L’histoire se déroule à la toute fin de l’année 2018. Les Fêtes battent leur plein, à une époque où souper en famille est chose normale.

Publié le 7 janvier
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Le 29 décembre, les Panthers de la Floride échangent le gardien Michael Hutchinson aux Maple Leafs de Toronto. C’est lui qui devait défendre, ce soir-là à Syracuse, le filet des Thunderbirds de Springfield, club-école des Panthers dans la Ligue américaine.

On se tourne alors vers Samuel Montembeault, qui avait joué la veille à domicile. Puis, faute d’une meilleure option, on envoie de nouveau le Québécois dans la mêlée le lendemain après-midi, à Hartford.

Montembeault, 22 ans à l’époque, n’a pas signé de performance historique. Mais il a quand même permis aux Thunderbirds de récolter deux points – deux revers en prolongation – en disputant trois matchs en moins de 48 heures.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Samuel Montembeault, dans l’uniforme des Panthers de la Floride, lors d’un match préparatoire face au Canadien de Montréal, en septembre 2019

C’est son entraîneur spécialisé de l’époque, Léo Luongo, qui raconte l’anecdote à La Presse. Les deux compatriotes ont travaillé ensemble pendant quatre ans avant que Montembeault passe au Canadien par le truchement du ballottage, en octobre dernier. Aujourd’hui employé des Checkers de Charlotte, nouvelle filiale des Panthers, Luongo (le frère de Roberto, oui) n’a pas raté la dernière semaine de son ex-protégé. Une séquence pénible de trois matchs au cours de laquelle le gardien, malgré trois défaites, a gardé son équipe en vie pendant de longs moments, et même permis d’arracher un point au Lightning de Tampa Bay.

« Ce n’est pas quelqu’un qui va se laisser déranger par ces choses-là, raconte Luongo au bout du fil. Il est capable de rebondir rapidement. »

Samuel Montembeault, à l’instar du Canadien, ne connaît pas une saison de rêve. À son arrivée à Montréal, lorsque Carey Price a dû déclarer forfait pour les premiers mois de la campagne, il s’est vu offrir une rare chance d’agir à titre d’auxiliaire dans la LNH pour une longue période. Or, 3 de ses 11 apparitions jusqu’ici ont été faites en relève à Jake Allen. Deux de ses départs, à Buffalo, ont coïncidé avec des efforts collectifs navrants du CH. Avant la pause forcée des Fêtes, on lui a aussi préféré Cayden Primeau le temps d’un match. Et voilà qu’on a appris mardi qu’il avait contracté la COVID-19.

Un peu par défaut, soit après qu’Allen et Primeau eurent dû s’isoler du reste de l’équipe en raison du virus, c’est néanmoins lui qui a hérité des trois départs du récent voyage en Floride et en Caroline, et ce, alors que le Tricolore était décimé par la maladie.

Et voilà qu’après ces trois rencontres, on retrouve toutefois Montembeault là où on l’attendait plus ou moins sur le plan statistique.

Battant

À cinq contre cinq, il s’accroche au premier tiers de la ligue dans deux indicateurs clés. Au regard du nombre de tirs qu’il a reçus cette saison, le site Evolving Hockey calcule qu’il a accordé un but de moins que l’aurait fait la moyenne des gardiens, au 25rang parmi les 83 portiers les plus occupés depuis le début de la campagne. Il est aussi 27e pour le taux d’efficacité à cinq contre cinq (,924).

PHOTO TIMOTHY T. LUDWIG, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Samuel Montembeault fermant la porte face à Zemgus Girgensons, des Sabres de Buffalo, le 26 novembre dernier

Le site NaturalStatTrick établit en outre qu’il est l’un des gardiens ayant accompli le boulot le plus ingrat. Il a en effet affronté 10,23 tirs de grande qualité par tranche de 60 minutes de jeu, au 2rang parmi les 62 gardiens ayant disputé 300 minutes ou plus. Cette valeur explose à 14,72 tirs/60 minutes au cours des 3 derniers matchs.

Ce que les partisans ont vu à la télévision est donc indéniable : sans égard au pointage, le natif de Bécancour – du secteur de Sainte-Gertrude, plus précisément – se bat chaque fois qu’on lui donne le filet.

