duchene. Ils ne figuraient pas au sommet de la pyramide, mais ils garnissaient au moins la banque d'espoirs.

Le président John Davidson et le DG Jarmo Kekalainen ont au moins pu esquisser un sourire de satisfaction hier quand Matt Duchene a servi cette lumineuse passe du revers à Panarin sur le but gagnant. Duchene a seulement neuf points en 18 matchs depuis la transaction, mais on a payé cher pour qu'il puisse réussir de tels jeux dans des moments cruciaux comme celui d'hier soir.

Contrairement aux Blue Jackets, le Canadien a du temps devant lui. C'est un club en mode réinitialisation. Il ne devait même pas être dans la course cette année.

L'équipe pourrait devenir dominante entre autres quand son joyau Jesperi Kotkaniemi aura vieilli un peu. Le garçon a montré ses limites hier. Il a seulement 18 ans. À cet âge, Pierre-Luc Dubois, le centre du premier trio des Jackets, jouait avec les Screaming Eagles du Cap Breton, dans la LHJMQ.

Dubois a deux ans de plus que Kotkaniemi, mais il arrive encore que son entraîneur John Tortorella le remplace par Duchene au sein du premier trio lorsque les choses vont moins bien.

Ryan Poehling, le joueur par excellence du Championnat mondial junior, un jeune en qui on fonde beaucoup d'espoirs, n'a pas encore affronté des professionnels et il a 18 mois de plus que Kotkaniemi.

Victor Mete a lui aussi été placé dans une situation délicate pour un jeune de son âge. Il a seulement 20 ans et on le place au sein de la première paire avec un Shea Weber qui en a déjà plein les bras à tenter de retrouver ses moyens.

La banque d'espoirs du Canadien est nettement mieux garnie que celle des Jackets. Arriveront ces prochaines années plusieurs jeunes de talent parmi lesquels Ryan Poehling, Nick Suzuki, Alexander Romanov, Noah Juulsen, Josh Brook, Jesse Ylonen, Joni Ikonen, Cale Fleury, peut-être Jordan Harris, Cole Fonstad ou Allan McShane pour se greffer à un noyau déjà intéressant constitué de Domi, Gallagher, Kotkaniemi, Drouin (si la direction ne perd pas patience avec lui d'ici-là), Danault et compagnie.

Ils ne perceront évidemment pas tous, mais si seulement quatre ou cinq de ces onze joueurs deviennent des joueurs d'impact, le Canadien aura un club très compétitif. Le CH a aussi conservé tous ses choix de première ronde et en détient deux de deuxième ronde en juin.

L'organisation détient 10 choix en banque pour 2019, après avoir repêché 11 joueurs l'an dernier. En 2014 et 2015, l'équipe avait repêché 11 joueurs au total.

Seul bémol, le grand leader de l'équipe, Shea Weber, aura 34 ans cet été. Il ne sera pas meilleur l'an prochain, ni la saison suivante. Espérons qu'il puisse encore garder un certain niveau ces prochaines années pour conserver son ascendant sur les jeunes. Espérons que ses passages à vide des dernières semaines soient temporaires. Il lui reste encore sept autres années de contrat à presque huit millions annuellement. Il sera nettement en déclin lorsque l'équipe atteindra son apogée.

Pour l'instant, son contrat est sans conséquence sur la masse salariale de l'équipe et il occupe encore un rôle important, quoique limité dans un match comme celui d'hier en raison de son manque de mobilité. On comprend mieux aujourd'hui qu'un Zdeno Chara constitue un phénomène de la nature et déjoue les probabilités.

Le Canadien n'est pas éliminé pour autant. Il se retrouve à un point des Hurricanes et à égalité avec les Blue Jackets. Ces deux clubs ont néanmoins encore cinq matchs à disputer, contre quatre pour le CH. Les Blue Jackets ont aussi trois victoires de plus en temps règlementaire ou en prolongation, ce qui leur conférera l'avantage en cas d'égalité au classement. Les Hurricanes, par contre, en ont seulement une de plus que le Canadien.

Peu importe le dénouement, ce petit club aux attentes modestes dépasse déjà les pronostics.

* * *

À LIRE 

L'équipe junior de Josh Brook a donc subi l'élimination et le jeune homme se joindra au Rocket de Laval sous peu, nous apprend Guillaume Lefrançois. Bien hâte de suivre ses premiers pas chez les pros. Brook, un défenseur droitier de 19 ans, un choix de deuxième ronde en 2017, a amassé 75 points en 59 matchs à Moose Jaw. Il a aussi participé au Championnat mondial junior avec le Canada.