(Seattle) La frénésie qui anime la ville de Seattle avec la naissance encore toute récente du Kraken ne se convertit, hélas, pas en succès sur la glace. En tout cas, pas encore.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Après six rencontres, la jeune franchise n’a signé qu’une petite victoire. Sa production offensive est modeste, ce qui tombe sous le sens pour quiconque a pris le temps de s’intéresser à sa formation. Elle est par contre très généreuse sur le plan des buts accordés ; là, c’est plus surprenant vu les vétérans de qualité qu’on retrouve en défense et devant le filet.

Comme on n’est pas à Montréal, la fiche de 1-4-1 du Kraken n’a allumé aucun voyant lumineux ni actionné de sirène. Et la raison est bien simple : la situation est complètement normale.

En réalité, les Golden Knights de Las Vegas ont, à leur arrivée sur le circuit en 2017, constitué une anomalie avec leur départ canon de huit victoires en neuf matchs. Une période d’adaptation marquée par la sobriété est plutôt la norme. En tout cas si l’on se fie aux équipes qui se sont jointes à la LNH au tournant des années 2000.

Le plus simplement du monde, Yanni Gourde a indiqué, lundi, que ses coéquipiers et lui cherchaient encore à établir de la chimie entre eux. Normal, cela fait à peine deux semaines qu’ils jouent ensemble, dira-t-on. L’ancien du Lightning de Tampa Bay n’a lui-même disputé que deux matchs après une convalescence de plusieurs semaines occasionnée par une opération à l’épaule.

« À un moment donné, on va être confortables, et ça va bien aller », a-t-il prédit.

« Une tonne de chances »

Le retour en santé de Gourde est indubitablement une bonne nouvelle pour le Kraken, mais la présence du Québécois sur l’un des deux premiers trios offensifs trahit un manque de profondeur évident au poste de centre. Mais ce n’est pas là que se cristallise la disette offensive du club.

PHOTO TED S. WARREN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Yanni Gourde (37), pourchassé par le défenseur des Canucks de Vancouver Tucker Poolman (5), samedi dernier

Les ailiers Jaden Schwartz et Jordan Eberle devraient, en principe, être les deux attaquants les plus prolifiques du groupe. Or, ils tardent à se mettre en marche, eux qui n’ont respectivement récolté qu’une et deux mentions d’aide – et aucun but. Ce sont plutôt Jared McCann (6 points) et Joonas Donskoi (4) qui mènent la (modeste) charge.

« On a eu une tonne de chances, mais la rondelle ne semble pas vouloir rentrer, a souligné Eberle en point de presse. C’est un problème qui semble affliger toute l’équipe. C’est un cliché, mais avec les chances qu’on a, quelques bonds favorables pourraient inverser rapidement la tendance. Ça fait suffisamment longtemps que je joue dans cette ligue pour le savoir. »

« Il faut davantage s’approcher du gardien et créer des deuxièmes chances ; marquer des buts opportuns et bâtir là-dessus », a renchéri Schwartz.

L’entraîneur-chef Dave Hakstol, quant à lui, souhaite élargir la perspective. Son équipe cherche encore son « identité ». Apprivoiser un nouveau système de jeu est une chose, mais l’appliquer en situation de match, c’en est une autre. Samedi dernier, malgré la défaite de 4-2, l’affrontement contre les Canucks de Vancouver a été un pas dans la bonne direction, a-t-il dit.

Par contre, « on veut amasser des points et gagner des matchs ». Ce qui, c’est l’évidence, passe par une récolte offensive plus prolifique. Or, « on n’a pas à marquer beaucoup plus de buts », a-t-il nuancé, mais bien à apprendre à gagner des matchs serrés. « Car on en jouera beaucoup cette année. »

Grubauer chancelant

C’est bien, marquer plus de buts, mais il faudrait également en accorder moins ; 23 buts en six matchs, c’est beaucoup. Certainement trop.

Pourtant, quand on regarde les statistiques défensives à cinq contre cinq, le Kraken ne paraît pas mal du tout. On accorde 27,6 tirs par tranche de 60 minutes, au 9rang du circuit ; 10,3 chances de qualité (16e) et 2,31 buts anticipés (20e). Et l’unité de désavantage numérique affiche un très honnête taux de succès de 85,7 % (9e, ex æquo).

Yanni Gourde constate que pour une équipe d’expansion, mettre en place un système défensif étanche est naturellement prioritaire. « C’est une bonne manière de voir les choses et de bâtir une organisation, a-t-il salué. Ce sont les équipes défensives qui gagnent des championnats. Il faut tirer de la fierté à bien jouer dans notre zone. »

Si les patineurs font leur boulot, mais que les buts entrent quand même, il devient difficile de ne pas se tourner vers l’homme masqué devant le filet.

Aussi bien le dire franchement : Philipp Grubauer ne connaît pas des débuts très heureux dans son nouvel uniforme. En témoignent sa moyenne de buts alloués de 3,80 et son taux d’efficacité de ,869 en cinq matchs. Le site de statistiques avancées Evolve Hockey calcule par ailleurs qu’il a accordé presque cinq buts de trop par rapport à la qualité des tirs qu’il a reçus. Seul Marc-André Fleury et Carter Hutton, dont les équipes connaissent des départs atroces, en ont accordé davantage.

PHOTO TED S. WARREN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Philipp Grubauer

L’entraîneur Hakstol est donc bien intentionné lorsqu’il affirme que Grubauer a été un « roc » pour son équipe, mais il enjolive certainement le portrait.

Il frappe toutefois dans le mille en soulignant que le Kraken « va se nourrir de ce qu’il fait pour nous ». Autrement dit, si l’attaque se réveille, cette formation ira aussi loin que la mènera son gardien.

« Notre équipe peut être solide défensivement, se fier à nos gardiens pour faire du bon travail et jouer avec confiance » en attaque, a résumé Hakstol. Une phrase exprimée simplement, mais qui trahit néanmoins un long chemin à parcourir. Malgré tout, Yanni Gourde a prévenu que ses coéquipiers et lui ne se contenteraient jamais du minimum.

Encore faut-il donner le temps aux joueurs de trouver leurs repères. Car une chose est bien claire : le Kraken ne demande qu’à se réveiller.