Cela étant, Montembeault n’est pas un gardien de but dominant pour autant. Pour l’heure, ses statistiques globales (taux d’efficacité de ,893 et moyenne de buts alloués de 3,98), tirées vers le bas par les performances pitoyables du CH à court d’un homme, sont à des miles de celles des meilleurs hommes masqués du circuit.

Or, Léo Luongo estime qu’il a « les outils d’un gardien de la LNH », même s’il manque encore de constance. Il se demande si, à la manière d’un Jack Campbell à Toronto, il ne va pas « cliquer » un peu plus tard.

Calme olympien

Ceux qui le connaissent parlent du calme olympien de Montembeault : en réalité, la totalité des personnes jointes par La Presse dans le cadre de ce reportage a évoqué ce trait de caractère.

Cela ne l’empêche pas de s’emporter, comme après le but égalisateur du Lightning, avec 20 secondes à jouer, le 28 décembre : trahi par un gros plan, il a revisité le lexique ecclésiastique québécois.

Le gardien Philippe Desrosiers, coéquipier devenu ami dans l’organisation des Panthers, évoque un « gars toujours enjoué, souriant, jamais malheureux ». Une force résolument « tranquille », davantage « Netflix ou X-Box » que restos branchés, dont on comprend que le couvre-feu ne troublera pas trop la routine les soirs sans match. Un « gars de famille », qui retourne chez ses parents l’été et qui est très proche de son frère.

Guillaume Beaudoin est originaire de la Mauricie comme Montembeault. Les deux ont joué ensemble dans les rangs midget à Trois-Rivières puis chez l’Armada de Blainville-Boisbriand. Eux aussi sont demeurés des amis proches.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Samuel Montembeault, dans l’uniforme de l’Armada de Blainville-Boisbriand, lors de la finale de la Coupe du Président, en mai 2017

Beaudoin, qui évolue aujourd’hui pour les Lions de Trois-Rivières, dans l’ECHL, rappelle que le gardien avait été un choix de troisième tour dans la LHJMQ ; à l’époque, il n’était pas identifié comme un futur espoir de la LNH.

Il n’empêche qu’au sein de l’Armada, « il a fait sa place ». Après une première saison à jouer les seconds violons, il s’est vu confier le filet par l’entraîneur-chef Joël Bouchard. Et à sa quatrième et dernière campagne, il a aidé son équipe à atteindre la finale de la Coupe du président.

[Montembeault] a toujours frappé dans des matchs-clés. Ce n’est pas un Carter Hart [NDLR : ex-gloire du hockey junior canadien], il arrivait un peu de nulle part. Mais il a continué de travailler fort et il a cru en ses chances.

Guillaume Beaudoin, défenseur des Lions de Trois-Rivières

La confiance en soi est d’ailleurs l’une des qualités de Montembeault qui ont le plus surpris Maxime Vaillancourt, entraîneur des gardiens chez l’Armada.

Il était l’adjoint de Marco Marciano, en 2013, lorsque l’équipe de la couronne nord de Montréal a repêché le longiligne cerbère.

« Une des questions qu’on lui a posées, c’est : “Si on te coupe, qu’est-ce que tu vas faire ?”, se souvient Vaillancourt. Il a répondu : “Je vais descendre [à un calibre inférieur], et faire ce que j’ai besoin de faire pour que t’aies pas le choix de me remonter.” Ç’a toujours été son caractère. »

L’entraîneur évoque son premier match au Colisée Pepsi, à Québec. C’était à la fin du mois de janvier 2014, devant un peu plus de 10 000 spectateurs. De quoi intimider un jeune Montembeault, qui venait tout juste d’avoir 17 ans. L’Armada l’a pourtant emporté 6-4.

« Je me suis dit : “Wow, il n’y a pas de situations qui semblent le déstabiliser” », conclut Maxime Vaillancourt.

C’est aussi, malgré un échantillon plus limité, l’impression que le jeune homme laisse depuis qu’il est arrivé chez le Canadien. Après sa première victoire, contre les Predators de Nashville, il a souri, sans s’emporter. Et à travers les défaites douloureuses, la semaine dernière, il a mis l’accent sur l’occasion qu’il avait de disputer des matchs consécutifs.

Encore et toujours avec son calme habituel. Malgré la tempête qui soufflait autour de lui.