Marc Denis aurait sans doute souhaité une entrée plus en douceur à la tête du comité gouvernemental sur la relance du hockey.

Publié le 1er déc. 2021
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Bien malgré lui, ce comité a essuyé des critiques dès sa naissance, entre autres sur l’absence de représentativité des communautés culturelles à la table des 15 et un pied de nez potentiel à Jocelyn Thibault, fraîchement nommé à la tête de Hockey Québec.

Notre homme n’a pourtant pas choisi la composition du comité ni défini les lignes directrices du groupe, mais il a écouté et absorbé les doléances entendues depuis une semaine.

« La plupart des critiques ne me font pas peur. Ça va juste me pousser à consulter plus de gens. Je ne suis pas en désaccord avec ça. »

Et, fidèle à son caractère, l’ancien gardien de la LNH et brillant analyste sur les ondes de RDS a pris le taureau par les cornes.

« J’ai déjà échangé des textos, des appels et des courriels dans les derniers jours », a-t-il confié dans cette grande entrevue à La Presse réalisée quelques jours avant le congédiement de Marc Bergevin.

« Ça sera un comité ouvert sur le monde. On ne pouvait pas asseoir 50 personnes autour d’une table, mais que ça soit les Premières Nations, les minorités visibles, les gens de l’extérieur des grands centres de Montréal et de Québec, ces gens-là ont déjà été consultés. Les anglophones aussi. J’avais déjà pris cet engagement-là. »

Il y a quelques jours, le comité a recruté l’ancien hockeyeur innu de Mashteuiatsh Francis Verreault-Paul, un modèle pour la jeunesse autochtone, à titre de consultant pour le mettre davantage au parfum sur les enjeux des Premières Nations.

Marc Denis, 44 ans, a grandi à Montréal et il a vu la mutation s’opérer dans la Belle Province.

« Je vois le Québec changer. J’irai plus loin. Même à l’époque, mes coéquipiers s’appelaient Tempestini, Perna, Scali et Dimitrakos. Je jouais avec les gars de Parc-Extension, Pompéi, Saint-Michel, Villeray, Rosemont et Ahuntsic. Je connais cette réalité depuis longtemps. C’est important pour ces communautés-là aussi, le hockey. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Jocelyn Thibault, directeur général de Hockey Québec

Même s’ils ne sont pas en opposition puisque le comité est dans les recommandations et Hockey Québec dans l’action, Marc Denis a pris soin de communiquer avec Jocelyn Thibault, un gardien comme lui dans la LNH, avant les annonces officielles. Les deux hommes auront à travailler main dans la main.

« On s’est parlé, Jocelyn et moi. “Marc Denis contre Jocelyn Thibault”, celle-là on ne l’avait pas vue venir, par exemple… », dit-il en laissant échapper un petit rire.

« Je ne veux pas lui mettre des mots dans la bouche, poursuit Marc Denis, mais Jocelyn a hâte que le comité commence ses travaux. Je peux très bien comprendre la perception. On se connaît, on s’entend très bien. On a hâte de travailler ensemble. »

Tout le monde va avoir à y mettre du sien, le gouvernement aussi. Personne ne regarde ça de haut, on est tous assis à la même table.

Marc Denis

« Nous, on n’est pas fédératifs, on est là pour regarder la situation du hockey. Certaines recommandations pourront être appliquées par Hockey Québec et on a Jocelyn Thibault, mais aussi Geneviève Paquette qui est au conseil d’administration de Hockey Québec et dont je n’ai pas entendu parler cette semaine. »

Son association avec le gouvernement s’est matérialisée à la fin d’octobre pendant le voyage du Canadien dans l’Ouest américain.

« J’ai quitté Montréal sans avoir la moindre idée du projet et à mon retour, j’étais à quelques heures d’accepter le rôle. J’ai été contacté par le cabinet de la ministre [Isabelle] Charest, Alex Poulin pour ne pas le nommer. Il m’a exprimé surtout le désir de faire des états généraux. Ce qui a retenu mon attention, c’est leur volonté de chercher des pistes de solution et non pas de s’attarder à ce qui cloche. »

Une première rencontre

La première rencontre avait lieu jeudi. « Contractuellement, notre comité ne peut parler des travaux en cours, je ne sais pas comment ça va commencer, mais au départ, c’est beaucoup de détails sur le fonctionnement, un regard sur le rôle de chacun, comment étudier les thématiques avec les bonnes personnes et, le très beau défi, c’est de tout gérer car on va être bientôt des centaines et même des milliers à mettre notre grain de sel là-dedans. »

Marc Denis apprécie le fait que la plupart des membres du comité soient déjà sur le terrain. « Kim St-Pierre se rend avec ses gars à l’aréna la fin de semaine ; le fils de Geneviève Paquette est gardien ; le gars de Stéphane Quintal est dans le hockey scolaire, mes deux gars sont junior AAA. La plupart ont les deux mains dedans ou ils viennent juste de se les laver. »

Notre homme a dû renoncer à son rôle de gestionnaire avec les Saguenéens de Chicoutimi pour éviter tout conflit d’intérêts, mais il continue de nous servir ses riches analyses lors des matchs du Canadien sur les ondes de RDS. Il a toujours la flamme après 10 ans et cherche constamment à se renouveler.

J’ai un gars de 64 ans [Pierre Houde] à mes côtés qui a encore la flamme. À 44 ans, je ne commencerai pas à la perdre ! Le hockey évolue. Si on n’évolue pas, on est à côté de la marque.

Marc Denis

On sent beaucoup de travail derrière ses analyses. « La préparation est la partie la plus importante. La pandémie a fait en sorte qu’on avait moins accès aux athlètes. C’est de parler aux gens qui ont côtoyé ces joueurs-là. »

Marc Denis n’hésite jamais à utiliser le téléphone. « Les gens ont le jugement facile dans notre domaine et moi, j’ai besoin d’un grand échantillon pour porter un jugement sur un joueur. Aller chercher des infos, ça ajoute aux matchs que l’on voit. Christian Dvorak, je n’avais pas assez des cinq matchs que j’avais vus en vrai pour savoir s’il pouvait remplacer [Phillip] Danault. »

Structuré, il ne laisse rien au hasard. « C’est important d’être à l’affût des nouvelles techniques, des nouvelles tactiques, des systèmes de jeu, des nouveaux joueurs. Il y a de moins en moins de joueurs avec qui j’ai joué. Ils se retrouvent derrière le banc et dans les organisations maintenant. C’est à moi d’être encore plus allumé. »

Ce comité est en bonnes mains.